‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 194 sur 202 · ÉPOQUE OU GOUVERNEMEKT MUNICIPAL ET CATHOLIQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

ÉPOQUE OU GOUVERNEMEKT MUNICIPAL ET CATHOLIQUE DE PARIS

Le gouveniement municipal et catholique de Paris eut cinq ans de durée , et je viens d'en suivre l'histoire pleine d'émotions et de vie. Au moment où finit cette partie du grand drame populaire des confréries et des halles, la restauration de Henri IV se prépare. On pourrait dire qu'elle est faite ; car un mouvement politique est accompli , lorsqu'il est dans l'opinion et que tous les bons esprits le désirent. A la fin de 1593, après 1.1 conversion du roi de Navarre, la ligue,

n'ayant plus de motif sérieux aux yeux des bourgeois , dut aller de décadence en décadence jusqu'à sa grande ruine. L'entrée de Henri IV à Paris fut un fait inévitable. La question n'était plus alors catholique , mais espagnole ; le mouvement vaste et tout religieux qui s'opposait au triomphe du Béarnais s'était transformé en une intrigue , et l'intrigue tomba devant les intérêts de la société.

En examinant de près les différentes phases de la révolution populaire dont je viens de retracer tous les détails , on apercevra diverses nuances qui marquent sa durée. Après les barricades , toutes les classes de la population prennent part au mouvement. Un grand enthousiasme salue l'expulsion du roi, l'organisation d'un large .système municipal. La bourgeoisie tout entière partage les sentimens des halles ; l'IIôtel-de-Ville agit , gouverne , arme ses citoyens , défend ses remparts; les quarteniers convoquent le peuple qui remue les bonnes arquebuses, les longues couleuvrines au service de sa religion et delà cité.

Dans la seconde période , la bourgeoisie se fatigue ; cette énergie d'un moment se calme devant les intérêts. Les bourgeois avaient fait une émeute ; ils n'avaient pas voulu une révolution. Les parlementaires , associés d'abord au mouvement populaire , se placent en tête de cette opinion mixte. Ici commencent les démar-

ches du tiers parti , que les catholiques considèrent coninie une trahison. De là , les mesures fortes et sanglantes des seize quarteuiers , expression de Ja ferveur et du dévouement de la multitude : c'est la période démocratique de la ligue. Le peuple est uïaitre de toute l'autorité ; il l'exerce avec ses violences. H y a dès-lors des résistances énergiques , une guerre de courage et de fanatisme.

Le duc de Mayenne , qui s'était posé en tête du parti bourgeois et parlementaire, vient au secours de la classe moyenne; il prépare, avec l'appui de ses hommes d'armes , une sorte de contre - révolution au profit des esprits modérés , des classes de transaction , contre le peuple ardent. Plusieurs des seize quarteniers sont livrés au bourreau. Le conseil municipal choisit d'autres chefs; il passe lui -même sous l'empire des idées de modération. La ligue existe encore ; les villes restent unies par des liens puissans ; mais le peuple est hors de question ; il est gouverné et ne gouverne plus.

Les Etats-Généraux de 1393 viennent atténuer l'énergie du mouvement de la ligue. Les députés, fervens catholiques, arrivent avec le désir de mettre un terme aux tourmentes du beau royaume de France; s'ils n'ont aucune prédileclion pour Henri de Navarre, ils n'ont pas de répugnances invincibles. Ils ne lui demandent plus qu'une

adhcsion absolue aux lois générales et constitutives (le la société , et Henri IV défère à ce vœu des députés, par son abjuration.

Le parti calviniste joue un rôle de fidélité et de dévouement sous la toute de son vieux chef le Béarnais. Il a désormais pour appui presque la moitié de l'Europe qui , adoptant ses opinions, défend sa cause. Les doctrines huguenotes trouvent peu de sympathies en France ; le principe du libre examen , puissant levier de liberté et de civilisation, n'est point compris par ces confréries municipales , habituées à la vie toute matérielle et locale de la commune.

