SOLDE DES L\NCES FRANÇAISES
S6 plaças. Maintenant voicy ce que cousteroit par mois une compagnie de 30 lances françoises comme elles sont payées aujourd'huy en France. Pour le capitaine, 150 escus; son lieutenant 30 ; le porte - étendard , 20; mareschal - des -logis, 15: 46 soldats à 10 escus chascun , S73 escus, lesquels estant resduicts à 56 plaças par escus, font 615 escus 15 plaças. De manière que quarante compagnies de lances, c'est-à-dire 2,000 chevaux cousteroient 2-4,210 escus 30 plaças. Quant aux 1000 arquebusiers à cheval , il seroit difficile de bien préciser à quoy monteroit leur solde ; approximativement on peut l'esvaluer au même taux que celle des compagnies de lances , c'est-à-dire à 12,105 escus 15 plaças. De sorte que le couste de ceste cavalerie s'éleveroit , pour 2000 chevaux et 1000 arquebusiers, à 36,315 escus 45 plaças. En reportant les despenses de l'infanterie de 10,000 hommes à 56,232 escus 36 plaças, la despense totale de ce corps d'armée de 13,000 hommes seroit par mois de 92,568 escus 24 plaças. » Ces renseignemens avaient été demandés par Philippe II à son ambassadeur à Paris ; le roi , ayant le projet de solder lui-même des régimens français , s'enquérait avant tout de la dépense. Lorsque le duc de Parme d'un côté, et le duc de Mayenne de l'autre, marchaient contre Henri IV, ces deux corps, appelée la grande et la petite armée, coûtaient par mois 261, 000 écusà Philippe II. VI 16
Toutes les troupes espagnoles furent reçues à Paris avec un sentiment de joie populaire et de fêtes publiques. Les pieux habitans portaient euxmêmes les vivres, faisaient des collectes pour les blessés*, augmentaient la solde par des dons volontaires. On pressait la main de ces vieux arquebusiers ; on supportait la pesante cuirasse de ces
* Pendant le séjour des troupes espagnoles à Paris, il y eut quelques cérémonies , des usages populaires qui excitèrent l'émotion des Parisiens. « Le vendredy, jour et fête dtsaint Job , les Wallons ûrent une mascarade de la patience de Job ; allant et se promenant par les rues de Paris avec tout pleins de gens à moitié nuds , qui avoient les bras sanglans et le corps peint, accompagnant avec des violons un homme monté sur un asne à reculons , qui représenloit le bonhomme Job, lequel tenant la queue de l'asne d'une main, en donnait la bénédiction aux passans , et avoit à ses cosli's lin diable et une tcmrae derrière qui se moquoient de lui. Et combien que cette farce fust à la mode de leur pays , et assez plaisante pouramuseï; des badauds passant, si fust-ellc mal reçue de ceste populace parisienne, tellement que pardessus le pont Nostre-Dame le peuple s'émut et commença u crier après eux , disant qu'il les falloit jeter dans l'eau, tt que cela estoit faict en dérision de la religion, pour l'amour de l'asne qui donnoit la bénédiction de sa queue. » — La Ligue, 1593, in-fol., par M. de L'Etoile. Bibliothèque royale (salle des imprimés). Ceux qui ont visité l'Espagne retrouveront quelque chose de semblable dans les processions municipales pour la Fête-Dieu , oii paraissaient los gigantos et los nino.f.
