PARTI NÉGOCIATEUR
tiers parti de négociateurs qui voulait préparer une heureuse fin aux troubles de la France ; tous admettaient la nécessité d'un roi catholique; tous excluaient Henri de Navarre tant qu'il persisterait en une malheureuse hérésie. Un trône huguenot, élevé sur les ferventes cités , paraissait une impossibilité dans les idées sérieuses des hommes même les plus modérés. Mais, si Henri de Navarre se lais.sait instruire et convertir, s'il adoptait la foi romaine , n'était-ce pas un moyen d'en finir avec les tristes débats et les guerres civiles? Le droit successorial de Henri de Navarre était le moins contestable ; pour .soutenir celui de l'Espagne, il fallait abe)lir la loi salique , principe fortement défendu par les parlementaires ; et pour faire triompher les prétentions des Guise, n'étaitil pas également nécessaire de frapper d'usurpation l'avènement des Capet ? Avec Henri de Na-\ varre, on n'invoquait plus que le droit politique, l'application des principes existans et reconnus. Ce parti de négociateurs trouvait une double expression , soit dans le camp de Henri de Navarre, soit dans les villes de l'union. Entête .se trouvait Gonzagues, duc de Nevers, modéré d'opinion , ardent ami de Catherine de Médicis; il se plaçait entre les partis pour profiter également de toutes les changes. Biron était plus décidé; mais chef des royalistes unis à Henri de Navarre, il cherchait à donner, par les négociations , le
PARTI PARLEMEiNTAIRE (1590). 3
premier rang à ses compagnons de bataille, effacés sous la chevalerie calviniste. Villeroy, l'actif ministre, passait d'un (;amp à un autre, et gagnait la confiance du roi de Navarre par une dextérité de principes et de conduite qui le rendait utile à tous. Puis , au-dessus d'eux , Charles X , vieillard maladif, homme timide , qui gardait la couronne comme un bien acquis et dû , mais qui se réservait de la transmettre à Henri de Navarre son neveu , s'il se convertissait au catholicisme. Ce parti de transaction avait ses représentans dans les cours de justice , dans une minorité du parlement que conduisait le président Brisson. A tout prendre , le duc de Mayenne n'était pas éloigné de s'arranger avec lui , il cherchait à tenir une position mixte entre les opinions populaires , représentées par les seize quarteniers , colonels et le tiers parti négociateur. S'il ne pouvait assurer un trône à sa race, le duc de Mayenne aurait fait volontiers ses conditions au Béarnais, de manière à se donner un grand gouvernement de province.
Le parti populaire voyait bien que c'en était fait de la sainte-ligue, dés libertés et franchises de la cite , si les négociateurs amenaient l'armée royale de Henri de Navarre dans les murs de Paris. Le but des ligueurs devait être d'attaquer vigoureusement les consciences timides qui parlaient de transiger, lorsqu'il fallait mourir pour