LIVRE XXXVII
Jadis les huguenots n'invoquaient pas les saints
Pour le succès de leurs desseins;
Mais on doit espérer leur retour à l'Église :
Grand Dieu, qui l'aurait jamais cru?
Aujourd'huy d'une âme soumise
On les voit implorer le bon Monsieur Saint-Rhut1
Ennemis de votre repos,
Qui troublez follement la paix et le commerce;
Aveugle et malheureux reste des huguenots,
Dieu vous envoie un saint , docteur en controverse.
Du cœur le plus rébelle il chasse les démons :
Accourez au miracle et venez tous l'entendre ;
Jamais on n'apporta de si fortes raisons :
Tuer, voler et pendre,
Sont les trois points de ses sermons.'
Les insurgés n'avaient aucun quartier à attendre de Saint-Ruth. A peine arrivé à Valence, il se mil vivement à leur poursuite, et pénétra dans la forêt de Saou, où il croyait qu'ils s'étaient retirés; ayant appris qu'ils n'y étaient pas, il se porta, le dimanche 29 août 1683, à Bourdeaux, où il croyait les rencontrer: ils avaient disparu. A l'approche des troupes, les habitants de ce petit bourg sonnèrent le tocsin et envoyèrent des messagers à Bezaudun où étaient les insurgés, réunis dans le temple, où ils écoutaient le sermon du pasteur. A cette nouvelle , l'intrépide ministre interrompt son discours, descend de chaire : «En avant, en avant, dit-il à ses auditeurs, courons au secours de nos frères de Bourdeaux.» Malheureusement, dans sa précipitation, la troupe se divise: une partie passe par un chemin, l'autre par un autre. Le ministre, suivi de cent cinquante hommes, prend le plus court et le meilleur, et se trouve le premier en face de Saint-Ruth. Le combat s'engage vivement , les insurgés ont devant eux trois régiments de dragons; ils ne s'ef-