DECLARATION DE SAINT-OCEH
contre elle le ressentiment des vanités blessées. Du
qu*on n*aTait pas ou la hardiesse ou la faculté de demander à
la France , au moment du retour, une force nationale Intime
et réelle contre la force factice et usurpée du Sénat, et une
puissance collective à défaut d*une puissance individuelle , ces
inconvénients étaient inévitables. Le parti royaliste, séquestré
des affaires pendant l'Empire, et sans opposition possible, m^i-
quait d'hommes considérables qui pussent prendre le premier
rôle dans une Restauration. Le mouvement de l'Empire à la
Monarchie s'était opéré par transition; or les transitions qui,
«n littérature , touchent aux deux idées qu'elles rapprochent,
touchent en politique au régime qu'elles quittent comme au
r^ime sous lequel elles conduisent. C'est ainsi que le Sénat,
guidé par MM. de Dalberg, de Jaucourt, Louis, de Pradt, et
surtout par le prince de Talleyrand, le seul homme de premier
pian, s'était trouvé l'arbitre de la situation.
Quelques esprits s'émurent dès lors des périls que révélait cette situation, et un homme qui devait phis tard jouer un rAI<î important dans les affaires, M. de Villèle, jeta à Toulouse un cri d'alarme sur l'avenir avec un retour trop vif et trop compUft vers un passé dont la résurrection, après vingt-cinq an*^ écoulé», n'était plus possible * . Le gros du public ne fut frappé qii«î
I. «La lassitude générale, disait-H , p«nijHlra |>*rul-*ti»' d" Utrtnuitf^i*^
mif\<\iic (pmps celle «puvre d'égoïinie et d'iiiipr^*owfK^, WinU «'i j/«*«4*f *i-M*
tout croulera et nous rentrerons en révolution. Gardons l**» ïn*iHuiimu *^*fi iji'^e
toncf*m(*ni ; ayons la sagesse et la noble fierté d^ «-r'Arr «|m'HI#»» haA hw--
bonnes [>our nous que celles de nos voisins le sont p^Mir *'*ii , H um fi^/«># *^*,\*M»t
^as plus qu'eux réduits à aller chercher hors de tU^i nous le u^^Uiff 4*- «•*/<••
Constitution. Les lumières onl fait de grands pr«>grés en Vritty^x; i*Tt «*•.•»*•
%f rinsiruction v .-sont répandues dans toutes les «>l4Mk*s, »'*ttuut»^. W 4^mf 'U *"'* *
tnérite tourner à la gloire et au profit de notre pa)s : fai««/f>s au t^'/t»^» •^*ti <•*/''-
^uverne les changements que le temps nous iiiiii<|u« ; réiMlè*0m» UMât ^m »\uï •-'*
«uscpptihle d'Atre rétabli. La déclaration du Koi qui immm ui^»rn\t»ii tuti ^-itU^t^ ■
presque en entier sur la Constitution déjà prapf^«é«* pêr le Shêtt, <^tu «/'Wtf
n'est donc pas celle du Hoi, c'est celle d'un eorps quj . rjttumK V/tâUt U Fraur^ in
«ait. n'a\ait point qualité pour la faire. N'oot'U« fias fait «mti dVtp^rleik'^'s stir
d'une chose, c'est que la déclaration de Saint-Ouen coDliniÉ la promesse de toutes les garanties nécessaires, et il recul mt acclamation un acte qui promettait k la France la répmlMl de ses principaux giiefs contre TEmpire.
