‹ Histoire de la réforme et des réformateurs de GenèveChapitre 44 sur 51 · MODERNE · texte numérisé non relu

MODERNE

Les thèses que les réforoés s*offnient de soutenir et de prouver, dit V. Xagn». étAÎeot les suÎTaotes : 1* n ne Tant cherdier dVtre justiBe qu^en Jesus-Chnst; 2* Il ne faut rendre qu*à Dieu Tadonlion relif^ease ; 3* Le gouTemenwnt de rEflise ne doil ilre rejle que par là parvle de Dieu ; 4* FI a ete safBsamroeDt satisfait pour nos p^rcht-s i-ar U srule oHjlic-n faite |>ar Jesus-Cbrist ; à* Jesu*- Christ e*t ïe seul rordiiteur entre Dieu et les hc-mmes. F» «ife ce* dc<:lnoes le* reformes concluaient :

I' Ceux-U ement qui attribuent à leurs cpuvre* la vertu de justifier: î* Cest une i'Jclitrie d'adorer l--*5 saints et le* iroa;Tes . 3* Les traditi-Mis humaines et les CLTStituticDs quVn appelle de l'Eglise, et qu'on dcit appeler plutût romaines oo papales, sont non seulement vaini-s. mais mime perriicieuses : 4' Le sacrifice de L messe, les prières p:>ur les m»;rts. et ceîÎTs itu'c'O leur adresse si.»nt c»^»ntre la parole de Dieu et intuiles f-our le saint ; j»* Les sûnts ne sont pas nos avocats ou DOS intercesseurs, et c'est par l'.îuloriîe di-s hommes, et non celle de Dieu, qu'on a ictroJuit djiis l'E-lisc li doctrine de le^rr in:erc«-ssioo .

Crs dii p-rcpc-siii.-ns f.-nt js*isîcr en quil-jue *orle a rc«ri;:ine et aux premiers pas Je la dvxirir.e rtrîormie a Genève. Les cinq premières n'offrent joint encore un sets drciJimer.t hérétique, mais quelque chose de vague et de flottant. Les conséquences cvrresp-: niant au\ cinq premières thèses présentent un melan^ d'ertcur et de ^Tai. trahissant des intelligence* qui ont perdu les traditions primitives de leur foi , et qui, faibles et inceitaiDes, s^efforcent de les rétablir ; ainsi

de cette pitipositioD juste et rraie : « H ne faut chercher d*ètre jmtifié de ses péchés qu^en Jésus-Christ, » elle tire une conséquence où le faux se trouve mêlé Au Tnd. De ce qu'en Jésus-Christ seul est la jusliûcation, il ne s'en suit pas qu'il n'ait pu l'attacher à une œuvre, et la justification n'exclut pas de sa nature toute œuvre. Jamais d'ailleurs l'Église n'enseigna que les fidèles sont justifiés par leurs œuvres, ni même simplement par les œuvres Cette proposition : « Ceui-là errent qui attribuent à leurs œuvres la vertu de justifier, » ne saurait donc lui être opposée, mais il y a en germe, sous ces expressions, la doctrine de la justification par la foi seule, et le choc ne tardera pas à l'en faire jaillir. Ce caractère d'informe et d'indéfini que présente dans ses thèses la doctrine réformée est encore plus frappant dans la suivante. « Il ne faut rendre qu'a Dieu l'adoration religieuse. » D'où cette conclusion que • c'est une idolâtrie d'adorer les saints et les images. » Il n'y a nulle dissidence sur cette question, pendant qu'elle reste posée dans ces termes. L'Église catholique a toujours hautement reconnu et professé la conséquence aussi bien que le principe. Elle reconnait aussi expressément, comme dogme, la troisième thèse : « Que le gouvernement de l'Eglise ne doit être réglé que par la parole de Dieu. » Mais loin d'en conclure, conrnie la Reforme, que « les constitutions de l'Eglise sont non-seulement vaines, mais même pernicieuses, » elle y découvre au contraire la raison des constitutions qu'elle peut faire. Car, s'il y a, comme le suppose le principe, un gouvernement de l'Eglise, ce gouvernement a nécessairement le droit de faire des constitutions : il n'est gouvernement qu'à cette condition et la raison ne saurait le concevoir sans ce droit. « Il a été suffisamment satisfait pour nos péchés, dit la quatrième thèse, par la seule oblation faite par Jésus-Christ, » et la Réforme en conclut que « le sacrifice de la mess^ et les prières pour les morts sont contre la parole de Dieu. » Qu'est-ce à dire ? La satisfaction suffisante et surabondante de Jésus- Christ, que les catholiques proclament aussi bien que les réformés, dans des transports d'amour et de reconnaissance, opère donc le salut de l'homme sans son concours et sa participation ? La peine attachée au péché est-elle toujours effacée avec la souillure du péché elle-même .' L'Écriture Sainte nous montre l'homme ayant à satisfaire k la justice de Dieu, même dans l'état de justification, après la rémission de son péché ; comment les prières pour les morts qui ont encore des peines temporelles à expier , seraient-elles contre la parole de Dieu ? Et quant au sacrifice de la messe, comment serait-il contraire à l'oblation faite par Jésus- Christ, lorsqu'il n'est lui-même, selon l'enseignement catholique, que l'immolation du Calvaire sans cesse renouvelée et perpétuée au milieu de nous, que l'oblation permanente de Jésus-ChriAt dans son Église ? Enfin de ce que Jésus-Christ est notre seul médiateur, les thèses concluent que les saints ne peuvent être nos avocats ou nos intercesseurs. L'invocation des saints que l'Église propose, non comme nécessaire au salut, mais conmie bonne et utile, loin d'être opposée à la médiation de Jésus^Christ, l'exalte et la rehausse bien plutôt, puisque « nous

