CHAPITRE XIII
Invasion de. VItaliepar Charles VIII. — Pierre f fils de Laurent de Médicis, chassé de Florence. — Révolte et guerre de Pise. -— Réforme polirtique et religieuse de Savonarola à Florence, et sa mort. — i49a ~ 149^-
chap. xiu. Le moment était enfin arrivé où l'Italie, qui avait rendu la lumière à l'Europe, qui avait reconstitué l'ordre civil avec, la liberté , rappelé la jeunesse à l'étude des lois et de la philosophie, inspiré le goût de la poésie et des beaux-arts , rendu la vie aux lettres et aux connaissances antiques, et fait fleurir le commerce, les manufactures et l'agriculture, devait être livrée en proie à ces mêmes barbares , auxquels elle montrait le chemin de la civilisation. L'indépendance de l'Italie devait succomber avec la perte de sa liberté, qui jusqu'alors avait fait sa grandeur et sa puissance. Dans toute cette contrée , qui trois siècles auparavant était couverte de républiques , il n'en restait plus que quatre au moment de la mort de Laurent de Médicis , et encore , quoiqu'elles conservassent le nom de la liberté sur leurs bannières , ce principe de vie avait disparu de leurs institutions. Florence, déjà dominée
depuis trois générations par la famille des-Mé- chap. xm dicis, corrompue par leur licence, rendue vénale par leurs richesses, avait appris d'eux à craindre et à obéir. Venise , avec sa jalouse aristocratie, Sienne et Lucques, gouvernées également par une seule caste de citoyens , si elles étaient encore des républiques , n'étaient pas du moins dès gouvernemens populaires, et n'en avaient plus l'énergie. Ni dans ces quatre cités, ni dans Gênes , qui s'était donnée aux Sforza , ni dans Bologne , qui obéissait aux Bentivoglio , ni dans aucun des États monarchiques , on ne trouvait en Italie cette puissance d'un peuple dont toutes les volontés tendent à la chose publique , dont tous les efforts se réunissent pour la défense et le bien de tous. Les princes de cette contrée ne pouvaient invoquer, pour la garantie de l'indépendance italienne et pour la leur propre, que l'ordre et l'obéissance des sujets, et non l'enthousiasme des citoyens.
D'immenses richesses , auxquelles le reste de l'Europe portait envie , étaient , il est vrai , toujours accumulées dans les monarchies absolues comme dans les républiques; mais si, d'une part , elles étaient suffisantes pour solder de puissantes armées , de l'autre , elles augmentaient le danger de l'Italie en excitant la cupidité de ses voisins. Le nombre des soldats nationaux était très considérable $ leur métier était un de
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:iap. xih. ceux qui menaient le plus rapidement à la distinction et à la fortune. Engagés pour le temps seulement de la durée des hostilités , et libres de se retirer chaque mois , ils ne traînaient point leur vie dans l'indolence des garnisons; ils n'abdiquaient point l'exercice de leur volonté , mais ils passaient rapidement d'un service à un autre , cherchant partout la guerre, et ne s'ainollissant point dans l'oisiveté. On regardait les chevaux et l'armure de la gendarmerie italienne comme supérieurs à ceux des ultramontains contre lesquels elle s'était mesurée en France dans la guerre du bien public. Les capitaines italiens avaient fait de la guerre une science dont ils connaissaient à fond toutes les parties ; on ne soupçonnait point que les soldats manquassent de courage , toutefois la douceur générale des mœurs, et le perfectionnement de la civilisation , avaient accoutumé les Italiens à faire la guerre avec d'honorables ménagemens pour les vaincus ; toujours prêts à faire quartier , ils ne frappaient jamais un ennemi à terre. Souvent , après lui avoir enlevé son cheval et ses armes , as le renvoyaient libre, ou du moins ib ne le ruinaient pas. par d'excessives rançons. Codiine les combats se livraient entre des cavaliers tout revêtus de fer , ils étaient rarement blessés ou tu^s tant qu'ils étaient à cheval, et dès qu'ils étaient renversés , ils se rendaient , en sorte que
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les batailles étaient peu meurtrières. Le cou,- wm\ *u rage des soldats italiens était en harmonie avec ce système de guerre j mais il cessa de l'être devant les dangers que des ennemis barbares devaient leur faire courir. Une terreur profonde les glaça lorsqu'ils s'aperçurent que les Français faisaient tuer par terre par leurs valets tous les cavaliers désarçonnés , ou que si quelquefois ils faisaient des prisonniers , c'était pour leur extorquer, à titre de rançon, tout ce que ceux-ci possédaient. Aussi la gendarmerie italienne, égale en bravoure à la française, et supérieure dans l'art militaire , fut pendant quelque temps incapable de tenir tête à des ennemis dont la férocité avait troublé son imagination.
