‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 5 sur 230 · ITALIE. — PREMIÈRES LOTTES CIVILES DANS FLORENCE · texte numérisé non relu

ITALIE. — PREMIÈRES LOTTES CIVILES DANS FLORENCE

Quelques époques brillent dans le temps, comme quelques individus sortent de la foule; car la foule cl le temps s'écoulent dans de longs silcnces.interrompuspardes éclats d'héro'isme, d’invention ou de sentiment. Florence, fondée dès le temps de Sylla, ne nous offre que trois siècles de gloire, et le règne des Barbares en Italie fut plus long que n’avait été lu république romaine. Déjà les temps sont affreux depuis Commode, et depuis lors jusqu'au douzième siècle, c'est un espace cruel de mille ans. L'invasion des Barbares venant fondre sur l'Empire corrompu, plongea rilalie dans des maux incalculables que sa basses.se seule égala, puisque ces Barbares, la rappelant aux grossières lois de la nature inculte, la réformèrent, lui rendirent le courage, les mœurs rurales, en même temps qu'ils apportaient des lois nouvelles, et divisaient le pays eu fiefs et comtés, suivant le système féodal. La Toscane forma un duché dont la cour était la plus brillante entre celles des grands feudataires La célèbre comtesse Mathilde, qui laissa scs biens à l'église, en 1115, était comtesse héritière de Toscane.

(1^ G. Villani, lib. III, cap. s. — Cronica di Paoliao di Piero ; Rerum llalicarum acriptorei. Muratori.

(9) Muratori, Annali dTlalia, année 8IS,

CBAPITBE XI. 5

Si l’on songe à ce qu’il en coûte à une république ou à un royaume pour changer de prince ou de gouvernement, ou pourra imaginer ce que souffrirent, dans ces temps, ritalie et les autres provinces romaines, qui changèrent non seulement le gouvernement, mais les lois, coutumes, habitudes, religion, langue ; le changement d’une seule de ces choses épouvante l’âme ferme, qui ne fait que l’imaginer sans le voir ni le souffrir : des villes nouvelles furent fondées: d'autres disparurent: pays, lacs, fleuves, mers, hommes prirent d'autres noms (1).

Ce qui resta de l’antiquité fut défiguré : des municipalités villageoises empruntèrent à Rome ses consuls, en restant toujours sous la suprématie de l’Empire, alors qu’il y avait à peine un empire, et l’ignorance et la superstition rendirent à Rome une suprématie universelle, qu’elle avait duc jadis à son génie ; Home catholique s’éleva sur les ruines de Rome antique. Le règne de Charlemagne, dont l’héro'isme se débattait dans les ténèbres, fut suivi par les malheurs des neuvième et dixième siècles, les plus désastreux dePhistoire du monde.Des empereurs italiens, comme leurs historiens les appellent, tentèrent d’établir une souveraineté nationale : franger, le premier, futprcuar dam Icx armes. Des querelles éternelles signalent ces temps grossiers; dans l'Eglise, on vit tantèt deux papes, tantôt un, tantôt trois ; ils se chassaient, se faisaient mourir ou arracher les yeux, les uns les autres, avec ou sans appui del'Empire, et au milieu des guerres et du sang, sur tous les points de l’Italie.

Florence, attachée à l’Eglise, en partageait les revers, et voyait Fiésole sur sa tête devenir plus hardie avec les succès de l’Empire.

Enfin les Othon d’Allemagne, renversant les princes italiens, laissèrent, à cause de leur séjour éloigné, se déve~ lopper en liberté ces républiques villageoises.

Florence, d’ailleurs, en savait peu des villes d’Italie : partout mœurs rustiques et religieuses avec peu de communications ; foi et langue communes qui liaient cette

(i) MacbiiTelIi, lib. I.

grande contrée, mais isolement, et barbarie de chaque localité : rhistoire a depuis porté le jour sur tant de villes séparées; mais alors tout était obscur et confondu. Celte clarté, celle lucidité, que l'esprit trouve par le temps et les classifications, n'existait nulle pari; c'est dénaturer en quelque sorte Thistoire de ces âges, que de la donner distincte et lumineuse ; il faut voir l'épaisseur, la confusion» les répétitions éternelles des historiens contemporains ; leur vue ne perçait pas les murs de leur cité. On avait peu d'expérience, l'esprit n’était pas ouvert ; on sortait à peine d'une longue enfance, le savoir appartenait aux prêtres, et c'est tout dire d’une religion qui était un foyer d'erreurs et de superstitions. La Toscane, la Lombardie, la Romagne, formaient autant de groupes de villes qui p:enaient successivement des institutions semblables ; les villes avaient de l'influence les unes sur les autres par le voisinage ; mais à distance les populations ne se connaissaient pas: chaque commune se renfermait dans les mesquines affaires de son petit territoire ; les municipalités républicaines agissaient séparément avec un esprit local.

Autour de Florence, Pise, Sienne, Arezzo, Pistoïa, Volterra, Lucques, fondaient leur liberté communale; Pise fut des premières à instituer un gouvernement libre, ainsi que Gènes dont elle allait devenir rivale ; les villes de Lora. hardie s’organisaient aussi sous une liberté grossière, et ces temps portent une empreinte à la fois rustique et civile.

Florence, durant l’agitation lointaine de tant de communes, avait exercé son énergie naissante contre Fiésole, avec qui elle était toujours en guerre, puis contre les Sar rasins ; et enfin elle avait combattu pour l’Eglise durant les discordes ou l’Iliade (1) de l’Empire et des papes, qui, après avoir été soumis aux empereurs, commençaient à vouloir devenir leurs maîtres. Malgré la guerre et les fatigues, le peuple s'augmenta, quoique durant deux cents ans le nom ni la force de Florence ne pussent s’étendre ; car la campagne était toute pleine de châteaux occupés par des nobles, alliés à Fiésole pour faire la guerre aux

(1) Huratori, Annali d’Italia. '

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