‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 150 sur 202 · INGRATITUDE DU ROI · texte numérisé non relu

INGRATITUDE DU ROI

appeler les seigneurs de ladicte religion et les ministres qui estoient en la cour, et furent assemblés par trois fois devant luy. M. le mareschal de Bouillon se trouva aux deux premières , et le roy leur ayant annoncé la résolution qu'il avait prise de se convertir, le ministre La Faye luy dict assez timidement : Sire, nous sommes grandement desplaisans de vous voir arracher avec violence du sein de nos églises; ne permettez point, s'il vous plaist, qu'un tel scandale nous advienne. Le roy luy respondit : Si je suivois vostre advis , il n'y auroit plus ni roys ni royaume dans peu de temps en France ; je désire de donner la paix à tous mes subjects et le repos à mon ame ; advisez entre vous ce qui est de besoin pour vostre sûreté , et vous a.ssurez cependant que je seray tou.«;jours prest à vous donner toutes sortes de contentement *. »

nimement, les recognoislre pour vos peuples et les avoir en vostre sauvegarde et protection , comme Voslre Majesté leur a promis en parole de roi. Sur quoi reposons et avons noslre plus grande confiance , après Dieu , lequel nous supplions de vous couronner de sa grâce et vous faire régner un jour au ciel comme il vous a fait régner sur la terre, à sa gloire. ' Du Villar , au val Lucerne , le. . . septembre 159-3 , — De Vostre Majesté, Irès-fidèles subjects et serviteurs, les peuples des vallées de Lucerne, Pérouse et Sainct-Martin , qui sont à la religion réformée, et en leurs noms , Digame , ministre de la parole de Dieu , au Villar , mais natif de Gascogne.

*Mss. de Colbert, vol. 15, fol. 89, vers.

REQUÊTE DES CALV0ISTES (1593). 271

Ces paroles étaient bien dures pour de vieux et fidèles compagnons d'armes : que signifiaient ces menaces, donner la paix à tous ses sujets ? Le roi ingrat ne se souvenait plus des services. N'allait-on concéder qu'un simple édit de tolérance , comme au temps des persécutions sous Charles IX et Henri III ? Avait-on pris les armes pour un si misérable résultat ? Avait-on fait un roi pour le voir s'engloutir dans le papisme ? Et cette protection qu'on promettait, en quoi consisterait-elle ? Dans leurs uouvelles requêtes, les calvinistes conservaient les formes du plus profond respect : « Sire , vos bien obéissans subjects de la religion réformée remercient Dieu et vous aussi de ce que leurs ennemis qui vous ont séparé d'eux , quant à la profession extérieure de la religion , n'ont pu encore vous dérober la sincère affection de laquelle leurs députés leur ont rendu un nouveau et surabondant tesmoignage. Aussi est-il malaisé, voire du tout impossible, d'effacer sitost de vostre mémoire ceux que le sentiment d'une raesme religion, la société de mesmcs périls et persécutions , la joye commune de mesme deslivrance , et la longue expérience de tant de services fidèles y ont gravés avec un style de diamant; le souvenir de ces choses vous suit et vous accompagne partout : il interrompt vos plus importantes afliiires, vos plaisirs plus ardens , vostre dormir plus profond , pour vous

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