Tandis que l'Italie avait perdu une partie des avantages qui , dans les siècles précédent; , contribuaient à sa sûreté , les ultramontains avaient acquis tout à coup une puissance qui détruisait l'ancien équilibre. Jusqu'à la fin du quinzième siècle , il y avait eu beaucoup moins de guerres de nation à nation, que de guerres entre les Français , entre les Allemands , entre les Espagnols. La guerre même entre les Français et les Anglais, qui pendant plus d'un siècle avait désolé la France, n'était point née de l'inimitié de deux peuples rivaux , mais de ce que les rois d'Angleterre étaient des princes français, sou-
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hap. «m. verakis héréditaires de la Normandie , du Poitou et de la Guienne. Charles VII les avait enfin repoussés au-delà de la mer ; il avait rattaché à la monarchie des provinces qui en étaient séparées depuis des siècles. Louis XI avait vaincu les ducs, les pairs de France qui avaient voulu lui disputer l'autorité ; il avait humilié la maison de Bourgogne , qui commençait à devenir étrangère à la France. Charles VIII enfin , son jeune fils , arrivait à sa majorité , avec un vaste royaume en entier soumis , une brillante armée, des revenus considérables, et une tête assez faible pour croire qu'il n'y avait de gloire à acquérir que par des expéditions lointaines et chevaleresques. Les monarchies d'Espagne , long-temps rivales, avaient été réunies par le mariage de Ferdinand d'Aragon avec Isabelle de Castille , et par la conquête que ces deux époux firent en commun du royaume maure de Grenade. L'Espagne , fonnant ainsi pour la première fois une seule grande puissance, commençait à exercer une influence k laquelle elle n'avait auparavant jamais prétendu. L'empereur Maximilien , après avoir réuni les Pays- Bas et le comté de Bourgogne , héritage de sa femme , aux Etats d'Autriche qu'il tenait de son père , prétendait exercer sur toute l'Allemagne l'autorité impériale qui avait échappé des mains de ses prédécesseurs. Les Suisses , enfin , illus-
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très par leurs victoires sur Charles-le-Témé- cbaf. xm. raire , avaient commencé seulement , depuis sa mort, à faire un trafic de leur sang , et à se •
mettre à la solde des nations étrangères ; en même temps l'empire des Turcs s'était étendu sur tous les rivages de l'Adriatique , et il avait menacé à la fois Venise et le royaume de Naples. De toutes parts , l'Italie était entourée de puissances qui , tout à coup , étaient devenues gigantesques , et dont aucune ne lui. inspirait de craintes un demi-siècle auparavant.
La France fut la première à porter au dehors une activité qui ne se consumait plus dans son sein, et à faire éprouver à l'Italie l'effet du changement survenu dans la politique de l'Europe. Son roi, Charles VIII, prétendait avoir hérité de tous les droits de la seconde maison d'Anjou sur le royaume de Naples. Ces droits, fondés sur l'adoption de Louis Ier d'Anjou par *■ Jeanne l'Ancienne , n'avaient point été reconnus par le peuple , ni confirmés par la possession. Pendant cent dix ans, Louis I, Louis II, Louis III et son frère René, avaient fait des tentatives fréquentes, mais toujours inutiles, pour monter sur le trône de Naples. Le frère et la fille de René , Charles du Maine et Marguerite d'Anjou , avaient enfin cédé ou vendu tous ces droits à Louis XI. Charles VIII, fils de celui-ci^ dès qu'il fut sorti de l'adolescence,
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cEht. xui. voulut les faire valoir. D'autant plus présomptueux et avide de gloire que sa faible conformar • tion et sa tête , plus faible encore , le rendaient
moins propre à en acquérir, il voulut à vingtquatre ans marcher sur les traces de Charleiuagne et de ses paladins , et il entreprit la conquête de Naples comme un premier exploit qui devait le conduire à la conquête de Constantinople et à la délivrance du saint sépulcre.