n'obtenons quo par Jéftus-Ohrist et en son nom, ce que nous obtenons pir Ventromise des saints , puisque les saints eux-mêmes ne prient que par Jésus-Christ et ne sont exaueés qu^en son nom. «Telle est, ajoute Bossuet, la foi de PÉglîse, que le concile de Trente a clairement expliquée en peu de paroles. Après quoi nous ne concevons pas qu'on puisse nous objecter que nous nous éloignons de Jésus- Christ quand nous prions ses membres qui sont aussi les nôtres, ses enfants qui sont nos frères, et ses saints qui sont nos prémisses, de prier avec nous et pour noos notre commun maître, au nom de notre commun médiateur. » ( BoasTET, Exposât, de ta tiocirine de i* EgUse cathol, ) Comment ne pourrions-nous pas solliciter les prières des saints dans le ciel, lorsque les premiers réformés croyaient peuToir igiplorer les prières, sur la terre, des uns pour les autres ? BuUinger éorivait ii Calvm : « Priez pour nous. » Calvin écrivait à des réformés français : K Àidez-Dous auprès du Seigneur par vos prières ; demandez-lui pour nous que nous ne faiblissious jamais. » Un ami de Farel lui écrivait : « Souvenez- vous de moi dans vos prières. »

Les erreurs que oonlieunent ces thèses proviennent de l'exagération de cette doctrine vraie, que l'bonmie est sauvé par la foi. Notre justification a sans doute la foi pour principe ; mais elle a en même temps pour moyen la vertu des sacrements ; comme aussi elte a pour condition de la part de l'homme, son libre concours, sa coopération active, et pour complément les oravres ou la soumission à aooompKr les œuvres, auxquelles toutes les pages de l'Écriture montrent l'homme pécheur condamné. Saint Paul dh à la vérité que nous sommes sauvés parla foi (I). Mais il dit un peu plus loin que nous sommes sauvés par l'espérance (2). Fawdfa-t-ii en cemdure aussi que l'espérance seule sufBt pour la justification ? Saint Pierre en disimt : « La charité couvre la multitude des péchés. » (3) a-t-il à son tour excin les autres vertus théologides ? Nous disons tous les jours que nous avons été sauvés par Jesus-Christ, et personne cependant ne se permet le bonheur du ciel, sans aucune appropriation de ses mérites. Il en est de même de la foi, elle est le premier élément, le principe et non le complément de la juBtiiication.

Mais la Réforme se trouvait sur ce point fatalement entraînée dans l'erreur par l'homme qui marchait à sa tête. Luther, après avoir attaqué les abus dans les indulgences, s'était laissé aller, dans la chaleur de la lutte, à attaquer les indulgences elles-mêmes. Mais nier les indulgences, c'est nier la peine attachée an péché, c'est nier la satisfaction, nier par conséquent dans la justification la

(1) Arbilramur enîm juftificari bominem per fiden. Ro«. m, 28.