Le 3 mai 1814, le Koi lit son enti^ée solennelle iPl L'affluence de la population éudt immense sur tout le patM que devait suivi^e le cortège royal. La journée était splenii^ et ce soleil briUant qui se levait comme le radieux flamboie cette journée de fête , cette sérénité du ciel répondant an » sérénement des esprits, ajoutaient à la joie eu semblant y ttl partit'iper la nature , cette immoilelle compagne de TImmb dont les mystérieuses harmonies, avec nos allégresses et M (louleui*s remuent les libres les plus intimes du e<Bur haHi Dès le matin , le tambour appelait la garde nationale soMb armes dans tous les quailiei*s de la capitale, et autoitfdeste dards blancs ornés de cravates bleues et lleiu'delisées se saieiit les légions qui dévident faire la haie. A cette époque, couleurs blanche et bleue, qui briUaient sui' les étendardsà poitrines, contrastant par les idées de paix, de calme et nocence dont elles sont le symbole af\'ec la couleur rouge r Empire a\ait mise piu*tout comme un reflet sanglant de champs de bataille , produisaient sur les yeux et sur les je ne sais quelle impression de rafraîchissement et de dont on retrou\e la trace dans les lignes véhémentes où jamin (lonstant a maudit le drapeau tricoloi-e*. Le Roi, née >entimeut exquis des convenauccs nationales qu'il avait
U)n» los lioiiiiiii'ri |tur lt;sqiK'l:$ iiourt riuiis soiiiuiurt laiMé« <liriger trop Qu'c«t-il r^Millé (le leur hi'ieiicu cl d<* la coiinaii«*c que iiou* leur a\oiii 1^ d(3>a8latiuii du uiuiidi; v{ r<*ii\aliUdi'iiiriil de notre |Mdrie ! Lm l'oliliquett ne im* jettent poiiil dan^ un munie el ne ]>LU\ent Mre ToiuMrti Ihéories. lte\enon« à la (lon6lilulion de nus pèreit, à celle qui eit nuire oaraclère national, (jui est danii le »onA de nos opinkont. »
1. « Ne faites |»oint rinniioral abandon de roriOamme de vm pèiti prendre un drapeau tout ban«!i;uit (!•* «rinieft et dé|iûuillé de tout — eetl. ■ ' te^prit th vonqnêtt *t d UMirimtion , par llenjauiin t^ontidanl.
KNTRÉK DK LOI IS XVIII A PARIS. 333
rs montré, avait exprimé le désir qu'aucune troupe étrane ne parût dans son cortège. Quelques compagnies de la de impériale devaient précéder le carrosse royal. Idée malireuse ! les vieux soldats oublient moins vite que les vieux trtisans, et les adieux de Fontainebleau avaient laissé un lO trop récent dans ces âmes militaires où ils vibraient en- « pour ne pas nuire à la bienvenue de Louis XVIII. >e Saint-Ouen jusqu'à Paris, la route était bordée par la poation accounie de tous les alentours. Le cortège royal arsi vers onze hem*es à la barrière Saint-Denis. Le Roi était is une calèche découverte traînée par huit chevaux blancs ; îlle de Louis XVI était à sa gauche ; en face d'elle, le prince de iidé et son fils, le père du duc d'Enghien. Monsieur, comte irtois, le duc de Berry, récemment arrivé de Normandie, svauchaient des deux côtés de la calèche ; ils étaient entourés suivis des maréchaux de France , des officiel généraux et lue cavalcade brillante où se trouvaient confondus avec ^tes les gloires militaires de l'Empire tous les grands noms la monarchie. M. de Chabrol, entouré des douze maires et conseil municipal, attendait le Roi à la barrière. Il lui prêta sur un plat d'or les clefs de la ville en lui adressant quel- « paroles de félicitations et de respect : « Je vous les remets, Oxidit le Roi ; je ne puis les laisser en de meilleures mains ni c^onfier à des magistrats plus dignes de les garder. » Allu- I reconnaissante à l'initiative prise, dès le l*' avril, en 'Ur de la Restauration, par le conseil municipal de Paris. ^ partir de ce moment, commença un triomphe qui ne ait finir qu'avec la journée. Dans les fêtes ordinaires, le l sentiment qui soit engagé est celui de la curiosité; ici il y it à côté d'un épanouissement universel de joie produit par longues perspectives de paix et de repos ouvertes devant regards, une grande idée morale, celle d'une réparation ft à une illustre et malheureuse race Ix laquelle la Providence
mesurait enfin, après tant d*épreuves et de vicissitudes, da félicités égaies à ses adversités ' . Ceux qui manquaient à cède rote, parce que les échafauds révolutionnaires et les baUes da f(»ssés de Yincennes avaient tranché leur vie avant TheuRi apparaissaient à demi derrière ceux qui, restes de Texiletdfli ré>olutions, avaient été réservés par la Providence pourceRi journée, et ces souvenirs ajoutaient à Tivresse générale ov émotion profonde qui mêlait les larmes aux acclamations: b >ivants rappelaient les morts.