1494. ChariesV III entra en Italie au mois d'août i494> avec trois mille six cents hommes d'armes ou de cavalerie pesante, vingt mille fantassin s gascons, bretons et français 9 huit mille Suisses et un train formidable d'artillerie. Cette dernière arme avait reçu en France, durant les guerres de Charles VII, un perfectionnement encore inconnu au reste de l'Europe. Les États de la haute Italie étaient favorables à l'expédition des Français. La duchesse de Savoie et la marquise de Montferrât, régentes de ces États pour leurs fils en bas âge , ouvrirent à Charles V III le passage des Alpes. Louis-le-Maure , régent du duché de Milan, qui avait été récemment alarmé par la demande que lui avait faite le roi de Naples de renoncer à la régence , parce que son neveu Jean Galéaz , qui avait épousé une princesse napolitaine, était arrivé à l'âge d'homme, avait luimême appelé les Français en Italie; et pour leur faciliter la conquête du royaume de Naples,
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il leur avait ouvert toutes les places de l'État de cbap. xiu. Gènes qui dépendaient alors de lui. La repu- l4d4' blique de Venise avait cru pouvoir demeurer
, neutre , en se reposant sur sa force , et elle avait fait adopter la môme politique au duc de Ferrare et au marquis de Mantoue ses voisins ; maïs l'Italie méridionale était unie, pour sa commune défense , en une ligue qui comprenait les républiques de Toscane , l'État de l'Église et le royaume de Naples.
A Florence , Laurent de Médicis avait laissé trois fils , dont l'aîné , nommé Pierre, âgé /Seulement de vingt-un ans, avait été reconnu pour chef de la république. Son aïeul Pierre, file de Corne , accablé par les infirmités et une vieillesse prématurée , avait montré peu de talens et peu de capacité pour le gouvernement de l'État J le second Pierre avait paru au contraire remarquable par la vigueur de son corps et son adresse; * mais il ne songeait qu'à briller dans les fêtes , les
t joutes et les tournois; on disait aussi qu'il avait fait preuve de talens dans ses études littéraires , et qu'il parlait avec grâce et avec dignité : mais dans sa carrière publique, cil se montrait arrogant, emporté; il voulait gouverner les Florent tins en maître, et sans: leur déguiser le joug qu'il leur imposait. Comme il ne se donnait pas la peine d'étudier les affaires, c'était par son secrétaire , et par les gens de sa maison , qu'il
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cflAP. xiii. faisait donner des ordres aux magistrats. Pierre 1494 ' de Médicis , demeuré fidèle à l'alliance que son père avait contractée avec Ferdinand, roi de Naples, avait promis à celui-ci qu'il fermerait le passage aux Français , s'ils essayaient de pénétrer par la Toscane dans l'Italie méridionale. Les républiques de Sienne et de Lucques, trop faibles pour avoir une politique indépendante , avaient promis de suivre l'impulsion qui leur était donnée par Médicis. Dans l'État de l'Église , Roderic Borgia avait succédé, le 11 août 149a , sous- le nom d'Alexandre VI, à Innocent Y III ; c'était le plus riche des cardinaux, mais c'était celui aussi dont les mœurs étaient le plus dépravées , et la politique la plus perfide. Le mariage d'un de ses fils, car il en avait plusieurs , avec une fille naturelle d'Alphonse, fils de Ferdinand, avait scellé son al- * liance avec la maison qui régnait à Naples. Cette maison paraissait alors au comble de la prospérité ; Ferdinand , âgé de soixante-dix ans , était . encore plein de vigueur; il était opulent, il avait triomphé de tous ses ennemis, et il passait pour le politique le plus adroit de l'Italie. Ses deux fils, Alphonse et Frédéric, et son petitfils Ferdinand, étaient réputés d'habiles guerriers; ils avaient sous leurs ordres une armée et une flotte nombreuse. Cependant Ferdinand, qui redoutait une guerre avec la France , avait
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entamé des négociations pour l'éviter, lorsqu'il chap. xm, mourut inopinément le a5 janvier i494- Son l4g4' fils , Alphonse II , lui succéda , tandis que Frédéric prit le commandement de la flotte , et le jeune Ferdinand celui de l'année qui devait défendre la Romagne contre les Français.
