‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 3)Chapitre 91 sur 202 · LE DUC DE PARME ET LES VILLES · texte numérisé non relu

LE DUC DE PARME ET LES VILLES

abuser par ses promesses, Dieu nous a faict cestu grâce d'avoir esté fermes et constans à maintenir ce que nous avons si soleranellement juré, en rémunération de quoi ce bon Dieu, père de miséricorde, nous a faict sentir sa paternelle providence par le secours de l'armée conduicte par Vostre Altesse, qui a préservé ceste ville delà rage des hérétiques, et sauvé par ce moyen ce royaume, dont elle est principal membre, de la persécution cruelle de l'hérésie. De sorte qu'après Dieu nous vous recognoissons, avec nos princes, sauveurs, libérateurs et protecteurs, non-seulement de ceste ville, mais de tout le royaume de France, pour le salut duquel nous prions Dieu le pourvoir d'un roy vraiment très-chrestien, qui vous honore selon vos mérites de tant de bons oflices qu'avez faicts à la France *. » Le duc de Parme ne négligeait pas ces bons rapports avec les villes municipales; il savait toute la force, toute la puissance des Etats; le peuple était pour lui; ne fallait-il pas songer à l'élection de l'infante ? à ménager les conseillers et échevins? La position de l'armée espagnole, après la délivrance de Rouen, aurait été critique, si le duc de Parme ne s'était assuré un pont sur la Seine; ces ponts

*21 lévrier 1592. « Lettre des maire , eschevins tt luibilaus de Rouen à monseigneur Alexandre Farnèse, duc fie Piirme et de Plaisance. <•

LE DUC DE P.iRME A PAIUS (1592). 1^9

étaient rares; plusieurs au contraire facilitaient les abords de Paris. Appuyé sur la grande cité, on pouvait effectuer ce passage à l'abri des murailles, de leurs pièces d'artillerie, des braves bourgeois armés. Les privilèges municipaux étaient alors d'une telle force, qu'aucun homme de bataille ne pouvait pénétrer dans une ville fermée sans l'avis des conseillers, magistrats et chefs de quartiers, nobles gardiens des chartes. J,e 15 mai lo92, Farnèse écrivait aux échevins de Paris : « Messieurs, je ne doute que n'ayez entendu ce qui s'est passé aux désassiégement de la ville de Rouen, et comme après s'estre retiré l'ennemi, M. le duc de Mayenne et moy avons, nonobstant ma blessure, pris la ville de Caudebec, pour donner plus de commodité à ceux dudict Rouen de se ravitailler; et ayant ledict ennemi rallié ses forces et venu nous trouver, nous l'avons attendu huict jours sans qu'il ait osé nous combattre ; et ne pouvant plus maintenir l'armée, nous avons trouvé meilleur, attendu qu'il se renforçoittous les jours, €t nous ne le pouvant faire, de dresser un pont sur la rivière, et nous passer par deçà; ce qui a si heureusement succédé, que sommes passés jusques en ce lieu avec ladicte armée, et mondict sieur duc de Mayenne demeure en la ville de Rouen pour l'assurance d'icelle et pour ce qu'il est très-nécessaire d'un peu rafraisohir nos gens qui ont tant pasli, attendant ({uel-

Page 1