OUVERTURE DES ÉTATS
jesté estoit , assure-t-on, de donner ou de troquer le Piémont et la Savoye contre les Estats de Flandre qui conviendroient très-bienàla France. Rosne m'a ensuite donné l'assurance de m'informer de tout ce qu'il apprendroit de nouveau. Il est possible que cet homme me trompe plus tard *, mais pour le moment c'est celuy qui paroist le mieux intentionné pour nous**.»
Les Etats s'ouvrirent avec solennité ***. Après
* Puede ser que este hovihre me engane. ' ** Archives de Simancas , cot. Ii78'"*,28 janvier 1593. — Don D. Ibarra à Philippe.
**' Le légat publia un bref et divers mandemens pour des stations et des jeûnes à l'occasion des Etats: « Philippe, par la grâce de Dieu, cardinal de Plaisance, légat au royaume de France , à fout le clergé et peuple de Paris nos bien-aiinés en Jésus-Christ, salut et apostolique bénédiction : nous entendons d'heure à autre , à uostre grand contentement , de quelle affection sont continuées les prières pour éloigner l'ire de Dieu ; ce que nous devons faire en tous temps , mais principalement en cette saincte quarantaine, destinée par l'ordonnance des apostres au sacrifice de nos corps par le jeusne , de nos âmes par l'oraison , et de nos biens par l'aumosiie. A la persévérance desquels exercices désirant de nostre part vous enflammer de plus en plus , et faire qu'à vos œuvres pies soient encore joinctes les visites des lieux saincts et desvotes églises; nous avons bien voulu desparlir à ceux qui durant ce saincl kiups visiteront desvotement cbascun d'iceuxau jourqui lui
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la vérification naturelle et légale des pouvoirs et la division par chambre , les députés de la
sera assigné*, les indulgences mentionnées à la fin du catalogue. Recevez donc ces spirituelles grâces d'une affection vraiment chrestienne à la gloire de Dieu , et expiation de vos fautes passées; et vous souvenez, en faisant lesdictes visites , de prier Dieu pour l'accroissement et manutention de nostre saincte foy et religion catholique , apostolique et romaine , pour la conversion des pescheurs et extirpation des hérétiques ; pour le salut et prospérité de Nostre Sainct- Père. Priez pour le rétablissement de ce pauvre royaume , et qu'à cet effect il plaise à Dieu lui donner blentost un roy très-clirestien , et selon son coeur. » 27 février 1593.
S'ensuivent les stations données et octroyées aux églises de Paris pour tous le temps de la quarantaine: " le mercredi des cendres aux Pénitentes; le premier dimanche de carême à Sainct-Landry ; le second à Sainct-Severin, le troisième à Sainct-Benoist ; le jeudi, jour de l'Annonciatioii-Notre-Dame, aux religieuses de l'Ave-Maria ; et y a indulgence de plénière rémission pour ceux qui auront reçu le précieux corps de Nostre Seigneur Jesus-Christ , et pour ceux qui autrement les visiteront , dix ans de pardon et indulgence ; le quatrième dimanche à Sainct-Germain-le- Vieil ; le dimanche de la Passion à Sainct-Cosrae ; le dimanche des Rameaux à Sainct-Jacques-de-la-Boucherie; le jour de Pasque à l'IIostel-Dieu : ceux qui visiteront ces églises gagneront par jour sept ans de pardon et indulgence. Ceux qui en faisant lesdites stations et visites passeront dans quelques cimetières, et y diront un requiem œternum, etc., avec un Pnler et un Aoe, gagneront sept ans d'indulgence. » — La Li/jtie, 1593, iu-iol.Bihliot. royale (sulle desimprimés).
bourgeoisie eurent à s'occuper de deux questions fondamentales , à savoir : quel roi serait choisi et quel principe on proclamerait comme base constitutive de la société. Ces questions étaient difficiles ; il s'agissait d'un immense intérêt au milieu des prétention diverses , et du trouble violent de doctrines et d'opinions jeté dans le pays.