Ce fut par Pontrémoli et la Lunigiane que Charles VIII , d'après le conseil de Louis le Maure , résolut de conduire son armée dans l'Italie méridionale. Cette route qui, de Parme à Pontrémoli , traverse l'Apennin au milieu de maigres pâturages, qui descend ensuite parmi les oliviers jusqu'à la mer, dont elle suit les bords, au pied des montagnes, n'était pas sans danger. Le pays ne produit presque point de céréales; on ne les y apporte qu'à grands irais du dehors , en échange contre de l'huile. L'espace très resserré entre la mer et les montagnes est fermé de place en. place par des forteresses qui pouvaient arrêter long-temps les Français , sur une plage où ils auraient éprouvé en même temps la famine et les fièvres pestilentielles de Piétra Santa. Mais Pierre de Médicis, lorsqu'il sut les Français arrivés devant Sarzane , lorsqu'il vit en même temps la fermentation que leur approche causait à Florence, résolut d'imiter l'action de son père qu'il avait le plus entendu louer, sa visite à Ferdinand de N api es. Il partit pour aller trouver Charles VIII ; sur sa route , il traversa un champ
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ciap. xiii. dé bataille, où trois cents soldats florentins avaient **&• été mis en pièces par les Français , qui n'avaient voulu accorder de quartier à aucun d'eux. La terreur le saisit, lorsqu'il fut introduit devant Charles VIII; à la première sommation du roi, il lui fit ouvrir les forteresses de Sarzana et de Sarzanello, puis celles de Piétra Santa, Librafratta, Pise et Livourne; consentant que le roi français y mît garnison , et les gardât jusqu'à sou retour d'Italie ou jusqu'à la paix , et l'introduisant ainsi en sûreté jusqu'au cœur de la Toscane. C'était contre la volonté des Florentins que Médicis les avait engagés dans des hostilités contre la France , pour laquelle ils nourrissaient un attachement héréditaire ; mais la conduite du chef de l'État , qui , après les avoir entraînés dans la guerre , livrait , sans y être autorisé , leurs forteresses à leur ennemi qu'il avait provoqué , leur parut aussi coupable que honteuse.
Pierre de Médicis , après cet acte de faiblesse , quitta les Français pour revenir en hâte à Florence, où il rentra le 8 novembre i494* Mais, quand il voulut le lendemain rendre visite à la seigneurie , les gardes , placés à la porte du palais, lui refusèrent le passage. Étonné de cette résistance, il retourna chez lui, pour se mettre sous la protection de son beau-frère , Paul Orsini , seigneur romain , qu'il avait fait prendre , avec un corps de cavalerie , à la solde de la république.
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Avec son appui , les trois frères Médicis , en par- cgAP- xlncourant les rues, répétaient le cri de guerre de ,4&4* leur famille , palle, patte, sans que la populace, qu'ils croyaient leur être favorable , se mît nulle part çn mouvement pour les seconder. Les amis de la liberté , au contraire , \espiagnoni9 animés par les exhortations de Jérôme Savonarola, se rassemblaient et s'armaient : leur nombre devenait toujours plus considérable; les Médicis eurent peur : ils sortirent de la ville par la porte San Gallo , ils traversèrent les Apennins , et se retirèrent à Bologne, puis à Venise, perdant ainsi sans combat une domination que leur fa-, mille avait déjà exercée soixante ans.
Mais ce même jour, 9 novembre i494? °ù 'es Médicis étaient chassés de Florence, les Florentins étaient chassés de Pise. Cette dernière ville , qui avait été • quatre-vingt-sept ans sous la domination de son ancienne rivale, n'avait pas encore pu s'accoutumer à obéir. Pise avait perdu successivement tout ce qui faisait son illustration et sa prospérité. On n'y voyait plus de navigation, plus de commerce, plus de richesses; la population diminuait, l'agriculture de tout le territoire pisan était négligée. Des eaux stagnantes commençaient à infecter l'air, toutes les carrières civiles et militaires , qui menaient à la distinction, étaient abandonnées; il n'y avait plus de gens de lettres, plus de savans,
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chap. xiu. plus d'artistes; il ne restait que des soldats. 1494. ie courage et l'esprit militaire se conservaient à Pise dans tout leur ancien éclat. Tous les gentilshommes allaient servir dans les compagnies d'aventure , toute la bourgeoisie et les paysans s'exerçaient toujours aux armes, et montraient dans l'occasion une bravoure qui commençait à devenir rare en Italie , et qui inspira pour eux aux Français la plus grande considération. Charles VIII , en recevant de Pierre de Médicis les forteresses de Librafratta , de Pise et de Livourne . dans l'État Pisan , s'était engagé à conserver aux Florentins les pays qu'elles commandaient , et à les leur rendre à la fin de la guerre. Mais Charles n'avait qu'une idée très confuse des droits des pays où il portait la guerre, et fort peu de scrupule sur l'observation de ses promesses. Quand une députation des Pisans vint lui exposer la tyrannie sous laquelle ils avaient gémi, et lui demander la liberté de leur patrie, il la leur accorda sans hésiter, sans soupçonner seulement qu'il disposait de ce qui n'était point à lui , et qu'il manquait aux promesses qu'il avait faites aux Florentins. Au reste , il oubliait également tous ses autres engagemens envers ceuxci. Lorsqu'il entra à Florence, le 17 novembre, à la tête de son armée, il crut avoir conquis cette ville , et être ainsi dispensé de tout ce qu'il avait promis à Pierre de Médicis. Il hésitait seulement
