‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 153 sur 202 · DÉCL.\UATI01S DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

DÉCL.\UATI01S DES CATHOLIQUES

rons de la guerre qu'ils nous feront. Partant, nous vous supplions très-humblement de répugner à leur audacîe, de leur remontrer leur vanité et leurs folies, de leur eonnuander de laisser régner Jésus-Christ doucement et paisiblement en vostre royaume, de peur qu'il ne se courrouce, que sa colère ne s'embrase. Qu'ils n'espèrent plus de patience de nous. Si vous ne les retenez , si vous ne nous faictes justice d'eux, nous aurons recours .t Dieu qui nous la fera immédiatement *. »

Les termes respectueux et un peu déclamatoires de la requête des calvinistes cachaient à peine la ferme résolution de prendre les armes, de se chercher un chef au cas oîi Henri de Navarre, ce vieux fils des batailles cavinistes , ne protégerait plus les intérêts de la réforme. Ces menaces de révolte effrayaient le Béarnais, invariablement décidé alors à la conversion au catholicisme. Que voulait-on ? la tolérance; on l'aurait la plus large, la plus absolue. Craignait-on les catholiques? mais sous la tente du roi on avait vécu avec eux, on avait fraternisé sous la cornette blanche. Ce fut afin de rassurer les esprits que les princes et officiers catholiques , unis au roi de Navarre, signèrent la charte suivante -.

' Requête au roi par ceux de la religion, 1593. — llss. de Colijert , vol. xxxi , rég. en parchem.

276 DÉCL.iUA.TIO]N DES CATHOLIQUES (1593).

« Nous, princes et ofliciers de la couronne et autres seigneurs du conseil du roy, voulant oster à ceux de la religion dicte resf'ormée toute occasion de doubler qu'au traiclé qui se Ihict à présent à vSuresnes, soit accordé chose au presjudice de ladicte religion resformée et de ce qui leur avoit esté accordé par les édicts des desfuncts roys , attendant la résolution qui pourroit estre prise pour le restablissement et entretenement du repos de ce royaume, avec l'advis des princes, seigneurs et autres notables personnages tant de l'une que de l'autre religion que Sa Majesté a advisé assembler en ceste ville de Mantes le 20" juillet; promettons tous par la permission de Sadicte Majesté, qu'en attendant ladicte résolution, il ne sera rien faict et passé en ladicte assemblée par les desputés de nostre part, au presjudice de la bonne union et amitié qui est entre lesdicts catholiques qui recognoissent Sa Majesté et ceux de ladicte religion. Promettons aussi advertir les desputés estant à Suresnes de nos présentes résolutions et promesses par nous faictes comme jugées nécessaires pour esviier toute altercation entre les bons subjects de Sa Majesté. — François d'Orléans, Charles de Montmorency, Roger de Bellegarde, François Chabot, de Biron , Gaspard de Schomberg et Jean de Levis*. ^ C'était là une simple déclaration de con-

' FoKTANiEc , portefeuilles, ann. 1593.

PRÉPAIIATIFS DE L'ABJURAT10?i (1593). 277

fraternité d'armes, une promesse de tolérance religieuse. Etait-ce assez pour rassurer les ardens huguenots , quand ils voyaient surtout le roi si disposé à adopter la religion catholique ? Que deviendraient-ils avec un prince sur lequel ils ne pouvaient compter et qui s'agenouillait devant le pape ?

En foce de ces plaintes , Henri IV , toujours entouré par le parti parlementaire et la bourgeoisie , pénétré de la nécessité de l'abjuration afin d'opérer la soumission de la ligue , écrivait à toutes les cours du royaume : « Monsieur le président; ne voulant laisser aucun scrupule à mes bonssubjects catholiques sur ce que j'ay de longtemps et plusieurs fois protesté en ce qui touche la religion , que j'estois et suis net de toute opiniastreté et prest à recevoir instructions sur les dififérends qui sont cause de schisme en l'Eglise; et afin que pour le regard de ceux qui maintiennent ce royaume en troubles , il soit tout clair que autre chose les y pousse que le zèle duquel ils se servent à la ruine qu'ils ont jurée de ceste couronne ; j'ay voulu prendre le temps et loisir à présent, nonobstant que autres affaires pressées me pourroient encore dispenser de vacquer à ladicte instruction, ayant, pour ce faire , advisé d'appeler un nombre de preslats et docteurs catholiques près de moy en ceste ville au lo° jour de juillet prochain , très-disposé a recevoir et VI. 24

278 HENRI IV A L'ÉVÈQllE DE CHARTRES (1593).

suivre ce que par bons renseignemens l'on me fera cognoistre appartenir à la vraye piété et religion ; de quoy je vousay bien voulu advertir , et par un mesme moyen vous dire que voulant aussi profiter de ce jour pour regarder et pourvoir aux autres affaires de ce royaume, j'ay aussi résolu d'assembler à ceste fin le plus grand nombre que faire se pourra de princes, seigneurs et autres notables personnages , afin d'apporter et contribuer chascun à ce que sa capacité et devoir commun au bien public luy suggéreront, et d'autant que j'entends que vous soyez de ce nombre, je vous prie ne faillir de vous rendre eu ceste dicte ville pour mettre la main à un si bon œuvre et si nécessaire *. »

Et le même jour il écrivait également de Mantes à M. l'évéque de Chartres : « Le regret que je porte des misères où ce royaume est constitué par l'ambition d'aucuns qui, sous le faux prétexte de la religion duquel ils se couvrent , ont enveloppé et tiennent lié avec eux en ceste guerre le peuple ignorant leurs mauvaises intentions; et le désir que j'ay de recognoistre envers mes bons subjects catholiques la fidélité et aflection qu'ils m'ont tesmoignées, et continuent encore chascun jour à mon service par tous les moyens qui peuvent despendre de moy ; m'ont faict résoudre, pour

* 3iss. de Baluzc , vol. iu-fol., col. 9675 E.

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