HENRI IV ET AMURAT (1592). J
(le France , mesnie la restreindre et corroborer (lavanlage , si faire se peut. Leroy d'Espagne continue ses entreprises contre nous , pour usurper ccste couronne sous le manteau et faux prétexte de religion. Nous avons esté advertis qu'il a envoyé vers Vostre Hautesse un anibas.sadeur pour entrer en quelque traicté , qui n'est en efïéct que pour s'acquérir du repos de la part d'icelle , et rendre ses armes et moyens plus libres contre nous ;i l'usurpation de ceste mienne couronne ; et encore que nous soyons assurés de vostre sincère et parfaicte amitié , nous avons bien voulu vous adxertir des machinations dudict Espagnol, et vous demander le bon secours et appuy qui se doict entre vrays alliés et anciens confédérés *.
HeiNRY. »
L'ambassadeur réussit complètement. L'histoire (le ces négociations existe encore **, et les résultats furent favorables au développement du pouvoir de Henri IV. Le sultan soudoyait la révolte des Musulmans d'Espagne , de ces braves Maures qui n'avaient rien abdi([ué , ni leurs mœurs , ni leurs croyances , culte sacré qu'ils conservaient dans leurs villages dispersés. Les flottes barbares-
* FoNTimEu, portefeuilles i\°' 436, 437, 438.
** Voyez la correspondance du sieur de lîreves; elle existe parmi les mss. du roi ; 3 vol. in-fol. daillard en a donné des notices exactes.
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ques itiénacèrent les côtes d'Espagne ; elles inquiétaient la tète vieillie de Philippe II. A chacune de ses victoires, à la nouvelle du plus petit de ses progrès , Henri IV se hâtait d'en écrire à son allié de Constanlinople, pour appeler des secours et fortifier les liens des traités. Amurat suivait les campagnes du Béarnais et multipliait les conseils. Dans un long firman , expédié par ambassade, il lui disait : « Nous avons reçu vostre lettre, par laquelle vous nous annoncez que vous estiez sur le point d'estre recognu vray roy de France ; ceste nouvelle nous resjouit beaucoup. Tous les rois de France qui ont régné avant vous ont esté nos amis , et nous les siens , et de tout temps ils nous ont montré grande affection , et nous de mesmes. Vostre ambassadeur qui est ici nous a baisé les pieds, et nous l'avons reçu et escouté de bonne grâce. Il nous a dict que vous estiez roy de France, recognu de tous, et que vous n'aviez des enipeschemens que du costé de l'Fspagnol, avec lequel se sont joincts et mis quelques-uns de vos principaux vassaux, qui vous font la guerre jour et nuict ; il nous a prié de vous aider et assister; ce que nous ferons bien volontiers si vous estes vraiment roy de France , et si les Espagnols s'y opposent ; et de nostre part nous enverrons nostre armée de mer aux pays de la domination de l'Espagnol. Vostre ambassadeur sera toujours bien reçu de nous, et je crois
LES LANSQUENETS ALXILIAIUES (1592). 15J
que nous serons toujours bons amis. Advertisscznous promptement des empescheniens que vous donnera l'Espagnol , et ceux qui sont avec luy, afin que nous ayons subject de nous préparer à vous assister, et à les disperser. — Constantinople, dans le temps du caresnie *. » Le sultan fit plus encore ; il mit ses flottes , sous pavillon musulman, à la disposition de Henri IV ; et nous verrons plus tard que ses capitans-badchis menacèrent Marseille , si elle n'abaissait ses enseignes municipales devant le royal étendard.
Dans la campagne de Normandie , Henri IV eut encore le secours des Suisses réformés , et des lansquenets d'Allemagne, troupes mercenaires , sans moralité , et qui couraient là comme les condottieri d'Italie au moyen âge. Cependant il faut le dire, quoique d'une commune nation , presque tous agissaient sous l'impulsion de leurs principes religieux. La confédération territoriale était alors si faible en face de la foi religieuse ! Les Suisses des cantons catboliques ne serraient point encore la main aux Suisses des cantons protestans , et les lansquenets des éleclorats réformés ne déchargeaient pas leurs arquebuses sur les sujets d'un prince huguenot : la croyance , c'était la patrie !
Henri de Navarre était resté le maître de tout
* La copie «.st aux archives de SimuiK-as, eut. B75'".