Le duc de Feria reçut ordre non-seulement de gagner individucMement des suffrages, mais encore de reconnaître hautement le droit d'élection par les Etats, principe qui se rattachait intimement au choix d'un roi catholique pour le royaume de France. En pleine séance , le duc de Feria fît entendre de longues harangues; il mit successivement sous les yeux des Etats les grands services rendus par le roi son maître à la couronne, depuis son mariage avec Elisabeth, fille du roi Henri II" : « Il n'y a personne qui ne sçache que pendant le règne de François II", aussitost que la nécessité se présenta , le roy catholique luy envoya d'Espagne de grandes armées sous la conduite du duc Carvajal ; à Charles IX" il desputa de Flandre le comte d'Aremberg avec grand nombre de gens de cheval , et en autre temps le comte de Mansfeld , conduisant plusieurs troupes tant de cavallerie que d'infanterie. Tous ont faict la guerre en France ave(^ autant de zèle et de valeur que si c'eust esté pour
leur propre maison et patrie, chose qui vous est tellement notoire qu'il n'est besoin d'en discourir plus amplement. Mais , puis-je dire , je ne seais vraiment ce qu'on pourroit trouver de plus grand , de plus généreux ou de plus louable en un roy puissant que la patience du roy catholique parmi tant et de si grandes injures qu'il a reçues de vos roys. Plus tard , le traité d'union fut accordé , quoyqu'il apportast grande charge à mon roy ; vous en avez la copie , lisez ce qui y est couché , vous n'y trouverez rien qui ne sente sa piété , rien qui puisse estre repris de gens de bien et zélateurs de leur religion. Sa Majesté Catholique a voulu pourvoir de bonne heure à vos affaires, de peur que vous ne vinssiez à vous perdre et ruiner de fond en comble ; elle a foncé grandes sommes de deniers, et vostre roy a esté contrainct de se tourner du party de la religion. Depuis , il a fallu derechef fournir argent , et enfin on est entré en guerre ouverte. Le trèsvaillant capitaine Alexandre Farnèse a deslivré des mains de l'ennemy cette noble cité de Paris , sur le poinct qu'elle se voyoit jà perdue : autant en a esté faict à Rouen. Le roy catholique , pour vous donner secours, a laissé ses affaires propres à son grand préjudice et désadvantage; il a tousjours eu par devers vous ses serviteurs pour vous ayder et secourir; il y a encore maintenant des gens de guerre qui exposent leur vie pour vostre
délivrance, la solde desquels excède jà six millions d'or, sans que mon roy s'en soit prévalu d'aucune commodité ; il n'a cessé de penser et adviser par quel autre moyen il pourroit vous donner ayde et secours, et enfin (qui est le principal) il a faict tout devoir et instance pour la convocation et assemblée de ces très - célèbres Etats ; il a sollicité nos Saincts-Pères de vous chérir et espouser vostre cause, et m'a envoyé à vous pour vous assister en tout et partout. Lesquels offices et courtoisies semblent cstre si beaux, si magnifiques, si assurés, si signalés que je ne sçais si la France ou autre royaume quelconque en a jamais expérimenté de semblable en son extresme nécessité. Nostre roy catholique estime que vostre conservation et salut consiste en ce que par vous soit eslu et desclaré un roy tellement zélé à la religion , que il ait aussi le moyen et puissance de mettre ordre à vos affaires, de vous desfendre, conserver et garantir de vos ennemis; et bientost on verra l'Estat revenu à son ancienne beauté et splendeur. Mon roy toutefois vous prie en premier lieu , et sur toutes choses , d'effectuer et accomplir le tout sans dcslai et retardement , lequel ne pourroit faillir d'estre accompagné de très-grand danger ; et pour vous oster toute occasion de deslayer et prolonger les affaires, promet, selon son ancienne amitié , de vous continuer le mesme
ayde et secours , voire plus grand s'il est de besoin *. »
* « Harangue faicte en l'assemblée générale des trois Estais de France, le second d'avril , par le très-illustre et très-excellent duc de Feria , au nom du roy catholique, pour l'eslection d'un roy très-chrestien. » 1593. — On trouve ensuite : Propositions du duc de Feria aux Étals. F"' proposition- « Sa Majesté , désirante de voir assurer le faict de la religion en France, et l'Estat réintégré et resduict à sa primitive splendeur, ayant pensé aux moyens pour y parvenir , n'en trouve qu'un seul : il plut à Dieu de lui donner de la feue royne Isabeau sa femme , fille aisnée du roy Henry second, d'heureuse mémoire, madame l'infante Isabelle, sa fille aisnée. Il n'a plu à Dieu de conserver en vie aucun légitime héritier masle dudict roy Henry second, et par ainsi il est tout clair que selon droict de nature divin et commun, madame l'infante est légitime royne de ce royaume. Sa Majesté dict que l'enjoigne à ce l'eslection, s'il est besoin, et que l'on desclare sadicte fille pour royne de ce royaume. Geste princesse est, Dieu en soit loué^ pleine de zèle et d'ardeur à l'endroict de la religion, honneste, vertueuse , tout ce qui se peut désirer, et , à l'exemple du roy son père, très-adonnée à toute raison et justice , et d'un naturel si beuin , qu'il ne faut douter d'en recevoir toute amitié, faveur et grâces. Il reste donc à regarder, Messieurs, si l'expédient vous plaist , car me voicy tout prest , avec ces autres personnes , ministres du roy , pour traiter au nom de Sa Majesté des conditions et en venir à une conckision. Sa Majesté fournira une bonne armée de seize mille hommes de pied et quatre mille chevaux, laquelle sera entretenue deux ans entiers , la faisant rafraischir de temps à autres de
204 PROPOSITIONS DU DUC DE FEllIA (1593).
Ces paroles étaient de nature à attirer bien des suffrages. Les catholiques pouvaient-ils oublier tout ce qu'ils devaient au roi d'Espagne ? N'était-ce pas Philippe II qui avait pris si vivement leur cause? Si Paris avait été préservé du pillage et de l'hérésie , à qui le devait-on ? Il y avait à peine deux années que ce mobile aurait entraîné les Etats; les motifs de l'Espagne auraient été appréciés et applaudis; mais les députés commençaient alors à être dominés par l'esprit modéré des parlementaires et de la bourgeoisie ; leurs Aœux étaient la paix. Pouvait-on l'avoir, celte paix, en se donnant à l'Espagne, en présence de l'armée de gentilshommes dévoués à Henri IV , si brave et si souvent victorieuse ?
Après le duc de Feria , le nonce du pape parla longuement aux Etats. Quelle puissance n'exerçait pas ce vigoureux cardinal de Plaisance , si dévoué à l'unité catholique ? C'était le véritable roi du bas peuple , qui se réunissait en son bel hôtel , rue de la Platricre * , pour le saluer tous les matins et solliciter sa bénédiction : « Les hérétiques cherchent à vous distraire entièrement, dit-il, de la desvotion et obéissance
nouvelles , avec grandes sommes de deniers. » Cette proposition fut appuyée par un notable discours de .1. B. Taxis, qui s'efforça de prouver la légitimité des prétentions de la sérénissinie infante. — Fontanieii, portefeuille, n" 422-423. * Anjouvd'lini Jean-Jacques-Rousseau.