MÉMOIRE DES HUGUENOTS
est l'intention de rE.s[)a{i;nol ; c'estoient \ieilles finesses «[ue de nourrir la «jiierre en un Kslat voisin pour profiler (le ses malheurs. Sire, il n'attend que de voir voslreseeptre brisé et votre eouronne en pièees pour en ramasser les éelats et en re<'ueillir les fleurons. La guerre est donc très-juste; le roy ne peut laisser cette occasion sans tacher son honneur ; il n'est plus question de discuter si on doit la faire, mais de considérer les moyens de conduite et les ressources pour l'entretenir : vous l'aveijà connneneéc, Sire, et quelque mine (|u'il fasse, autant vous en seait-il de gré que si vous aviez rais armée en campagne sous vos enseignes et y eussiez esté en i)ropre personne; il seait que Voslre Majesté luy voudroit nuire , mais qu'elle le faict couvertement, n'os;iutlc faire à face ouverte. L'Kspagnol est mauvais voisin , car il garde rancune, autant pour luy avoir monstre l'cspéc que j)our l'en avoir battu. La guerre, recognue juste , devient également néee.ssiiire ; ce n'est pas ua ennemy (ju'on se crée, c'est une défense contre un ennemy déclaré et dangereux. Quelles puissantes ressources a voslrc royaume ! La Franco est bien plus peuplée (|ue l'Kspagne , .sa population plus guerrière ; cl puis cette coutume de l'Espagnid de réduire les pays en provinces <leniandc beaucoup de lrouj)Cs et l'alluiblit d'autant ; il a garnison es royaumes de tapies , Sicile , Navarre et Barbarie , en Pays- lias , en Pié-
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mont, et maintenant il en faut un bon nombre contre le Turc ; la France . au contraire , est dans toute sa force ; on nous dict : Les factions ne sont pas amorties ! Je responds qu'entre les hommes particuliers et simples soldats n'y a point de factions; que s'il y en a entre les chefs, ils l'oublieront à votre parole , voire même à l'entrée de l'ennemy. Les -soldats de l'Kspagne sont employés à garder des j)laces et des villes , dont elle craint la révolte ; les Indes lui enlèvent chaque année un nombre considérable d'habilans, ce qui la dépeuple presque ; à la vérité elle est forte sur mer; mais que pouvoit craindre la France de ce costé-là ? Tous les rivages de Languedoc et de Provence sont fortifiés ou aisément fortifiables , et puis rEsj)agnol n'avoit-il pas le Turc sur les bras ? En résumé . quant aux forces intérieures , il est grandement ail'oibli, et les François, par contre , sont en forte vigueur. Maintenant, examinons ce qu'on peut espérer des alliés et confédérés; l'Angleterre vous prestera aisément la main, l'Escosse a l'inquisition d'Espagne en trèsgrande haine ; ensuite les factions qui s'entretravaillent chez elle la rendent nulle; l'Allemagne , (jui le temps passé nous baltoit, aujourd'hui nous présente une ligue cjui , en ostant les forces à l'Espagnol , double celles de la France. En supposant à l'empereur le dessein de vous nuire, il ne le pourroit, ayant le Turc pour voisin en Hongrie ;