Le cortège royal cheminant sous une voûte de drapeaux hhM dans le faubourg Saint-Denis et la rue Saint-Denis, ces voieiî marchandes et bi populeuses jonchées de fleui's et tapisséesè feuillage, s'avançait entre deux hides vivantes que conteDÉl peine la garde nationale, ardente à mêler ses cris aux crisdek foiUe. Une clameur immense, iniinie, suivait, accueillait, pi^ cédait et annonvait le carrosse du Hoi. Cette majestueuse d ^ra\e ligure, à demi épanouie par une expression de bonheii; IVappidt les regards qui se repoilaient avec émotion snrb^ ligure profondéintrnt émue de la lille de Louis XVI, quiîOi"] riîiit à travers ses larmes ; aloi-s les cris de rire Madam mêlaient aux cris de vive le Roi. Cette médaille viviuitedui martyre du Temple rappelait les nialheui*s souffeiis, les dedij portéb; « son grand air, ses yeux rouges, qui sei fatigués par les larmes '^, » touchaient tous les cœurs, et ki traste de tant d«» lamentables journées avec Tallégresse de journée d\i>atiini et de joie frappait tous les esprits. On
1 . « 1^ Uoi lit Bon i-iiliTo le 3 iiiar:». Un temps magniUque, 1« pi liopiilalioii iiiiiiieiiM; el la plu» \i\u all('(;rriM(* (lonuèi*ent à ccUe solennitf k| Kraiiil éclat. 11 > a\ait daii» l's oaprittf une joie Impu^sible ù eipriiuer, b <pit' le 13 a\ril, luaU avec plun de calme. Ce n'était plu« ragitaUon q«e< ^«•^|>érance , celait la •ati^ faction que duune la |K)Meiwiou. {Métuoirté ila éÊH Rutiu\f, tome vil, iia^c 38.)
:>. (Ui Hint Ici* e\prt>»ionK du duc de lUgUM» danii •«« MémoirtM^ pa|:c 70.
ce nouvel exemple de la vanité des conseils des hommes, Bsant tant d*échafauds entre le trône et la maison de rbon sans réussir à retarder d'une heure le jour marqué la Providence pour son retour. Alors la stérilité du crime, ute-puissance de Dieu et Timpuissance des hommes écla-
à la fois dans le même spectacle qui prenait la gravité I enseignement , les âmes religieuses se sentaient naturelsnt élevées vers celui qui ôte et qui rend les couronnes. Iques individus, isolés au milieu de la foule, s'étonnaient Al basse de la coupe étrangère du costume du Roi, vêtu i habit bleu avec des épaulettes d'or, et de la toilette anye de madame la duchesse d'Angoulême, comme si les ïs ne rapportaient pas naturellement les livrées de l'exil ! voix sans écho rappelaient celles des soldats qui, dans les nphes romains , mêlaient la satire à l'enthousiasme, car ut que la malignité humaine ait son coin dans tous les Miux. Çà et là quelques serviteurs de la monarchie monnt tristement à leurs enfants le père du duc d'Enghien, ; dans le carrosse royal en face de la fille de Louis XVI, et rimes comme les malheurs de toutes les dates se trouvaient i évoqués.
ins toutes les classes de la société l'enthousiasme était le le. Les classes populaires, si faciles à émouvoir par tout [ui est dramatique et grand, et qui d'ailleurs mises en )es réglées par la conscription avaient fourni tout le sang Burs veines à cette Ubatiou immense offerte pendant qua- 3 ans par Napoléon à sa foilune et à sa gloire, ces deux îs égoïstes des conquérants, étaient aussi empressées à imer les Bourbons que les classes bourgeoises , heureuses roir venir avec ces princes la prospérité , la sécurité , le loppement de l'industrie et du commerce sous la protecde la paix extérieure et le règne des lois.
