CHAPITRE I
OU les anziaçi. On fait faire une cloche que le capitaine garde en son pouvoir pour appeler la troupe; le gonfalon du capitaine était la croix rouge sur un champ blanc; les autres gonfalons avaient d’autres signes et d'autres couleurs. Le peuple de la campagne se divise de même sous trente-six étendards qui devaient s’appuyer entre eux, et venir au secours de la ville quand il en serait besoin. Mattresse du mouvement, la plèbe modérée ordonne que les tours et les forteresses dont Florence était remplie seraient toutes taillées à la hauteur de cinquante bras seulement. En même temps, on fonde un palais pour la seigneurie, qui délibérait dans les églises et sans lieu fixe.
C’est ainsi que le gouvernement fut enlevé aux familles nobles ; nous ne savons quel pouvoir paralysa les nobles et leur éla le moyen de défendre leur autorité ; cela nous forait croire à un concours unanime du peuple contre eux, concours favorable à l’œuvre des bons hommes. Cette révolution, qui changea le caractère de la république, est racontée de cette manière par les historiens originaux, et sans les détails qui pourraient nous éclairer (1).
Nous y voyons un peuple organisé en milices, armé, et soumis aux anciens sortis de son sein, révolution et époque fameuses qui donneront l’impulsion à toute cette histoire d’un peuple toujours pénétré de sa force et de sa liberté.
Frédéric II meurt au mois de décembre suivant; le peuple, à celte nouvelle, rappelle les Guelfes et rétablit la paix entre les partis. Le parti guelfe repré-senta bientôt le parti populaire. Ici commence l’intérét de ces luttes civiles qui ont formé à Florence de grands caractères. L’exil était la peine la plus rude pour ces citoyens mêlés tous aux affaires. Ils emportaient l'amour de la patrie et de la liberté; ils rapportaient la haine et des combats nouveaux. La plèbe, attentive et mêlée à ces luttes, y prit toujours plus de goût, comme avait fait la noblesse. Bien que les affaires fussent petites, et les temps ignorans, les rapports des hommes simples et grossiers, pourtant les passions et les idées
(1) Ricordano Maleipini, cap. 141. — G. Yillani. lib. Vf, cap. as.
se développèrent au sein de ce mouvement perpétuel ; l'habileté s’éveilla, les actions se combinèrent. Nous touchons à une époque célébrée par Dante.
Les Florentins ayant ainsi fondé leur liberté sur des institutions civiles et militaires, on ne saurait imaginer com- 1 bien ils acquirent de force et d'autorité en pou de temps ; non seulement Florence domina la Toscane, mais elle fut comptée entre les premières villes d’Italie, et elle serait arrivée plus haut encore si les divisions n’eussent aussitôt recommencé.
Le parti de î’Egli.se ou des Guelfes devint plus fort par la mort de l'Empereur et par la présence du pape Innocent, de retour à Rome avec sa cour, d'au-delà des monts. Cependant, Florence et Lucques seulement s'étaient déclarées; Pisto'ia, Pise, Sienne, Volterra et presque tous les gentilshommes étaient gibelins. Florence, inquiète de voir Pisto'ia au pouvoir de Conrad, successeur de Frédéric H, envoie ses troupes citoyennes l'attaquer ; les nobles s’opposent à la guerre, et lorsque l’armée revient victorieuse, les familles qui avaient résisté sont exilées (juillet 1-2SI ). Florence laissa aux Gibelins les armes du champ vermeil avec un lis blanc, et adopta un champ blanc et un Iis vermeil ÿ mais Y antique, la noble et triomphale enseigne de la commune de Florence ne changea jamais, le caroccio blancet vermeil, appelé l’étendard. La république continue avec succès la (îiierre contre les Gibelins, maîtres de quelques châteaux et soutenus par les Pisans et le.s Siennois, de sorte que la guerre s’engage avec Sienne et Pise; c’était une guerre de petits combats; nul ne cherchait à conquérir; on suivait la querelle des partis sans idée plus importante. Les Florentins, alors tous unis à cause de leur bon gouvernement et de leur loyauté, allaient à la guerre à pied ou à cheval, selon leurs moyens, avec cœur et hardiesse, pour acquérir, parleurs victoires, honneur et gloire à la patrie.
Comme la paix intérieure et les succès au dehors augmentaient la puissance et la richesse de la république, les marchands ordonnèrent, ainsi que le peuple et la commune, pour l’honneur de tous, qu’on battit de la monnaie d’or, et ce fut alors qu’on commença à avoir le florin d’or
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de vingt-quatre carats. Iliiit de ces florins pesaient une once: d'un rôle était le lis; de l’autre, saint Jean-Baptiste (1). Le florin valait vingt sous; au commencement où il parut personne n’en voulait (2),
Les Florentins attaquent une seconde foisPistoïa (1233), l’assiègent et la soumellenf, y font rentrer les Guelfes, puis ils bâtissent un château du côté de la route de Florence et l’occupent pour rester sûrs des habilans. On ne trouve à Florence nulle idée d’ambition et d’agrandissement; ce sont ici des municipalités voisines, souvent ennemies, mais qui reconnaissent un droit, qui n’ont pas même l’idée de le violer et qui se respectent. Il suffit aux Florentins de soutenir en Toscane le parti guelfe. Ainsi ils se contentent d’effrayer Sienne, iiss’emparent de plusieurs châteaux; en. trésàVolterra(l254),laplus forte ville d’Italie,située sur une hauteur, et où ils pénétrèrent en poursuivant les fuyards, ils voient venir à eux l’évéque, le clergé, avec la croix en roain, puis les femmes échevelées, tous criant : • Seigneurs florentins, paix et miséricorde! » Et ils se bornent à réfor. mer l’Etat, à chasser les chefs gibelins, sans désordre et sans offense. On ne sait si c’était là bien entendre la sûreté et la force futures de Florence ; mais comment ne pas ad* mirer cette gloire modeste et loyale? Vainqueurs à Volterra, ils marchent vers Pise, et comme les Pisans épou* vantés envoient au-devant d'eux des ambassadeurs avec les clefs du pays à la main, en signe d'humilité, et demandent la paix, les Florentins se laissent désarmer, et exigent seulement d'étre à jamais francs de gabelle ou de droit de marcbandi.se à Pise, de pouvoir entrer librement par mer ou par terre, et de donner aux Pisans leurs poids et mesures ; il est vrai qu’en signe de paix et d’alliance ils voulurent qu’on leur livrât un château, qu’ils cédèrent ensuite aux Lucqunis. L’armée revint à Florence au milieu de la joie et des fêtes ; c'était dans le mois de septembre, qui est si beau à Florence. On appela cette heureuse année l'année
(I) Ricordino Malespini, cap. lit'2. — G. Villani, cap. 53, lib. VI. (i) Cronica di Paoliuo di Piero. Muratori. j
victorieuse (1) ; et c’est ainsi que se signalait le gouvernejment du peuple.