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pour décider s'il rendrait sa conquête à qe der- chap. xw. nier, ou s'il la ferait administrer pour son propre l494' compte. En vain , les magistrats lui représentaient qu'il était l'hôte de leur nation et non son maître, qu'on lui avait ouvert les portes pour lui faire honneur et non par crainte , qu'ils étaient loin de se croire vaincus, tant que les palais de Florence contiendraient, non seulement tous les citoyens, mais tous les soldats de la république; Charles VIII insistait toujours sur des conditions honteuses, dont le secrétaire du roi donna lecture comme de son ultimatum. Tout à coup Pierre Capponi lui arracha ce papier dés mains , et le déchira en s'écriant : « Eh bien ! s'il en est « ainsi, sonnez vos trompettes, et nous sonnerons « nos cloches. » Cette action vigoureuse intimida les Français. Charles déclara qu'il se contentait du subside que lui offrait la république; et , en retour, il promit de lui rendre toutes les forteresses qu'il avait reçues des Médicis, dès qu'il aurait achevé la conquête de Naples , ou signé la paix , ou consenti seulement à une longue trêve.
Après cette convention , Charles VIII partit '49*. de Florence le 28 novembre , par la route de Sienne ; l'armée napolitaine évacuait la Rotnagne , le patrimoine de Saint-Pierre , et ensuite Rome, à mesure qu'il avançait. Il entra dans Rome le 3i décembre, sans avoir encore combattu nulle ii. 10
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« imp. xin. part. Il ne rencontra une première résistance M9$- qu'aux frontières du royaume de Naples , et là 9 ayant pris de force deux petites villes, il en fit massacrer tous les habit ans. Cet acte de férocité inspira une telle terreur à Alphonse II , que celui-ci abdiqua la couronne en faveur de son fils Ferdinand II , et se retira avec ses trésors en Sicile. Ferdinand , avec son armée , occupait Capoue , et comptait défendre les bords du Vùt turne. Il la quitta pour apaiser une sédition à Naples : pendant son absence , la trahison ou la peur livrèrent Capoue aux Français, et il dut lui-même s'embarquer le ai février pour Ischia; tous les barons ses vassaux et toutes les villes de province envoyèrent des députations à Charles VIII , et le royaume de Naples fut conT quis en entier sans qu'une seule bataille eût été livrée pour sa défense. Mais les puissances du nord de l'Italie ne virent pas sans jalousie une si grande conquête : d'ailleurs les Français \f» offensaient par leur orgueil ; ils commençaient a se conduire en maîtres dans toute la péninsule, et le duc d'Orléans, qui avait été laissé par Charles VIII à Asti, annonçait déjà des prétentions sur le duché de Milan, comme héritier de Valentine Visconti , sa grand'mère. Louis Sforza s'allia donc aux Vénitiens , au pape , aux rois d'Espagne et à l'empereur Maximilien , pour maintenir l'indépendance de l'Italie ; et le duc
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de Milan et les Vénitiens assemblèrent près de chap. xm. Patine une puissante armée, dont ils donnèrent ,49S* le commandement au marquis de Mantoue.
Sur cette nouvelle , Charles VIII , qui avait passé trois mois à Naples , occupé de fêtes et de tournois , tandis que «es lieutenans désorganisaient les provinces en les lui soumettant , résolut de retourner en France avec une moitié de son armée. U partit de Naples le 20 mai ; il traversa Rome pacifiquement , tandis que le pape s'était enfermé au château Saint- Ange ; de Sienne , il se rendit à Pise , puis à Pontremoli , où il entra dans l'Apennin. Gonzaga , marquis de Mantoue , l'attendait à Fornovo , de l'autre côté de cette chaîne de montagnes, avec une puissante armée. Charles VIII voulut l'éviter en passant le Taro ; mais il fut attaqué sur ses bords , le 6 juillet , par les Italiens. Il était en pleine marche , et les divisions de son armée , étant éloignées les unes des autres , furent quelque temps en danger ; toutefois l'impétuosité française et la bravoure obstinée des Suisses réparèrent les fautes du général. Un très grand nombre de gendarmes italiens furent renversés dans les charges de cavalerie. Beaucoup d'autres furent abattus par les hallebardes des Suisses. Tous furent aussitôt tués par les valets de l'armée, en sorte que Gonzaga laissa trois mille cinq cents morts sur le champ de bataille.
