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Nous avions tous, dans le gouTemement, le désir de ménager la transition d'un Régime à l'autre; de respecter dans la mesure du possible les situations acquises. Nous étions loin de partager les passions rancunières des électeurs contre le personnel administratif. Nous avions tous le sens gouvernemental, ennemi des bouleversements. Nous savions d'ailleurs que ce personnel était en général attaché par devoir, et aussi par son intérêt, ft sa fonction. Il était encore, & cette époque, tout plein des sentiments de l'honneur professionnel qui avait fait pendant longtemps la force des gouvernements, et qui avait maintenu la fortune de la France à travers les tempêtes qu'elle a subies depuis plus' d'un siècle. Tout dernièrement encore, ce personnel avait coopéré, avec un admirable esprit du devoir, au sauvetage de la France, pendant et après les catastrophes de la guerre. L'expérience du passé nous permettait de compter surla fidélité des fonctionnaires, en général, dans raecomplissement de leurs devoirs.
Mais le personnel plus spécialement politique, tel que celui des préfectures et sous-préfectures et des chefs de parquet dans les cours de justice, était fort attaqué et, très souvent, à juste titre. Il s'était compromis dans l'œuvre anti-constitutionnelle de la plupart des ministères du Septennat. Il était impossible de ne pas donner, sous ce rapport, une satisfaction à l'opinion républicaine. Nous étudiâmes à l'Intérieur, les états de service des préfets et des sous-préfets, avec le plus grand souci de respecter les situations acquises, et de ne frapper x{ue les fonctionnaires trop compromettants et trop
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compromis. Nou8 avions apporté tant de scrupule dans ce travail d'épuration que, par le décret du 21 mars, nous n'éliminions que dix préfets, dont la plupart furent mis à la retraite, ou placés en disponibilité avec un traitement d'attente.
On ne manqua pas de jeter les hauts cris dans le camp de nos adversaires. Ils avaientoublié qu'après le 24 mai 1873, le lendemain de la chute de M. Thiers, l'hécatombe avait été autrement complète : dix-huit préfets démissionnaires, vingt-deux révoqués, dix mis à la disponibilité ou en non-activité : c'étaient cinquante fonctionnaires sur quatrevingt-deux qui, alors, avaient été sacrifiés.
Le personnel judiciaire fut beaucoup plus ménagé encore. Il était, il est vrai, moins compromis. Mais la résistance de M. Dufaure à tout changement dans le personnel fut un des grands griefs que le parti républic&in ne cessa d'élever contre lui, et dont il lui fit sentir la peine. M. Dufaure obéissait à une idée juste en ménageant les transitions, et en maintenant, même dans le corps des fonctionnaires, un élément de stabilité dans une démocratie, mobile par nature; mais d'autre part il fournit ainsi à la fraction avancée du parti républicain un prétexte pour s'entremettre dans le gouvernement, et pour y faire sentir son ingérence.
Au ministère de l'Intérieur, nous nous occupions activement d'installer et d'oi^aniser le nouveau Régime, dans les municipalités, dans les conseils délibérants, dans l'administration générale du pays.
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Ricard était plein d'ua zèle ardent qui dépassait ses forces. La cruelle maladie dont il était atteint lui laissait à peine le loisir de s'occuper des afhires publiques... Je dus, dans les derniers temps de sa vie, le suppléer; et je m'appliquais, dans les instructions verbales données aux préfets, dans les instructions écrites, adressées aux fonctionnaires, à faire pénétrer partout Tesprit des institutions, à en imprégner en quelque sorte la politique générale.
C'est ainsi que, dans une circulaire du 5 mai sur la liberté de la presse, nous disions : » II doit être entendu que tous ne refuserez ou ne retirerez jamais la permission (du colportage] que pour des motifs sérieux; et que jamais le fait de vendre ou d'avoir vendu tel ou tel journal ne pourra servir de raison ou de prétexte au refus ou au retrait de ces permissions. Le gouvernement a la ferme volonté, monsieur le Préfet, de faire à la liberté des écrits, et particulièrement à celle des journaux, la part la plus large possible... I C'était une nouveauté alors, et qui faisait contraste avec le mode de gouverner des derniers ministères.
J'avais rédigé, sur la politique générale, unecirculaire aux Préfets, en date du 6 mai, que je transcris ici parce qu'elle est pour ainsi dire la formule de la République telle que je la comprenais, la seule que j'avouasse, celle que j'avais l'ambition d'établir, telle enfin qu'elle me paraissait pouvoir devenir le mode de vivre définitif de la France, sortie enfin — je l'espérais alors ! — des agitations du siècle écoulé.
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