RÉVOLUTION DE
GHAPITM PREMIER.
CONf ËOÉRATION DES PROVINCES BELGES.
(DEPUIS LE i8 DÉGEHBIIE 1789 /USQU'AU 20 FÉVIUER 1790.)
Pourqaoi 1« révolntioiis de 1790 et de 1890 ont ea.des résnltats différents. — Vnes opposées des partisans de Vondi et de Van der Noot. ~ Nuances du parti progressif. — Les assemblées provinciales s'emparent de Taulorité souveraine. — Réserves des états de Hainaut et de Flandre. — LiCs états généraux se réunissent à Bruxelles. — Traité d^onion du H janvier 1790. — Négociations avec les cabinets de Derlin cl de La Haye; poliliqne linrdie de M. de Hertzberg; circonsf>cction de la Hollande et de IWiiglelfi-re. — Tentatives des insurgés belges auprès de Louis XVI déférées à l'assemblée conslituaule. — Convention de Berlin du 9 janvier. — Agents de la Belgique auprès des puissances étrangères; agents des puissances étrangères en Belgique. — Van der Merscli entre dans le Luxembourg ; défaite de Nas* sogne s Tarmée reprend ses positions sur la Meuse, -r Plaintes adressées par Yan der Merseh aux états généraux. —Capitulation de la citadelle d'Anvers. -—L'empereor aeeepte les propositions communiquées au général Ferraris. — Lettre du prince de Kannits à rarcbevéque de Malines. — Tentative des gouverneurs généraux pour amener un accommodement. — Correspondance entre H. de Cobensl et Farche- Téque de Malines; bref de Pie VL Situation de TAutriehe; campagne de 1789 contre les Turcs; mécontentement des Hongrois; concessions de Josepb U. — Les Belges veulent conserver leur indépendance. — Commencement de la liitlc entre les statistes ou conser^ valeurs et les progressistes ou voncki&tcs. — Egoïsmc des privilégiés. — Détails sur le parti de Vonck. — Le duc d'LVsel et les princes d'Aremberg. — Le prince de Ligne. — Pamphlets. — Les conserva*
Il I
teofft tentent vainement de gagoer Vonek. — IntervenliDo dn eiergé pour assurer la domination des eonsenratenrs. — Adresse colportée dans le Brabant en fiiTear des états. — Voyage de Yan dcr Mcrseh k Bmielles. — AdmlsiioB de SekoenfbM , olllefer prussien » an serviee de la Belgique, -r- Détails sur Torganisation de l^rmée. Altere»> tion entre Van der Noot et Van der Mcrseh. — Le due d^Aremberg est élu chef deseinq serments de Bruxelles. — iMaudemen( de rarchcvéque de Maliiios pour le carême de i790; il signale les naWiUeufW comme des ennemis de la religion. — Organisation du congrès, dépositaire du pouYoUr e&écolif de rt'oion. — Mari de Joseph II.
L'oYBticoi déoeniée an chef dn conité dfl Breda ne
fixait pas le sort de la Belgique. Pour éviter une anarchie désastreuse, il <'tait urgent de modifier les constitutions qui régissaient les diverses provinces, de les approprier à une nouvelle forme de gouvemeiMeDiy ou bien de donner immédiatement un suoceBsenr à Joseph II« Ofy comme tous les partis semblaient d'accord pour établir une république provisoire, il s'agissait de décider d'abord à quelle assemblée on conlierail momentanément le pouvoir suprême, et de quelle manière le peuple serait représenté. Ces graves questions^ aprèa avoir engendré de IcNugues et violentes disputes, devaient déterminer une aeismon fiitale entre les deux grands partis qui s'étaient déjà personnifiés dans Van der Moot et Yonidiu
Lorsque, de nos Jours, la Belgique se trouva dans une position analogue, on remarquait aussi deux grands partis rivaux ; mais quelle différence entre les hommes de 1789 et ceux de 1850! En 1850, on ne voit ni parti vainqueur ni parti opprimé; des concessions sont faîtes de part et d'autre, le clergé se montre progressif, les progressistes, de leur côté, unissent une grande modé^ ration à une grande énergie, et de ce système de transaction sortent des institutions sanctionnées dès Fori-
ghie par rassentiinent de la nation entière* En 1789»
le clergn privilégié, dont Tinfluenoe sur la population est pr<'pondérante , se distingue au contraire par son intolérance et par son fanatisme; les hommes, déjà en possession du pouvoir, refusent de le partager avec leurs adversaires» et plutôt que de leur faire quelques coneessîons, ne clierdient qu'à les rendre odieux an peuple. Aussi, voyez où aboutirent les deux révolutions : celle de i790, confisquée par les privilégiés, à rimpuissance, au suicide; celle de 1850» faite au profit de tous» à la régénération de la Belgique.