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chap. xiu. Charles VIII continua ensuite sa retraite; ari495- rivé à Asti , il centra en traité avec Louis Sforza pour délivrer le duc d'Orléans qui était assiégé à Novarre ; il licencia vingt mille Suisses qu'on lui amenait des montagnes , mais entre les mains desquels il n'osa pas se confier ; et le a a octobre i495, il repassa les Alpes, après avoir ravagé l'Italie entière avec la violence et la ra- 1496. pidité d'un ouragan» Il avait laissé son parent , Gilbert de Montpensier, comme vice-roi à Naples , avec la moitié de son armée ; mais les peuples, déjà fatigués de son joug , rappelèrent Ferdinand II ; les Français , après plusieurs combats, reperdirent successivement leurs conquêtes , et furent enfin forcés de capituler k à Atella le a3 juillet 1496.
Les Français, par leur invasion, n'avaient pas seulement répandu la terreur d'un bout à l'autre de l'Italie , ils avaient aussi changé toute la politique de cette contrée , en la subordonnant à celle des ultramontains. Tandis que Charles VIII prétendait être l'héritier légitime du royaume de Naples , son cousin le duc d'Orléans, qui lui succéda sous le nom de Louis XII , se disait l'héritier du duché de Milan. Maxiniilien , de son côté , aussi ambitieux qu'inconséquent , réclamait , sur tous les États d'Italie , des prérogatives qu'aucun empereur n'avait plus exercées depuis la mort de Frédéric II , en 1 a5o.
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Les Suisses en même temps avaient appris qu'au chap. xm, pied de leurs montagnes ils trouveraient des ***** villes opulentes et faibles qu'ils pourraient piller j un climat délicieux leur offrait toutes les jouissances de la vie , et ils voyaient que les rods des pays voisins étaient disposés à les payer pour qu'ils y vinssent exercer leurs fureurs. Ferdinand et Isabelle enfin , rois d'Aragon et de Castille , avaient annoncé qu'ils voulaient défendre la branche bâtarde d'Aragon qui régnait à Naples ; mais déjà maîtres du royaume de Sicile, ils songeaient à passer le Phare, et ils propor- 6aient à Charles VIII un traité secret pour se partager les dépouilles du parent dont ils prétendaient prendre la défense. Au milieu de ces prétentions et de ce» intrigues qui n'avaient déjà plus rien d'italien , l'esprit de liberté s'était réveillé en Toscane ; mais il s'y épuisait dans la lutte qu'il avait renouvelée entre Florence et Pise. Les garnisons françaises que Charles VIII avait laissées à Pise et à Librafratta , au lieu de consigner ces places aux Florentins , selon les ordres du roi, les avaient livrées aux Pisans eux-mêmes, le ier janvier 14965 les alliés, qui avaient combattu Charles VIII à Farnovo , reprochaient aux Florentins leur attachement à ce monarque ; ils prenaient contre eux la défense des Pisans. Louis Sforza et les Vénitiens envoyèrent des secours à ces derniers , et Fera-
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cmàt. »n. pereur Maximilien leur en conduisit lui-même* **&' Ainsi les seuls Italiens qui eussent à cœur l'honneur et l'indépendance de l'Italie , se fatiguaient par des combats inégaux et des efforts sans résultats.
i49*-«498. Au moment où Florence avait chassé de son sein les Médicis , cette république s'était trouvée ballottée entre trois partis ; le premier était celui des enthousiastes que dirigeait Jérôme Savonarola , et auxquels il promettait la protection miraculeuse de la divinité, pour la réforme de l'Église et l'affermissement de la liberté ; ceuxlà prétendaient à une constitution démocratique , on les appelait \espiagnoni. Le second parti était celui des hommes qui avaient partagé le pouvoir avec les Médicis, mais qui s'étaient séparés d'eux; ils voulaient conserver l'autorité et les profits du gouvernement pour eux seuls, et désiraient étourdir le peuple par les plaisirs et les vices , afin de fonder plus à loisir une aristocratie ; on les nommait les arrabbiaû. Le troisième parti se composait des hommes demeurés fidèles aux Médicis , et qui , n'osant pas se prononcer, se cachaient dans l'ombre ; on les nommait les bigi. Ces trois partis se trouvaient tellement balancés dans la balie nommée par le parlement, le 2 décembre i4g4> 4U'^ hû devint bientôt impossible de gouverner la république. Jérôme Savonarola en prit occasion pour repré.-
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senter que ie peuple n'avait jamais délégué sa CHAP- *lu souveraineté à une balie , sans que celle-ci n'abu- ,496"149* sât du pouvoir qui lui était commis. Le peuple ferait bien mieux , dit-il , de se réserver ce pouvoir à lui-même , et de l'exercer dans un conseil où tous les citoyens seraient admis. La proposition fut agréée; plus de dix-huit cents Florentins en état de prouver qu'eux-mêmes ou leur père ou leur aïeul avaient siégé dans la magistrature, furent , en conséquence, reconnus pour citoyens et membres du conseil général. Ce conseil fut déclaré souverain; l'élection des magistrats , qui était auparavant soumise au sort , lui fut déférée le 1er juillet 149^9 et une amnistie fut publiée pour ensevelir dans l'oubli toutes les anciennes dissensions de la république florentine.
