‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 224 sur 234 · FUITE DU ROI · texte numérisé non relu

FUITE DU ROI

tume) promener aux Tuileries avec une eonlenance gaie, ainsi qu'au plus joyeux jour qui lui eust sçu reluire. Son escurie estoit aux Tuileries. Là il monta à cheval avec ceux de sa suite qui eurent le moyen d'y monter ; ceux qui n'en avoient pas ou demeurèrent ou allèreut à pied. 11 sortit par la porte neuve, et se retournant vers la ville, jetta contre elle quelques propos d'indignation et protestation contre son ingratitude, •perfidie et lascheté. Il fut pour ce soir coucher à Trapes , et le lendemain , qui estoit le vendredy , à Chartres; là, peu à peu , les siens et plusieurs de ceux qui feignoient en estre se rangèrent à luy *. » Le roy étant libre, pouvait appeler son gouvernement à Chartres. M. de Guise l'apprit avec dépit, accusa la reine-mère de l'avoir trompé. Mais lui-même , maître du mouvement municipal de Paris, quelle direction allait-il lui donner ? l'union de la sainte-ligue se substituerait-elle au gouvernement royal ? M. de Guise allait-il prendre un parti décidé et rompre avec la royauté des Valois ? Prévoyant toute chose , le prudent Lorrain « fit d'un costé diverses dépesches à ses partisans pour le venir trouver; de l'autre veut bien faire par apparence, cognoislre qu'il n'entreprendroit rien, qu'il s'estoit seulement mis sur

* << Amplification des particularités qui se passèrent à Paris lorsque M. de Guise s'en empara , et que le roy en sortit. . 1588.

G0UVER?JEnOT DE M. DE GUISE (1588). 349

la défensive , et pour en avoir des tesraoins , empescha la tuerie qui se faisoit des Suisses; fit luiinesme rendre les armes aux compagnies du roy dévalisées , mais d'une façon qui tesmoignoit combien plus de respect ceux de Paris lui portoient qu'au roy et quelle intelligence il avoit avec eux , de quoy il tesmoignoit n'estre pas mécontent. Car M. Saint-Pol alloit une baguette en la main entre lés armes de ce peuple furieux menant à son dos ( comme captifs de triomphe ) les gardes du roy en blanc et le chapeau en la main, M. de Guise présent qui lui-mesme leur faisoit rendre les armes , comme il l'a depuis escrit au sieur de Bassompierre. En ceste esmeute aucuns voulurent tuer M3I. de Biron et de Bellièvre, ce que toutefois M. de Guise empescha. Ces occasions le contentoient beaucoup , car par telles actions il s'eslevoit en la puissance qu'il avoit entre ce peuple ; il le faisoit aussi recognoistre à ceux qu'il sauvoit , pour les tenir en haleine, et leur faire croire de luy qu'il n'avoit pas petite part en France ; et entre tout cela il se les obligeoit du salut de leur vie. Les armes des compagnies leur ayant esté rendues, M. de Guise les fit mettre sur le soir hors de Paris par la porte Sainct-Antoine , tellement qu'il y demeura maistre, puisque le raaistre, et ses conserviteursavoient quitté le logis *. »

" Amplification des particularités qui se ()assèrenl a l'a-

350 COKRLSPOr-iDANCE AVEC PHILIPPE II (1588).

Leduc de Guise donna ainsi une impulsion modérée à la révolution municipale de Paris. Le voilà à la tête du gouvernement , de l'administration politique de la ville ; quel usage va-t-il faire du pouvoir ? La bourgeoisie , les halles et la cité l'entourent d'une immense popularité. Le roi est en fuite , la reine-mère en quelque sorte captive , servant d'otage et s'ofTrant comme négociatrice. Ici commence le gouvernement de la bourgeoisie et des halles de Paris sous le duc de Guise. Avant de le suivre , il est essentiel de voir comment fut accueillie la nouvelle des barricades par Philippe II , le type de la souveraineté catholique , dont ce mouvement saluait le triomphe.

Le duc de Guise s'était hâté d'écrire à l'ambassadeur Mendoça une relation sur la journée des barricades; il n'y attaquait point encore directement la royauté de Henri III : « Vous avez recognu aussi bien que moi comme toutes choses ont passé en ceste ville , et comme le roy , poussé du même conseil qui l'avait précipité à l'entreprise de jeudy , est party avant que nous ayions eu le loisir de luy rendre assez de tesmoignages, combien les menaces et les dangers évidens que nous avons eus devant les yeux , nous avoient esloignés du devoir que nous sommes résolus de luy gar-

ris lorsque M. de Guise s'en empara , et que le roi en sortit. »

HENRI m :\. PHILIPPE II (1588). 351

cler inviolable; encore que le roy en a eu quelques preuves non obscures que chascun peut avoir remarquées comme moi. Mais s'il ne lui a plu en voir la continuation , nous ne laisserons pas pour cela de poursuivre jusques à temps que l'intérêt de la religion et la conservation de ceux qui y servent le pourront permettre. Mais si nous voyons presvaloir les mauvais conseils , je nvasseure que vous ne serez poinct inutiles spectateurs des entreprises qui se feront contre la religion , et que le roy vostre maistre nous donnera support et secours , si notre prince se veut servir ou du prince de B'arn , ou de MM. de 3Iontmorency , ou du comte de Soissonset des huguenots feintement

convertis *. »

Si le duc de Guise demandait appui à l'Espagne dans la position délicate où il se trouvait , le roi de France, à son tour , cherchait à justifier sa conduite auprès de Philippe II. Quelques jours après les barricades , Henri III envoya à son ambassadeur à Mi'diJd, M. de Longlée, des instructions particulières pour Philippe II. « Monsieur mon frère , vous entendrez par Longlée ce queje luy ay commandé vous faire entendre de ma part , dont je supplie Vostre Majesté le croire comme c'estoit moy-mesme. Et sur ce prie à nostre bon Dieu vous conserver, maintenir en sa saincte et

* Archives ileSiniancas, B6I"'.

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