Le parti fiéodal et tbéocratique» dirigé par Van der Noot et Tan Eupen» ne voulait rien cimnger à Fédifioe social; le parti démocratique, moins conséquent peutêtre avec les principes qui avaient déterminé les premiers troubles, mais plus éclairé, voulait mettre les institutions de la Belgique au niveau des progrès ds la cMlisaCion. L'un manifestait la volonté de rétrograder vers le moyeu âge, ou plutôt de conserver et d'accroître encore l'influence des privilégiés, c'est-à-dire des états provinciaux, des monastères» des métiers (i); Tantre» sous Tempire des idées sociales propagées par les por Uicîsles français» désirait que la plus grande équité régnât dans l'administration des affaires puMiques* Van der Noot et ses partisans, se sachant appuyés par une grande majorité^ publièrent enfin que les états provinciaux» comme délégués de la nation , avaient légalement succédé à loseph II» et que le peuple devait être satisAiit, puisque les institutions qu'il venait de cimenter de son sang seraient scrupuleusement main*
(i) Un joarnaUftle ftytnt appelé le somrenMnieat imposé aux Belgea par le parti de Van der Noot , une théoerati» , Feller répondit qna eette expression ponrait être aerueillie.
ternies. î\Inis Vonck et ses amis ne furent pas dupes de ces sûpbismes; ils prétendaient que, depuis la déchéanee de Joseph UU il manquait à la conslitation on de ses principaux poimin» et qne« dès lors» cette conslitotion defîât être ou abolie ovl modifiée. Il MsAt in* ^ dubitable, en effet, qu'avant la révolution, l'autorité exécutive appartenait à Tempereur, que les états ne formaient qa*on pouYOv intermédiaire chargé de prévenir les nsnrpatlons du monarque; qu^ils avaient le droit d^coorder on de refuser les subsides, mais qu'ils ne participaient en aucune manière à l'exercice de l'autorité souveiaine. On pouvait aussi soutenir, avec Vonck, que le système des statistes, c'est-à-dire, des partisans esdusUs des états, tendait à rmnpiaoer une monarehiê UmUée par une oUgarcMe. Pourquoi, ajoutait le chef des démocrates, pourquoi reculer devant des réformes? Les chartes qui régissent les provinces belges sont-elles donc parfaites? Il était encore évident que, dans aucune des provinces, les mandataires des trois ordres ne représentaient réellement ni hi noblesse, ni le clergé, ni le peuple (1),- et Texclusion atteignait surtout les professions libérales, qui renfermaient les hommes les plus instruits et les plus propres au maniement des affaires. Vonck eût désiré que toutes les classes de citoyens fussent équitabtanent représentées dttBS Tassenablée provinciale. Partant de ce principe, et s'occupant particulièrement du Brabant, il demandait : V que le clergé séculier concourût avec les chefs des abbayes à la représentation de l'état primaire; 2^ que toute la noblesse pût choisir des députés; 3^ que les pe-
(i) Voy. ce que nous avons dit de la coinpositiou des éUU, t. Iv* p. 32-37.
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tUesnltes» k& bùurgè et les vitlagea eam&Êi les nèmes droits que les trois grandes dtés. 11 deniMidaît» enfin,
le doublement du tiers pour rétablir l'équilibre entre les trois ordres ; quant au pouvoir exécutif, il devait être exercé i>ar quatre personnes choisies dans les qnatre ordres et auxquelles on adjoindrait un membre <hi ccmseil de jostioe. Ge système représentatif, applieable d'ailleurs à tovtes k» prorinoes» répondait aux exigences de Tépoque; et cependant Vonck,qui souleva Bientôt tant de haines parmi ses adversaires, n'ai- . lait pas aussi loin que les plus sages ministres de Louis XVI, Turgot et Neeker (i)» Mais, il faut le dire, le parti du mburanent ne présentait pas une homogénéité complète; Yonck se trouvait déjà dépassé. Parmi les nuances du parti progressif, on distinguait surtout les irUérimiUes et les arganUateun. Ceux-là voulaient accorder aux états un pouvoir temporaire aussi longtemps que durerait Tinterrègne; oeux*d, puisant leurs ^ ins[Mratiotts dans la fameuse brochure de Sieyès (2), voulaient consulter la nation, ou, en d'autres termes, recourir au grand moyen d'une représentation extraar^ dinaire.
Ces demiera montrèrent d'abord le plus d'énergie dans leur opposition contre les états; leur manifeste
fut aussi une brochure, qui avait pour titre: Qu'alloni' nous devenir? L'auteur de ce manifeste, M. d'Outrepont,(, écrivain spirituel et mordant, soutenait que les anciennes constitutions de la Belgique étaient faites pour une monardiie et qu'il était question alors d'é-
(I) Vonck mh déjà Uehé , mais en vaio, de fidre |»révaloir ses vues dans le comité de Breda; il développa ensuite aon système dans les ÇoMidératùmt impartiales dont novs parlerons d-après.
