LE VICE-CONSUL CAMPBELL AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 12 juillet.)
Milan , 6 juillet 1848.
Milord ,
J'ai l'honneur d'informer Voire Seigneurie que depuis la prise de Palma Nuova , les Milanais sont très-irrités , et que leur irritation s'est accrue à la nouvelle que Venise était sur le point de se rendre aux Autrichiens. On préparait depuis quelques jours une démonstration contre le gouvernement provisoire, qui devait, d'après le désir des chefs, avoir lieu hier. Il fut convenu qu'un grand rassemblement de citoyens se rassemblerait sur la place Saint-Fedele, sous les fenêtres du palais Marine , qu'une députalion irait complimenter le consul français sur le rétablissement de Tordre en France , et en réalité pour insister sur la nécessité de l'intervention française , et pour le prier d'être l'organe de leurs désirs ; tandis que la masse du peuple se rendrait au comité de la guerre pour lui reprocher sa conduite inactive , mystérieuse et sans résultat. Le gouvernement provisoire prit toutes les précautions pour éviter le trouble en ordonnant que dans chaque paroisse (il y en a vingt-cinq à Milan), cent gardes nationaux armés, et bien approvisionnés de cartouches à balle , soient prêts à agir au premier ordre. Cette mesure, jointe aux adresses imprimées lancées par la garde nationale et des particuliers, faisant appel aux bons sentiments du peuple , afin de ne pas embarrasser le gouvernement, a eu jusqu'à présent le meilleur eflet. 11 en est résulté que , à part quelques curieux rassemblés sur la place Saint-Fedele, il n'y a pas eu de démonstration. Le comité de sûreté publique a cependant fait arrêter plusieurs individus à cause de leur langage violent contre le gouvernement. Le mécontentement des Milanais a pour base la croyance que le gouvernement essaye d'affaiblir l'enthousiasme populaire pour la cause nationale. Ils soupçonnent que le gouvernement, agissant sous la direction du roi de Sardaigne , abandonne , xnalgré les apparences, les provinces vénitiennes à leur sort :
ce qui est copendanl contredit par ce fait, que le gouvernement provisoire a déjà garanti les Vénitiens pour 1 000 000 de livres courantes, et leur a en même temps envoyé 100 000 livres courantes, en en promettant 200 000 pour le 10 de ce mois. Outre ce secours d'argent, Sa Majesté Charles-Albert a envoyé mille six cents Piémontais (huit cents d'entre eux sont arrivés le 3 à Modène) pour s'unir aux forces alliées dans Venise. Outre ces troupes piémontaises régulières, le gouvernement provisoire a envoyé à Venise un nombre considérable de volontaires lombards bien armés qui se sont rangés sous les ordres du général Pepe , commandant de cette ville. Les Vénitiens, ayant presque unanimement exprimé le désir d'être réunis à la Lombardie, au Piémont, etc., considèrent maintenant Sa Majesté Charles-Albert comme leur protecteur naturel. J'ai, etc.
Signé Robert Campbell.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 14 juillet.)
Venise, 3 juillet 1848.
L'assemblée des députés élus pour prononcer sur les destinées politiques de cette ville , c'est-à-dire pour déclarer si on se réunira au Piémont, ou si l'on continuera à vivre en république, a tenu aujourd'hui sa première séance, mais n'a fait que nommer son bureau.
On croit généralement que la décision sera en faveur de la réunion au Piémont; mais si le parti républicain n'est pas très-nombreux , il est très-violent , et peut intimider l'autre parti.
D'un autre côté, toute la partie de terre ferme des provinces vénitiennes est au pouvoir des Autrichiens , et le peuple commence à demander quel avantage résultera de l'union avec le
Piémont , si le roi Charles-Albert ne peut pas venir à son se cours.
J'ai, etc.
Signé Clinton G. Dawkins.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (liççuele 14 juillet.)
Venise, 5 juillet 1848.
(Extrait.)
J'ai l'honneur d'informer Votre Seigneurie que l'assemblée provisoire vénitienne s'est déclarée hier dans l'après-midi pour réunir immédiatement la ville et la province de Venise au Piémont.
• La première question posée à l'assemblée a été si on devait prendre de suite une décision sur l'état politique du pays , ou attendre pour le faire la fin de la guerre.
Cent trente votes contre trois ont demandé la décision immédiate , après un discours éloquent de M. Manin , président du gouvernement provisoire, où il a dit que bien que partisan de la république, maintenant comme au commencement de la révolution, cependant dans l'intérêt de l'union, voyant l'ennemi aux portes de la ville, il sacrifiait son opinion , et engageait les autres députés à en faire autant pour le bien du pays.
