‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 35 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que les capitaines du peuple devaient gouverner les grandes affaires de la commune et réunir les conseils. Comme leur gouvernement plut aux citoyens, aux mois suivans on nommaxix Prieurs , un pour chaque quartier de la ville, en ajoutant trois arts aux trois arts-majeurs qui avaient déjà des Prieurs, l’art des médecins et des apothicaires, l’art de lasoie et de la mercerie, l’art des fourreurs et des pelletiers. Successivement dans la suite on porta jusqu'à douze le nombre des arts majeurs et des Prieurs. Ceux-ci étaient dés nobles et des plébéiens qui avaient une bonne réputation et qui avaient bien travaillé ; ils devaient être ariisansou marchands. Ainsi s’affermissait le seconde peuple de Florence. On créa de plus un gonfalonier de justice. L’élection des Prieurs se faisait par les anciens Prieurs secondés des capitaines des douze arts majeurs; les anciens ajoutaient quelque nom pour chaque quartier; puis on allait au scrutin secret, et celui qui avait le plus de voix était fait Prieur. L’élection avait lieu dans l’église de Saint-Pierre-Scheraggio et le capitaine du peuple restait devant l’église dans une maison qui se trouvait là (1).

On organisa enfin les arts mineurs comme les arts majeurs ; les arts mineurs étaient au nombre de cinq ; on leur donna un gonfalon et des armes ; aux marchands de coupons, bonnetiers, fripiers, une enseigne blanche et vermeille; aux bouchers le champ jaune avec un bouc noir; aux cordonniers un étendard rayé blanc et noir ; aux maîtres maçons et charpentier^ le champ rouge , et dedans la scie, la hache, etc. ; aux forgerons et serruriers le champ blanc avec de grandes tenailles noires.

Les Siennois imitèrent bientôt les Florentins en créant leur gouvernement des Neuf y renouvelés tous les deux mois , et pris dans le commerce. Pistoïa , Lucques, devaient aussi adopter ces institutions plébéiennes, car les villes guelfes qui suivaient Florence ( dont rinfluence était si grande dans la Toscane), favorisèrent à son exempte la plèbe contre la noblesse.

(I) GiacheUo Maiespioi, cap. S|4. — Villani, cap. 79, lib. VII. — Ma> cbiaTèlIi. Ub. II.

60 LIVBE III.

La création des Prieurs des arts , opérée par l’art de )a laine, Fut un des plus grands triomphes de la plèbe sur la noblesse, qui bien que vaincue, était encore insolente et redoutée. Nous avons vu d’abord les arts s’organiser; ici nous les voyons s’emparer entièrement du gouvernement ; ainsi nous avions vu , en remontant plus en arrière , une aristocratie puissante gouverner la république, quand aujourd’hui celte ville de commerce n’obéit plus qu’à des marchands. Le peuple , témoin attentif des luttes , ennobli par les affaires où les Italiens portent des impressions si élevées, s’enflamma toujours davantage. Nous avons admiré le gouvernement des anciens; nous allons voir bientôt des luttes encore plus populaires , un gouvernement singulier qui donna l’impulsion à la Toscane et dont on ne trouve d'exemple nulle part.

C’est ici d’ailleurs l’organisation d’une manufacture plus que d’une république , et c’était bon pour une ville sujette de l’empire ou de l’Église, ou de Naples, et qui n’avait point d'ambition. Florence eut tous les mérites de la démocratie; chez elle le peuple fut supérieur â la noblesse, la vainquit, l’entraîna dans ses boutiques, s’organisa fortement; mais Florence manqua du pouvoir d’en-haut, de l’aristocratie , de ce qui fait l’ambition et la puissance des États. Les circonstances, le peu d habileté de la noblesse , l'intelligence de la plèbe qui aspirait au gouvernement , de la richesse commerciale qui attira les nobles eux-mêmes dans les boutiques et parmi le peuple, tout concourut à mettre les marchands à la tête des affaires. En étudiant Florence , on comprend mieux les conditions de la puissance ; et si la république antique qui tenait encore celle-ci sous le joug (car c’est rautoritc de l’empire qui rangait Florence datis la dépendance), si la république romaine dut sa puissance à sou aristocratie, dans les temps éclairés où les aristocraties héréditaires sont finies pour jamais , la politique du moins restera une science , qui a ses hommes comme les autres sciences , qui doit les juger elle-même, et qui comme la guerre ne peut admettre que des hommes d’élite à sa

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