Drion, Abrégé chronologique, 1. 1", p. 20S
488 HISTOIRB DB LA R^PoRMATION FIUNÇAISE.
li'édit accordait entre autres choses aux prétendus réformés (c'est ainsi qu'on continua à les appeler depuis): i" le droit d'habiter sur tous les points du royaume, sans qu'on pût les astreindre à faire quelque chose qui fût contraire à leur foi religieuse ; 2° le libre exercice du culte dans toutes les villes où il se trouvait établi en 1596 et 1597, et dans toutes les villes où il était exercé en vertu de l'édit de 1577 , et de plus dans une ville ou bourg , par bailliage ou sénéchaussée, sans dérogation aux traités faits avpc les catholiques. L'admission des protestants dans les écoles et les collèges, le droit d'en fonder et de publier des livres de leur religion, dans tous les lieux où leur culte était autorisé ; 5° l'admissibilité à tous les emplois , sans être astreints aux cérémonies et aux usages qui pourraient blesser leur conscience; 6° le droit d'avoir un cimetière dans chaque lieu où leur culte était célébré ; 8° l'interdiction aux catholiques de leur enlever leurs enfants pour les faire changer de religion ; 9° le droit de pourvoir à jeur éducation par testament; 10° l'institution à Paris d'une nouvelle chnmbre «dite de l'édit», chargée déjuger les affaires dans lesquelles les protestants seraient intéressés; 11° l'établissement dans le délai de six mois de chambre mi-partie à Bordeaux et à Grenoble; 12° le maintien de la chambre mi-partie de Castres.
Les réformés étaient obligés par l'édit de respecter les jours fériés et les degrés de parenté prohibés par l'Eglise romaine pour les mariages ; ils devaient en outre payer les dîmes au clergé et se désister de toutes pratiques, négQciations et intelligences dedans et dehors le royaume.
Leurs synodes provinciaux et généraux étaient maintenus, sous la réserve de l'autorisation du roi. C'était le côlé faible de l'édit, une espèce d'article XIV de la charte nantaise. L'avenir le prouva. Les réformés obtenaient pour leurs pasteurs une somme annuelle et des places de sûreté, qui devaient pendant huit ans demeurer entre leurs mains comme un gage des loyales intentions du roi.'
1. L'édit de Nantes se compose de 92 articles publics et de 56 articles secrets. — Drion, Abrégé chronologique, 1. 1", p. 207 et suiv. — Aymon, Hist. des synodes. — Haag, France protestante. — Pièces justificatives.
UTRE XXVI.
Cet édit, à la rédaction duquel on n'était parvenu qu'après de longues difficultés , suscitées par les exigences quelquefois trop grandes des protestants et par le mauvais vouloir de la cour, ne satisfit pas les exaltés des deux partis ; mais les iiommes modérés admirèrent la haute sagesse du roi, qài, en donnant aux réformés ce qui leur appartenait légitimement, sans rien retrancher des libertés des catholiques , avait mis fin à des guerres qui ruinaient la France au dedans et la couvraient de honte au dehors.
L'édit ne satisfaisait pas complètement les protestants , mais il leur accordait une garantie suffisante pour le libre exercice de leur culte sur toutes les parties du territoire où il leur était permis de le célébrer. Une plus large concession eût été le moyen infaillible de rendre leur condition moins bonne, en fournissant aux catholiques des prétextes plausibles de se plaindre ; ils eurent la sagesse de le comprendre. Théodore de Bèze qui, malgré son âge avancé, avait suivi avec toute l'ardeur d'un jeune homme, les longues et difficiles négociations des assemblées politiques des protestants , écrivait ces paroles remarquables à l'assemblée de Châtellerault: «Je loue de tout mon cœur notre grand et vrai Dieu , tout-puissant et tout bon , premièrement de ce qu'il a incliné le cœur de celui qu'il a donné pour roi à la France , à un tel conseil et moyen si convenables pour changer l'horreur des guerres civiles en une vraie tranquillité , conjointe avec le moyen d'honorer celui qui en est proprement l'auteur et le donneur; secondement de ce qu'il lui a plu, d'autre part, conduire et bénir une telle assemblée par son Saint-Esprit, non-seulement de la grâce et constante union en la profession de sa sainte vérité, mais aussi d'une vraiment chrétienne charité envers la commune pairie et avec tout cela du don de sa sainte prudence acquise à une non moins sage que zélée conclusion de tout. » '
L'assemblée de Châtellerault avait accompli courageusemcni a Llche ; c'est à elle, dit un historien moderne, que
1. Biblioihèque de Genève, lettres et pièces diverses coucernaût les églises réformées, n» 4.
la France doit autant, si ce n'est plus qu'à Henri IV d'avoir devancé par l'édit de Nantes' les autres peuples chrétiens dans les voies de la société nouvelle qui sépare l'Église de l'État, le devoir social des choses de la conscience, et le croyant du citoyen.'
L'assemblée demeura encore avec la permission du roi à Châtellerault jusqu'au 11 juin 1598. Elle nomma un abrégé d'assemblée, c'est-à-dire quelques membres qui continuèrent à résider dans cette ville pour veiller à la vérification de l'édit , que le roi ne voulait présenter aux parlements qu'après le départ du légat du pape. Elle ne se sépara pas sans rendre de solennelles actions de grâces à Dieu des faveurs dont il avait comblé son peuple. Après s'être donné le baiser d'adieu , les députés se rendirent chacun dans leurs provinces pour y faire connaître à leurs mandataires le résultat de leurs travaux.
Ce fut au milieu des agitations produites par l'édit qu'un synode national se réunit le 26 mai 1598 à Montpellier. Toutes les provinces y furent représentées, excepté le Lyonnais, la Bourgogne et le Forez; Béraut, pasteur de Montauban, présida l'assemblée; on s'occupa d'abord de faire le dénombrement des églises qui existaient au moment de l'édit ; on en trouva 763, ainsi réparties: l'Orléanais 39, l'Anjou 21, le Poitou 60, Dauphiné et Provence 9i , Bourgogne 11 , Bretagne 14, Ile-de-France 88, Normandie 59, Haut-Languedoc 96 , Bas-Languedoc 116, Lyonnais 4, Forez 2, Guienne 83. Un dénombrement fait précédemment par ordre de Henri IV (en mars 1597) avait donné les résultats suivants : 694 églises publiques, 257 églises de fief, 2800 ministres, 400 proposants, 274,000 familles.'
Le synode crut qu'il fallait se contenter de l'édit et s'en
1. Anquez, Histoire des assemblées politiques des réformés de France, p. 70.
2. A. Thierry, Essai sur l'histoire de la formation et du progrès du tiers-état, p. 207.