C'est toujours l'action d'un principe philosophique trop avancé , tourmentant l'existence actuelle des populations, leur croyance de vierges dorées , de légendes pieuses , de saintes histoires qui se liaient à leur berceau * , à la cathédrale de leur affection, h la cloche de leur Hôtel - de - Ville. Quand donc j'ai décrit avec quelque chaleur cette résistance de la société catholique , je n'ai point , vieux ligueur , saisi l'arquebuse pour la défendre contre la marche de la réforme , grand fait du seizième siècle ; j'ai seulement cherché à rendre , dans sa bruyante et douloureuse énergie, cette ligue des villes ca-

* Je ferai l'histoire des doctrines calholi<iue et réformatrice dans le 8^ et dernier volume.

tholiques, protégeant leurliberté et leur croyance, comme les vieux Romains défendaient l'autel de la patrie, leurs fêtes riantes, leurs libations d'encens , de ,vins et de fleurs , contre 1 austère prédication chrétienne, qui remuait le cirque , les temples, le Capitole et les divinités brillantes de l'Olympe.

La ligue , dans ses derniers jours , perdit de sa grandeur primitive ; les hommes qui la dominèrent firent de la petitesse avec la force populaire , et ce n'est point ainsi que voulaient la conduire ou la combattre les deux hautes tètes du système catholique et huguenot , Philippe II et Elisabeth. La ligue était pour le roi d'Espagne le principe de toute une politique universelle. La France s'abaissant sous la domination de Philippe et d'un sceptre de famille, les Pays-Bas et la Hollande se replaçaient d'eux-mêmes sous la couronne espagnole ; les flottes du grand roi ceignaient Londres de leurs myriades de voiles , et soulevaient les fermens catholiques en Angleterre et en Ecosse. Elisabeth connaissait toute la portée de cette vaste conception de Philippe II ; elle préparait partout des obstacles , et les alliances de la pauvre vieille, comme elle le répète dans ses dépèches, tendaient à opérer le morcellement de la monarchie espagnole par la triple ligne des Pyrénées, de la France et ue l'Italie. A cette fin elle se servait du principe huguenot.

o58 KÉSUMÉ (1588— 15U3).

Henri IV, l'expression de l'inditrérentisme religieux , se posa coranie une transaction entre ces deux systèmes ; il n'abandonna point , par son abjuration , l'alliance anglaise , pas plus que ses amitiés pour sa brave chevalerie huguenote. Dans la ^laix de Vervins , il ménagea tout a la fois l'Angleterre et l'Espagne. Henri est en politique ce qu'il fut en matière religieuse , indifférent pour les personnes , oublieux des services , se plaçant entre les systèmes pour s'en créer un à lui seul , dans ses intérêts personnels et dans ceux de la couronne qu'il posait sur sa tète.

L'activité de Philippe II fut déjouée dans toute cette affaire de la ligue, parce qu'il ne sut rien faire d'une manière décisive, parce que ses agens étaient plutôt hommes à petite habileté, à intrigues de personnes qu'à grand mouvement d'opinions et de choses. Ils agirent avec trop de turbulence, se croisant les uns les autres, mécontentant les princes, dépensant des monceaux de doublons que l'insatiable avidité des hauts vassaux de France dévorait sans résultats pour la question agitée entre les deux croyances.

Ce qui manque surtout dans cette révolution, comme dans la plupart des mouvemens populaires , c'est un caractère d'homme fortement trempé qui s'empare de l'énergie des masses pour créer quelque grande chose. Prenez un à uu

tous CCS princes de Lorraine ; courageux de cœur, tout multitude de sentimens, ils s'arrêtent au moment d'agir, quand il s'agit de jeter la couronne sur leur large front. Le duc de Mayenne, haut posé, est sans décision; épais de corps et d'esprit, usant aux batailles toutes ses forces morales, il n'est plus rien qu'un esprit mitoyen au milieu de deux partis, mécontentant l'un et l'autre, sans se prononcer pour Henri IV, seule ressource qui restait à l'opinion bourgeoise et modérée. Le légat offre cette volonté de fer que rien n'arrête, parce qu'elle' était le résultat d'une mission de conscience, conviction profonde et religieuse de la haute destinée du catholicisme. Qu'importaient les obstacles , les malheurs des batailles, le triomphe passager des huguenots devant la pensée éternelle ? Le Béarnais est l'homme supérieur, parce qu'il est véritablement dans son rôle; il ménage tout, fait des concessions sur tout, et reste maître d'un terrain que personne ne sait défendre. II n'y avait plus qu'un dénoùraent possible, la reconnaissance haute et formelle de Henri IV : elle s'opéra par le mouvement naturel des choses ; elle était accomplie six mois avant l'entrée à Paris de la brave gentilhomraerie, victorieuse sous la cornette blanche ! )

FI?i Dl- TOME SIXIEME.

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