‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 81 sur 113 · IIEMU DE NAVARRE A LA COUR · texte numérisé non relu

IIEMU DE NAVARRE A LA COUR

deSancerre put ouyr et exercer la religion prétendue réformée; toute oflense fai<!te au roy estoit remise et pardonnée , et Sa Majesté prenoit les habitans sous sa protection , les tenant et resputant pour bons et loyaux , et toutes les fenmies et filles seront aussi conservées en leur bonneur, pudicité et intéj^rité ; toute confiscation de biens et autres estoit révoquée; lesbabitans rentreroient en leurs j»ropriété et jouissance, pouvant aliéner , vendre , oster, charier et disposer comme bon leur semblera*. »

Le parti politique avait j)résidé à toutes ces transactions; l'esprit modéré du maréchal Damville s'était montré dans les résolutions du conseil. Aussi rimj)ortance de reparti était grandie ; il songea dès-lors à préparer son gouvernement. La première impression de terreur jiroduite par la Saint-Barlhélcmy commençait à s'effacer ; on ne redoutait plus le mouvement sanglant des halles ; il y avait à la cour de nobles races qui murmuraient de la faveur de la maison de Guise; d'autres avaient subi la religion catholique comme une triste condition de leur défaite , et ne dcmaiulaient qu'un prétexte pour courir vers la gentilhommerie provinciale et lui servir de chefs. Henri , roi de IN'avarre , le jeune prince de

Article de la capitulation et reddition de la villr de Saiiccrre , IS*" jour d'aonst 1573.

«EMU ni: NAVAKUK A l.\ COUR (1373). 301

Condé , »'Oiuliiis;\ifnl les iiiocoiilcns de cotir , fnclion active , vigilante , (jui s'était mise en rapport a\ee le iTiarcchal Damville. Les parlementaires, qui aimaient tant à rapprocher leur temps des souvenirs de rantii[uité , comparaient le ISavarrois reniant sa foi . marmulant ses palenotres , s'abimant sous les plaisirs, au milieu des i'emuies couronnées de fleurs , trempées des parfums d'Italie,à Brutus cachant sous lidiotisme les grands jirojets de délivrance. On .se disputait pour uin' maîtresse comme naguère encourait au\ champs <le guerre , aux duels de barrières ; le sang était chose de coutume ; on s'en tirait avec sa dague pour écrire à sa dame, lout était frénésie ; on allaita l'adultère, sur de trouver la mort dans la tourelle où le mari jaloux attendait la victime d'amour pour la sacrifier ; les ma.ssacres répétés . des batailles implacables, avaient amené <-omme une sorte de niépris de la vie ; on se jouait avec les images de la mort (jue les peintres semaient partout ; les nobles dames en portaient à leurs chapelets a gros grains, dans des j)rocessions lugubres, ou les cris de pénitence se fai.saient entendre, tandis que le gentilhomme \indicatif guettait son ri\al. au coin de la rue Barbette ou de Saint-Jac(iucs-de-la-Boucheric, lieux obscurs , pour le daguer en sortant de chez Cosme Ruggieri l'astrologue, à son oratoire de la place aux Chat^. l ne lettre dcIlcnride.Aavarre

302 HENRI DE NAV\RUE A LA COUR (1573). nous peint assez vivement cette l)izarre situation de la noblesse; elle est adressée à M. de Miosscns, gouverneur en ses pays de Uéarn : « La rour , lui dit-il en autres choses , est plus étrange que Tayex jamais vue : nous sommes presque toujours prêts à nous couper la gorge les uns aux autres ; nous portons dagues , et bien souvent la cuirassine sous la cape. Severa vous en dira les occasions. Le roy estaussi bien menacé que moy; il m'aime beaucoup ])lus que jamais. M. de Guise et M. du Maine ne bougent d'avec moy. Laverdin votre frère et Saint-Colombe sont les chefs de mou conseil ; vous ne vistes jamais comme je suis fort en cette cour d'amis. Je brave tout le monde. La ligue que savez, me veut mal à mort, et ont faiet défendre, pour la troisicsmc fois , à ma maistresse (M"'" de Sauve ) de parler à moy; ils la tiennent de si court <[u'ellc n'oseroit me rep-ardcr. Je n'attends que Iheure de donner ime petite bataille, car ils disent qu'ils me tueront, et je veux gagner les devans*. »

Ce fut dans ces circonstances que le duc d'Anjou quitta la cour pour se rendre dans son nouveau royaume**. Catherine de Médicis et Char-

* Mss. de Céthunc , vol rot. 8915 , fol. 1. ' * Lorsqvi'il fut ([ju-slion ilu départ du duc d'Anjou pour alliT prciidrr possession de la couronne, la reine- mire é(-.i'i\it au roi d'Kspiij^ne alin d'obtenir un sauf- conduit

ron LARITK Di: duc D'A?i,IOU (1573). 30;{

les l\ voulurent accoujpagner le jeune roi jusq>ie sur la frontière; h' reine-mère se st-parait avec inquiétude de ce fils qu'elle chérissait. Le duc d'Anjou, depuis ses grandes victoires et sa conduite toute populaire aux journées de la Saiiitlîarthcleuiy, avait vu s'accroître son ascendant sur la uiullitiule; sa renommée était plus haute ([ue celle de (Charles 1\ couvert de la pourpre et de la couronne. Cette position était si forte parmi les niasses, qu'avant le départ convenu, le duc d'An-

juiur son fils qui devait traverser les Pays-Bas; Philippe II fit des difTipnlfi's , <'luda la question , et sans refuser aljsolument il traînait en lun[;ueur : «(Quelle ville doit- il traverser? Dans quelle forme veut - on le sauf - conduit ? L'enipereur en a-t-il envoyé un ? Les princes alleniunds l 'ont-ils égnlement accorde ? Je veux dans cette affaire suivre en tovil le même chemin que 1 empereur mou heaupère. • Telles sont les (luestions continuelles ([u'il adresse :i son ambassadeur à Paris. M. île Saint-Gohard cependant le pressait de donner le sauf-conduit : le roi de Pologne voulait partir de suite. Enfin Philippe 11 s'y décida , et le 7 octobre il l'envoya à son ambassadeur à Paris pour le faire tenir au duc d'Anjou. Il lui ordonnait de le visiter de sa part; mais on voit que c'est contrainte : «Si je ne le faisois pas, ëcrivait-il , cela scroit remarqué et noté par tout le monde ; Je ne veux pas mécontenter Leurs Majestés trèschrestiennes ; je paroistrois snspect : vover.le-donc ; dictes-luy que j'augure bii-n rie son élection : j'espère qu'elle tournera au profil de iioslre Seigneur et de runiverselle Église ; ajoutez plusieurs autres paroles dans le même sens

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