LES PURITAINS D'ECOSSE
reine; ils devaient avouer que le livre des prières publiques , l'administration des sacremens , l'ordination des prêtres étant conformes à la parole de Dieu , chacun devait s'y soumettre. Les puritains repoussèrent ces ordres; Richard Harrison , l'un d'eux , écrivit un ouvrage pour la défense de leurs principes : « Toutes les prétendues réformes sont corrompues , s'écriait-il , non pas autant pour les dogmes de la foi que pour la nature du gouvernement ; nous ne reconnaissons pas la hiérarchie épiscopale et presbytérienne ; les fidèles ne doivent pas s'y réunir ; sont-ils assurés de la conversion et de la probité des membres qui la composent , et ne tolèrent-ils pas des pécheurs avec lesquels toute communication , toute relation devrait être interdite ? » Ces doctrines étaient plus particulièrement professées par l'école des Brownistes, secte ultrà-puritaine, qui ne voulait avoir aucun rapport, aucun contact avec l'Eglise établie ; la persécution les atteignit , comme elle poursuivait les catholiques *.
En Ecosse le même résultat s'était produit, et lorsque Knox exilé revint dans sa patrie , disciple de Calvin et de Bèze, il s'élança dans la
* Comparez Nea!, chap. vi, ctSlrypc, III , 186. J'aurai plus fard à parler de la persécution contre les catholiques anglais; elle agit puissamment sur Jesévénenwns de Fiance.
Ifi L'ÉGLISE D'ECOSSE (1570—1585).
chaire de la Chartreuse de Perth. Sa parole éclatante flénonca les vices du catholicisme et prêcha le pur Evangile. Son système n'était point l'ultrà- ])uritanisme, mais l'école de Calvin modifiée par une nuance d'enthousiasme et une plus libre inspiration. Les eflets de sa prédication retentirent ; les vieux saints furent mutilés ; la Chartreuse de Perth ne présenta bientôt plus qu'un monceau de ruines. Knox lui-même se vanta de ses dévastations dans une lettre à mistriss Anne Locke : « Nous avons réformé l'abbaye de Lindores habitée par des moines noirs. Nous détruisîmes leurs autels , leurs idoles , leurs vétemens de pompe ; les livres de messe furent brûlés en leur présence , et nous ordonnâmes de jeter dehors les habits des moines *. »
En Ecosse comme en Angleterre , le principe religieux se transforma plus tard dans le principe politique : cela devait être. La constitution de l'Église était celle même de l'Etat; s'en séparer c'était outrager les institutions publiques, la grande puissance du royaume. Le catholicisme était dangereux parce qu'il entourait une idée proscrite ; les doctrines puritaines étaient également coupables parce qu'elles préparaient un système menaçant. Les pouvoirs se trouvent souvent placés entre cette double force; c'est pour eux le moment de crise.
* ApudM'Ciies, 1545.