ARRIVEE DU DUC DE GUISE
parce qu'elle n'a jamais été pénétrée dans son intimité. Les soins de l'érudition nous ont conservé inédit le journal d'un bourgeois de Paris qui prit grande part aux troubles , et les a reproduits minute par minute. Je suivrai son récit , car il fut témoin occulaire; il portait arquebuse et pertuisane à la rue Saint-Denis, au Petit-Pont et au cimetière des Innocens. Je le comparerai surtout aux actes de l'Hôtei-de-Vilîe, vieux documens de l'émeute municipale *. »
L'état de Paris était assez connu du conseil de Henri III pour qu'il eût jugé un déploiement de forces nécessaires ; il est possible aussi que ce conseil , dirigé par le duc d'Epernon , voulût tenter un coup de main par la force des arquebusiers, des gardes suisses et françaises , et en finir une fois pour toutes avec Paris , la ligue et les négociations qui traînaient en longueur. A cet effet les braves soldats s'étaient approchés des faubourgs et se tenaient dans leur position d'armes, en attendant les ordres.
Le duc de Guise partit le 9 mai de Nancy pour se rendre à Paris et prendre la direction du
* Le récit du bourgeois de Paris est inédit dans les niss. Dupuy (Bibliothèque royale), el porte le n" 47. C'est uu iufolio de 29 feuillets doubles, en écriture contemporaine , et portant ce titre : " Histoire particulière de ce qui se passa à Paris au mois de mai de l'an 1588. »
MlRCnr. DU DUC DE GUISE (1588). 327
raouveuient populaire : « Il s'achemina et suivit le sieur de Bellièvre de si près , que estant Bellièvre arrivé le lundy sur les neuf heures, M. de Guise y vint le mesnie jour sur le midy, accompagné de sept ou huit gentilshommes , n'ayant en tout que quinze ou seize chevaux (au moins qui parussent), et alla descendre au logis de la royne-mère du roy, aux Filles repenties *. » — «Le duc de Guise entra par la porte Saint-Martin , environ raidi , le visage caché en son manteau jusqu'à ce qu'il aborda dans la rue Saint-Denis; et lors un jeune gentilhomme de la troupe, nommé Fourrone, nepveu de M. Sainct-Anthoine de Vienne , lui vint comme par jeu lever le chapeau de dessus la teste, et tirer le manteau d'alentour le visage , disant qu'il était temps de se faire cognoistre, et aussitôt le bruit alla partout que M. de Guise était arrivé **. « Le but du mouvement municipal de Paris était simple ; il tendait à s'emparer du roi afin de dissoudre le parti politique qui devenait une gène pour l'union. Les sanglantes journées de la Saint-Barthélémy avaient été dirigées contre les huguenots ; elles leur avaient arraché le pouvoir ; maintenant on tentait la même révolulion contre les politiques sous le duc d'Epernon.
' Il Amplification des particularités qui se passèrent à Paris lorsque M. de Guise s'en empara, et que le roy en sortit. »
** Récit du bourgeois de Paris, niss. Dupuy, 47.