La seconde question, celle de la fusion immédiate de la ville et de la province de Venise dans les États sardes, a été décidée affirmativement par cent vingt-sept voix contre six.
J'envoie, pour l'instruction de Votre Seigneurie, une copie de la forme précise dans laquelle cette résolution a été adoptée.
L'assemblée discute aujourd'hui pour savoir si les membres du gouvernement provisoire seront changés ou confirmés.
M. Manin a refusé de continuer ses fonctions provisoires.
Il n'y a pas eu de troubles; hier soir il y avait de grands rassemblements sur la place Saint-Marc, où l'on criait : « Vive Charles-Albert I à bas la République ! » et il était facile de voir
que ce dernier cri était poussé par des gens qui avaient été, peu de temps avant, les plus ardents soutiens de cette république.
Toutes les classes, à peu d'exceptions près, se réunissent dans la conviction que la république n'aurait pu exister plus longtemps.
(Annexe.)
RÉSOLUTION POUR L'UNION m VENISE AVEC LE PIÉMONT.
Obéissant à la nécessité suprême de délivrer toute l'Italie de l'étranger, et dans le but de poursuivre la guerre de l'indépendance avec la plus grande efficacité possible, comme Vénitiens, au nom et dans l'intérêt des provinces vénitiennes; comme Italiens dans l'intérêt de toute la nation , nous volons pour la fusion immédiate de la ville et de la province de Venise avec les États sardes, sous les mêmes conditions que la Lombardie, province avec laquelle nous désirons être parfaitement incorporés en toute occasion, suivant ses destinées, avec les autres provinces vénitiennes.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 15 juillet.)
Venise, 5 juillet 1848.
Milord ,
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Seigneurie une copie de la Gazette de Venise d'hier, où se trouve une lettre officielle datée de Roverbella (quartier général du roi de Piémont), le 30 juin, annonçant la détermination de Sa Majesté d'envoyer à Venise un corps de deux mille Piémontais. , Pour atteindre Venise, ces troupes s'embarqueront à Çpmac-
chio ou à Ancône, la terre ferme étant occupée par les Autrichiens.
J'ai , etc.
Signé Clinto G. Dawkins.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (Reçue le 28 juillet.)
Venise, 19 juillet 1848.
(Extraits.)
Un bataillon de troupes piémontaises, fort de sept cents hommes, est arrivé ici le 15 du courant. Ces troupes sont parties de Comacchio, et faisaient précédemment partie de la garnison de Gênes. On dit que deux autres bataillons sont en route pour Venise, et qu'ils doivent s'embarquer à Ravenne.
Venise continue à être investie rigoureusement par les Autrichiens du côté de la terre ferme. 11 en résulte l'impossibilité totale de rien exporter, le commerce est paralysé, et le manque d'argent se fait sévèrement sentir. D'après ce que j'ai appris, il paraît que les Autrichiens, ne commandant plus la mer, ne méditent maintenant aucune attaque contre Venise, mais se bornent à l'investissement strict des lagunes du côté de la terre ferme, se tenant prêts à profiter de tout acte de trahison ou d'imprudence des Vénitiens, chez qui l'opinion . que Venise sera avant peu de temps reprise par les Autrichiens, gagne chaque jour du terrain.
On n'a pas encore reçu de réponse à l'offre faite par les Vénitiens de se réunir au Piémont. Deux députations portant cette offre , sont parties de Venise : une pour le camp du roi Charles-Albert, l'autre pour Turin. La première est de retour; d'après son récit, le roi l'a reçue très-poliment, mais avec prudence, et tout en s'exprimant d'une manière très-favorable aux députés , il a déclaré que la réponse définitive et officielle devait être faite par son gouvernement à Turin.
Le gouvernement provisoire de Venise et le général Welden ont conclu une convention pour l'échange des prisonniers, mais elle n'a pas encore reçu son effet.
M. Manin , dernier président du gouvernement provisoire , qui a résigné ses fonctions quand Venise a résolu de s'unir au Piémont, s'est mis ici à la tête du parti républicain.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le IG août.)
Venise, 7 août 1848.
J'ai rhonneur de transmettre à Votre Seigneurie les proclamations publiées ce matin, elles continuent l'annonce officielle de la réunion de Venise aux États du roi de Piémont, et portent la signature des commissaires sardes , le général Colli et M. (librario.
Les couleurs piémontaises, le tricolore italien, portant la croix de Savoie à sa partie blanche, et le lion de saint Marc dans un coin, ont été hissées aujourd'hui sur les mâts de pavillon de la place Saint-Marc, et saluées par le navire qui garde le port de Venise.
J'ai, etc.
Signé Clintoîi G. Dawkfns.
(Annexe n° 1.)