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hommes noircis de poudre et du soleil de Naplus ou de l'Aiulalousie, de ces braves gardes wallones qui venaient défendre les murs de Paris. Les envoyés de Philippe II virent tout d'un coup leur crédit augmenter. Aussi le roi d'Espagne formula mieux ses prétentions. « Don Diego de Ibarra ; si j'en crois ce qu'assure le duc de Mayenne , les Estats devroient estre assemblés; soyez bien au courant de ce qui s'y passe ; que rien ne se fasse sans que vous n'y ayez participé , et advertissezmoy de tout. Vous aurez vu sans cïoute les prétentions escrites de la main du duc de Mayenne. Vous aurez jugé combien elles sont différentes des premières. J'ay faict sçavoir mes résolutions à ce subject ; mais elles ne doivent estre cognues par le duc de Mayenne que le jour ou la veille de l'assemblée des Estats , de peur que mescontent de ma response, il n'y puise de nouveaux motifs pour différer la convocation de rassemblée*:»
i Don Diego ; quant aux gouvernemens et provinces que le président Jeannin , estant en Espagne , a demandés au nom du duc de Mayenne, il est impossible d'accorder la Normandie. C'est là une concession trop grande , que ne fera aucun des roys qui prendra la couronne : ceste provim^e seroit dangereuse dans d'autres mains que celles du souverain. Je consens à ce qu'il
' Archives de Simaiicas, cot. A 57"' , 6 décembre 1592.
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soit donné au duc deux cent mille francs de rente , et le duché de Bourgogne en garantie ; de plus , je lui promets deux cent mille ducats payables dans deux ans sur mes propres revenus. Je trouve juste que le nouveau roy paye les dettes que le duc de Mayenne a contractées durant le temps qu'il a esté à la tête des catholiques *. Moi
LE BOl. »
a Duc de Feria ; je prévois l'objection que l'on pourroit faire aux Estats-Ginéraux': sçavoir que si l'infante estoit recognue royne , les deux couronnes de France et d'Espagne pourroicnt estre réunies sur la teste de ceste princesse. Mon intention est que ces deux couronnes soient après sa mort divisées entre ses enfans ; tel est l'avantage du royaume de France , avantage que je fais assez sentir en repoussant mon eslection , en faveur de ma fille aisnée **. »
Tous ces mouvemens diplomatiques précédaient la convocation des Etats, qui se réunissaient len-
* Archives de Simancas , cot. A 57''"^. Philippe au même.
— 6 décembre 1592.
* .Archives de Simancas , cot. A 57*" , 7 décembre 1592.
— Confidence faite de la part de Sa Majesté catholique par Jérôme de Torrellas au cardinal de Joyeuse. Elle consiste à dire que le cardinal doit faire prévaloir dans les Etats-Généraux de France la reconnaissance de l'élection de l'infante, avec réserve du choix du mari à clic et au roi son père.
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teiiient à Paris en face des troupes espagnoles *. Les Etats répondraient-ils aux volontés de Philippe II ? proclameraient-ils l'infante reine et propriétaire du royaume de France , ainsi que le demandaient les dépêches du roi d'Espagne , ou adopteraient-ils les projets du tiers parti ? suivraient-ils cet entraînement général vers les idées de transactions , caractère dominant de la grosse bourgeoisie , dont les parlementaires se proclamaient les organes auprès de Henri IV ?
* J'ai trouvé dans les registres de l'Hôtel-de-Ville les deux pièces suivantes , qui se rapportent à la convocation des Estafs : « Monsieur le colonel ; nous vous prions vous trouver mercredy matiu en l'Hostel-de-Ville pour nous accompagner à aller à l'archevesché saluer M. le légat , et assister au service et cérémonies qui se feront en l'Eglise de Paris. " 4" janvier 1593. — Regist. de l'Hôtel-de-Ville, XIIT , fol. 400. — 0 Monsieur André Canaye , quartenier , appelez quatre personnes de voslre quartier, savoir: deus officiers et deux des plus notables bourgeois, et vous trouvez jeudy prochain, à une heure après midi, en la grande salle de l'Hostcl-de-Ville, pour procédera la confirmation de la desputation pour l'assemblée des Estats. » 13*^ janvier 1593. — Pareil mandement aux seize quarteniers , aux conseillers et colonels. — Regist. de l'IIôtel-de-Ville, XIII, fol. 402 vers.
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