PROJET DE HAUTE FÉODALITÉ
nientées ; des meurtres fréquens se commettaient en Périgord : « Une ligue nouvelle a esté dressée et bastie audict pays dont M. de Bourdeilles est chef , par laquelle les catholiques ont juré de tuer autant de calvinistes qu'ils en rencontreront; beaucoup publient que la justice ne se rendra non plus à ceux de la religion qu'auparavant, et que cette paix sera semblable aux précédentes. Quanta mon particulier, je n'ai pu, quelque commandement qu'il vous ait plu faire, avoir aucune assignation de ma pension ; ores qu'il y ait quelques considérations en moy qu'il n'y a point en beaucoup d'autres qui sont mieux traités que je ne suis et qui n'ont pas la volonté de vous faire le très-humble service que je vous rendrai toute ma vie , n'ayant autre plus grand désir que d'estre souvent honoré de vos commandemens pour les exécuter avec fidélité *. « Comme le parti huguenot sentait sa faiblesse , il se tenait sur la défensive , négociant pour acquérir de nouvelles ressources. La correspondance secrète de Henri de Navarre constate qu'il favorisait le morcellement territorial du royauue en grands fiefs. Tandis qu'il poussait le maréchal Damville à se déclarer indépendant en Languedoc , il entretenait des liaisons intimes avec le maréchal de Bellegarde qui se créait un Etat libre sur la frontière de Sa-
* Portefeuilles Fonlanieu, n"' 350-351 .
COMHnSSA.IRES EN PROVINCE (1579). 135
voie *. Le roi de IVavarre sent le besoin de s'en défendre auprès de la reine Catherine de Médicis, auprès du roi lui-même ; il leur écrivait : « Une des plus grandes calomnies qu'on ait dictes sur mon compte est de vous avoir fait entendre que j'ai envoyé au maréchal de Bellegarde une lettrepatente signée de ma main pour pouvoir exécuter tout ce qu'il veut et désire; c'est tellement faux et controuvé que je n'y ai pas seulement pensé et vous supplie ne croire telles calomnies qui sont esloignées de ma volonté et de la vérité **. » Dans ces circonstances difficiles, Henri III crut nécessaire de mander des commissaires spéciaux pour examiner l'état des provinces et pacifier par leur action directe et leur dévouement , les troubles dans lesquels s'agitait le pays. Cette délégation du pouvoir royal avait presque toujours suivi les édits de pacification. Les gouverneurs n'étaient pas assez soumis , assez obéissans aux or-
* 29 juin 1579. — Avis donné au roi sur l'eraparement du marquisat de Saluées par le maréchal de Bellegarde. — Mss. de Mesmes , intitulés : Mémoires sur la Ligue, t. i , j^o893i;2 — jjjj ouvrage de M. Secousse met dans le plus grand jour le fait de la révolte du maréchal de Bellegarde; il est intitulé : Mémoire historique et critique sur la vie de Roger de Saint-Lary de Bellegarde, maréchal de France, et principalement sur T entreprise qu'il forma pour se rendre indépendant dans le marquisat de Saluces. — 1764.
" Portefeuilles Fontanieu, n<" 350-351.