ce tableau il n'y avait qu'une ombre : c'était ce bataillon
336 RÉTABLISSKMBNT DK IK MAISOK DC BOVRiON.
de la garde impériale qui pjissait sombre et morne au m de la joie publique à laquelle il restait étranger. En il foule, par une de ces délicatesses de cœur que les muhit éprouvent par instinct, cherchait-elle à consoler cette tr héroïque en mêlant les cris de vive la Garde à ceui de le Roi. Ces mâles figures demeuraient inflexibles et n çantes ; les yeux de ces vieux soldats lançaient des ^ pour eux la famille, la patrie, le peuple, c'était leur Enqpc Quand ils présentaient les armes, c'était avec un moun convulsif qui tenait de la rage, et plusieurs des témoii cette scène craignirent qu'ils ne supportassent pas jos bout le supplice qu'on leur avait infligé, en les introdi comme acteui's dans cette scène où il n'y avait pas di pour eux *.
Sur le Pont-Neuf ï^uiluut, où l'on avait échelonné un ment de la vieille garde à pied, le contraste de la Iri silencieuse et de la morne colère de ces vieux soldats « joie publique fit une impression pénible. Mais bientM impression s'efiaça comme un flot particulier emporté é courant général. Le Roi, en traversant le Pont-Neuf, ik au milieu des acclamations enthousiastes devant la sUii Henri IV, dont le modèle en plâtre, placé au lieu qu*ocf autrefois le bronze monumental du bon roi, s'élevait M socle improvisé où on lisait celte inscription dont M. fci
I . M. de Chateaubriand, qui falMil |iar(ie du (jTOupe de ea««llcnfrt iuimédiatement la voilure du Roi, dit dans ges Mémoire* : « C'ctlaH) de la \ieille garde à pic<l qui roniiuit la haie depuii le Pont-Neuf Jaifrt Dame, le long du quai dei» Orfôvres. Je ne croln pas que figure* hvHlH Jamais exprimé quelque choite d'auMi mcnavant et d'auaai terrible. Lntf tant la peau de leur front, rainaient dem-endre leur large lionnet à piili veux , i-onmie |»nur ne rien voir *, les antreg abaissaient les deui eolM i lK)iiclie dans le mépris et dans la rage ; les autres, h tnvers lewn flMi laiitsaient voir leurs dents comme des tigres. Si dans re moment Ht eH ap|M4é« à la vengeance, il aurait fhlln les exterminer Jusqu'au dernier, m raient mangé la terre. • {Mémoire* tfoutrt'îomhf, tome III, |iage 9M.)
Laily se disputèrent l*idée : Ludovico redtici Henricus s. Quelques minutes après, Louis XYIII, arrivé devant une, mettait pied à terre. Après avoir reçu l'eau bénite ns , il fut harangué au nom du Chapitre par Tabbé de vicaire général , et lui répondit ce peu de mots : « En lans ma bonne viUe de Paris, mon premier soin est de mercier Dieu et sa sainte Mère , la toute-puissante ce de la France , des merveilles qui ont terminé nos s. Fils de saint Louis, j'imiterai ses vertus. » marqua que pendant tout le chant du Te Deum^ la jOuis XVI demeurait humblement prosternée ; elle réson cœur devant Dieu qui, après l'avoir éprouvée par ^tés si douloureuses, lui faisait enfin voir le jour prédit dans les longs entretiens du Temple par Malisabeth. En sortant de Notre-Dame, le cortège royal 1 les acclamations qui l'avaient accompagné, et se en longeant la ligne des quais, au château des Tui- 1 était un peu plus de quatre heures quand le Roi y a fille de Louis XVI n'avait point vu ce palais depuis le 1792 : où étaient le Roi, son père, la Reine, sa mère, son Dauphin , sa tante , madame Elisabeth , avec lesquels it quitté ce palais dans cette sinistre journée? Son i sous le poids de tous ses souvenirs. Quand elle se vit B de deux cents femmes vêtues de blanc et parées de étendaient son arrivée, et qui, s'agenouillant à sa vue, rent: « Fille de Louis XVI, bénissez-nous! » le cone la journée du départ avec celle du retour ajoutant à )tion, le cœur lui manqua et elle s'évanouit. i*à une heure avancée de la soirée, la foule stationna j croisées du château, en provoquant par ses accla- ; réitérées la présence du Roi, qui plusieurs fois se i ces vœux enthousiastes. Le soir, la ville entière s'éar une de ces illuminations spontanées que la toute-