(2) Spe enim salvi facti samtis. ïhià. riii 31.

(3; Chariiai oporit multitudinsm peccatoram. Er. Pstei iv, 8.

coopération de Phomme et le réduire à la foi seule. C^est aiasi que Luther , ne reculant devant aucune des conséquences qu'entraînait une première négation, avait cru découvrir que la foi seule opère notre justification. Cet jpeiçu le frappa comme un éclaih, comme un rayon soudain de lumière qui serait venu du ciel rilluminer au milieu des ténèbres, et il b*s attacha avec d'autant plus d'ardeur qu'il exaltait davantage & ses yeux l'efficacité du mystère de la foi, l'amour immense de Dieu pour nous. Dans l'ivresse de son sentiment, l'homme disparut entièrement à ses yeux, et il ne vit plus dans la justification que Jésus-Christ couvrant l'homme de sa justice, comme d'un manteau, et le justifiant ainsi, sans effacer cependant son péché. Luther, au lieu d'un abime d'erreurs, n'y vit qu'un abîme de lumières et de grâces. Son enthousiasme pour cette découverte, et l'un de ces jugements redoutables d'eu haut, qu'il est impossible de ne pas voir id, purent seuls dérober à sa vue les oppositions de son système avec les textes les plus clairs, avec toutes les pages de l'Écriture, et ses conséquences déplorables* En effet, il frappe au cœur le code entier de la morale, toutes les bonnes œuvres et la liberté humaine, et ce qui sera à jamais un sujet d'étonnement à la fois et de terreur, c'est qu'aucune de ces conséquences n'épouvanta Luther. « Aucune autre chose que la foi, dit-il, n'est commandée ou défendue. Ne dites pas que Dieu punira le péché : la loi à la vérité le dit ainsi ; mais qu'ai-je à faire avec la loi ? Je suis libre. • • Il n'y a qu'un péché qui puisse damner, l'incrédulité La voie du ciel est étroite, si vous voulez y passer, jetez vos

bonnes œuvres. » (i).

Et quant à la liberté : « Le franc-arbitre , dit-il, est un vain titre. Dieu fait en nous le mal comme le bien ; le secret de la foi est de croire que Dieu est juste , encore que bien que par sa volonté il nous rende si nécessairement damnables , qu'il semble se plaire aux tourments des damnés, et s'il nous plait en couronnant indignes , il ne doit pas nous déplaire en condamnant des innocents. » (2).

C'est à ce principe qu'il faut remonter pour saisir dans leur ensemble et lenr liaison les autres doctrines de la Réforme ; elles y ont toutes leur raison et leur source. Comme le dogme catholique de la justification domine tout le christianisme , et que toute l'économie religieuse s'y rattache, de quelque point qu'on l'envisage , de mémo les conséquences de l'erreur de Luther sur ce point culminant furent infinies. En effet , si l'homme n'a à coopérer par aucune œuvre à sa justification, alors pourquoi les expiations , les jeûnes, les bonnes œuvres , les sacrements ? Pourquoi les prières pour les morts, le purgatoire , les indulgences ? Si Dieu seul le couvre de sa justice sans sa participation , l'homme n'est plus qu'une pure machine entre ses mains toutes puissantes , qu'un être purement passif,

(1) Cir. II AD Galat. Di Cavtiv. Bas. C. di Bapt. Siov. di Not. Tist.

(2) Bittoire générale de l'Église, livre LIX.

qu^il damne ou saavc à son gré. Que deTient alors la libre activité de PinteDigence et de la volonté humaine ? S'il est ainsi sous la direction immédiate et irrésistible de l'Esprit-Saint , alors pourquoi Pautorité du pape et des érêques ? Elle n'est plus qu'une atteinte impie et sacrilège à celle que Dieu exerce par lui-môme ; alors le prétendu chef visible de PEglise n'est plus que la personnification de Satan : il est, dans la rigueur du terme, l'Antéchrist. Ainsi , tout s'explique, jusqu'au fanatisme du langage : l'ordre se fait dans le désordre, et les doctrines , en apparence incohérentes, de la Réforme, n'apparaissent plus que comme de rigoureuses conséquences. Nagnin , Histoire dt i'etaUistemeni de la Réforme à Genève^ pag. 177 et suiv.

ET DES BEFOKBtATEURS DE GENÈVE. 643

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LES TRIBULATIONS DES RELIGIEUSES DE Ste-CLAIRE

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