Une modification aussi importante de la constitution semblait promettre à cette république plus de bonheur à l'avenir. Le frère Jérôme Savonarola , qui exerçait sur ces conseils un si grand crédit , avait montré en même temps un grand amour de l'humanité , un grand respect pour les droits de tous , un cœur sensible et un esprit élevé. Ardent réformateur de l'Eglise, et précurseur, sous ce rapport, de Luther, qui devait commencer ses prédications vingt ans plus tard , il ne s'écartait cependant point de l'orthodoxie, il ne se permettait point d'examiner le
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:hap. xiii. dogme , et il bornait ses efforts au rétablissement [*g&.i49*. de la discipline, à l'amendement des mœurs du clergé , au rappel des prêtres aussi bien que du * reste des citoyens, à la pratique des préceptes de l'évangile. Cependant son zèle était mêlé d'enthousiasme; il se croyait sous la direction immédiate de la providence; il prenait ses inspirations pour des révélations prophétiques; c'était par elles qu'il dirigeait la politique des piagnoni ses disciples. Il leur avait prédit la venue des Français en Italie; il leur avait représenté Charles VIII comme un instrument que la divinité avait destiné à châtier les crimes de cette contrée ; il leur avait recommandé de demeurer fidèles a l'alliance de ce roi, l'instrument de la providence, encore quesa conduite, surtout relativement aux affaires de Pise , eût donné aux Florentins les plus graves sujets de mécontentement. Cette alliance, toutefois, rangeait les Florentins parmi les ennemis du pape Alexandre VI ; car celui-ci était un des promoteurs de la ligue qui avait chassé les Français d'Italie , et il accusait les Florentins comme traîtres ebvera l'Eglise et la patrie commune , pour être seuls demeurés attachés à un monarque étranger. Alexandre VI , également offensé par les projets de réforme et par la politique de Savonarola, le dénonça à l'Eglise comme un hérétique, et lui interdit la chaire. Le moine commença par
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obéir, et il se fit remplacer dans son église de chap. mi, Saint-Marc par son ami et son disciple, frère **&-**&- Dominique Bonvicini de Pescia. Toutefois le jour de Noël i497> il déclara, dans la chaire, • que Dieu lui avait révélé qu'il ne devait point se soumettre au jugement d'un tribunal corrompu; il communia donc ouvertement avec tous les moines du couvent de Saint-Marc , puis il continua ses prédications. Plus d'une fois durant leur cours il eut occasion d'exposer à la réprobation de son auditoire la conduite scat*daleuse du pape, que la voix publique accusait de tous les vices et de tous les crimes qu'on pouvait attendre d'un libertin dépravé , d'un ambitieux perfide et cruel, d'uto monarque et d'un prêtre enivré par le pouvoir absolu.
Cependant la rivalité que la cour de Rome entretenait entre les ordres religieux , fit trouver au pape des champions empressés à combattre Savonarola. Celui-ci était dominicain; le général des augustips, de cet ordre d'où devait bientôt surgir Luther, frère Mariano de Ghinazzano, se signala par son zèle contre lui. Il présenta au pape un frère mineur observantin , frère François de Pouille , qui fut envoyé à Florence pour prêcher contre Savonarola dans l'église de Sainte- Croix. Ce prédicateur déclara à son auditoire qu'il savait que Savonarola prétendait appuyer sa doctrine sur un miracle. « Pour moi, je ne
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chap. xui. « suis qu'un pécheur, dit-il, et je n'ai point la 1496-1498- « prétention de faire des miracles ; toutefois , « qu'on élève un bûcher ardent , et me voici # a prêt à y entrer avec lui. Je suis sûr d'y périr, <c mais la charité chrétienne m'enseigne à ne « point épargner ma vie, si je puis en la sacriez fiant précipiter dans l'enfer un hérésiarque « qui déjà y a précipité tant d'âmes. »
Cette étrange proposition fut repoussée par Savonarola; mais son ami et son disciple, frère Dominique Bonvicini, s'empressa de l'accepter» Frère François de Pouille déclarait, il est vrai, jie vouloir risquer sa vie que contre celle de Savonarola; cependant on vit aussitôt, dans les deux ordres des dominicains et des franciscains , une * foule de moines s'offrir à i'envi à entrer dans le
feu pour prouver les uns la vérité , les autres la fausseté de la doctrine nouvelle; l'enthousiasme se répandit au-dehors des deux cou vens; beaucoup de prêtres et de séculiers, des femmes et des en fans se présentèrent , surtout du côté de Savonarola , demandant avec instance d'être admis à cette épreuve. Le pape témoigna sa reconnaissance aux franciscains de leur dévouement : la seigneurie de Florence consentit à ce que deux moines seulement s'exposassent pour leurs deux ordres, et elle ordonna les préparatifs du bûcher sous leur direction. Enfin la population de la ville et de la, campagne à laquelle on an-
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nonça qu'elle assisterait au plus éclatant mi- chai», xm. racle , en accueillit la promesse avec des trans- I*»6-|*9*' ports de joie.
Un échafaud effroyable à voir fut dressé pour # * le 7 avril 1 498 , sur la place du palais public à Florence. Deux piles de grosses pièces de bois, entremêlées de fagots et de bruyères faciles à enflammer, s'étendaient sur une longueur de quatre-vingts pieds ; chacune avait quatre pieds d'épaisseur, cinq pieds de hauteur , et une étroite ruelle de deux pieds de largeur les séparait. C'était là que devaient entrer les deux moines ; ils devaient parcourir ce passage dans toute sa longueur pendant l'incendie. Tou$es les fenêtres , tous les toits étaient couverts de spectateurs, la population presque entière de la république s'était réunie autour de la place. Le portique nommé Loggia de' Lanzi , partagé par une cloison , avait été assigné aux deux ordres de moines. Les dominicains arrivèrent dans leur division en chantant des cantiques et portant le Saint-Sacrement. Les franciscains aussitôt leur déclarèrent qu'ils ne permettraient point que le Saint-Sacrement fût porté au milieu des flammes; qu'ils voulaient que le frère Bonvicini y entrât sans cette divine sauvegarde , comme leur champion comptait y entrer de son côté. Les dominicains répondirent qu'ils ne s'écarteraient point de leur dieu au moment où ils imploraient son aide. La
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cbap. xm. dispute s'aigrit sur ce point, les heures s'écoal49*' lèrent , la foule qui attendait depuis long-tempe et qui souffrait de la faim et de la soif, per- • dait patience; tout à coup une pluie d'orage fondit sur la ville , des torrens d'eau ruisselaient sur les toits , baignaient les assistans , et pénétraient le bûcher de manière qu'il eût été désormais impossible d'y mettre le feu. La foule dut se retirer; mais, après avoir attendu si impatiemment un miracle , elle se regarda comme indignement jouée. Savonarola perdit tout son crédit sur elle ; on ne le désignait plus que comme un imposteur. Dès le lendemain son couvent fut assiégé par les arrabbiatà, empressés de profiter de l'inconstance de la multitude. Il y fut arrêté avec ses deux amis, Dominique Bonvicini et Silvestre Maruffi, et conduit en prison ; tous les piagnoni , ses partisans , furent exposés %aux outrages de la populace; deux d'entre eux furent tués; leurs rivaux, leurs anciens ennemis, excitèrent la fermentation générale pour détruire ce parti. Dans la seigneurie elle-même, la majorité lui était contraire ; aussi céda-t-elle aux instances que lui adressait le pape , et die soumit les trois moines prisonniers à un procès criminel , pour lequel Alexandre VI députa des juges de Rome , en leur donnant l'ordre de coudamner à mort les prévenus, selon les lois de l'Église. Le procès commença par la torture;
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Savonarola était trop faible et trop nerveux chap. xm. pour la soutenir; il avoua, dans les tournions, x*98' tout ce qu'on lui imputa; il fut condamné avec ses deux disciples , et tous trois furent brûlés vils le 23 mai 1498, sur cette même place où six semaines auparavant un bûcher avait été élevé pour leur préparer un triomphe.
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