{%) Qa'esl-ee qae le liers état? ^
rîger les provinces en répuUique. « Or, disait-il, si » diftC|iie proYittce conservait sa constitution parlieii-* B lièra^ nous voilà aosd divisés qn'anparavantt et ce 9 n^est plus qu^m jeu que de nous reconquérir, parée
j» que notre pays est ouvert de tous les côtés ; que nous a n'avons pas, comme les Hollandais, des marais, s comme les Suisses, des montagnes, pour nous défen« s dre contre des ineursions ennemies; et qu'il n'y a 1 que Ttifisofi de toutes nos provinces, fondée sur VunUé » de leur constitution, qui puisse être la protectrice eÛii- » cace de noti e liberté. » Suivant M. d'Outrepont, depuis la publication du manifeste du octobre 4789» les états avaient consommé le dernier acte que leor im» posait leur mandat. « Les Belges, ajoutait-il, sont pré-
I cisément dans le même cas où ils se trouveraient si, » dans ce moment, ils sortaient des mains du Créateur. »
II réclamait on consé(|uence la convocation d'une assemblée nationale, sans distinction d'ordres, pour doter
^ la Belgique d'une nouvelle constitution. La brochure se terminait par cet avertissemaDt pi ophétique : « O » vous tous, qui que vous soyez, qui prétendez vous » emparer des pouvoirs dont Joseph II s'est dépouillé s par ses fautes, pensez- vous que ces Belges valeureux, » qui n^ont pu supporter le joug injuste d*un princo » surchargé de couronnes, baisseront plus aisément B le front sous la verge de cinquante oppresseurs qui » sont leurs égaux, et qui n'ont pas plus de droit de » commander aux autres. que le dernier des citoyens? > Les Belges n'auraient donc pas vaincu pour eux, mais » pour vous? Écoutez le génie alarmé de la Belgique » qui vous parle par ma voix : il vous avertit que la na- » tion ne peut espérer ni union, ni gloire, ni paix, ni » bonheur, ni considération politique, à moins qu'elle
» ne ftme respecter et qa'oo ne respecte lea droîtB» » Hélâs! st des dWMons cmelles Tenaient ensanglanter
» le sanctuaire de la liberté, nos ennemis en profiteji raient avec adresse, et notre perte serait inévitable. > La souveraineté appartient à la nation. Celai qm en » Jouissait autrefois en a perdn Pexercice, et oel » exerciee, la nation ne Ta «anflé à personne* par » une convention nationale qu'elle doit répartir les » pouvoirs : em[)ressons-nous à saisir le seul moyen » qu'il y ait de rendre légitime rexercice de l'autorité 9 suprême. Geuit qui sont si avides de oonmander » pourront espérer alors d'obtenir nn pouvoir légal, » s'ils en sont dignes, car une nation ne se trompe » guère sur ses vrais intérêts : mais, en revanche^ » malheur aux imbéciles qui s'oublient! »
Ce manifeste» qui prêchait une réforme radicale» n'eut pour eflét que d'exciter une colère implacable dans le parti oligarchique, sans empéclier ce que les démocrates appelaient non sans raison Tusurpation des états. Dans ses séances du 2G, du 27, du 29 et du 30 décembre 1789» l'assemblée provinciale du Brabant, de concert avec le conseil souverain» décréta : i^'^Que la soiiveraineté » qui était exercée par le d-detant duo» serait désormais exercée parles trois états de Brabant; â*" que, pour le surplus, la constitution resterait intacte dans tous S('s points; 3" que le conseil souverain de Brabant coaserverait toutes ses prééminences» droits et prérogatives $ 4" que les magistrats et les autres membres du tiers état des trots cheft-tllles , seraient choisis sous Vinfluence des deux premiers ordres, d'après un arrangement à arrêter sur ce point par les trois ordres réunis» que les membres des trois ordres» les conseillers» et tous ceux qui possédaient qudque
office dans le duché , prêteraient le serment d'observer la coDStitution ; 6* que les trois ordres , avant de prêter sermeDt aa peuplé^ prêteraient aussi aux églises du Brabant, entre les mains de Tarcbevéque de Bfalines,
le serment que les ci-devant ducs avaient prêté de tout temps , et qu'ils feraient la profession de foi catholique formulée par le pape Pie IV (i). Ces décrets reçurent leur exécution dès le 51, et donnèrent lieu / à une cérémonie très-singulière. Réunis à Thôtel deidlie de Bruxelles, les trois ordres se prétèi^nt mutuellement et alternativement le serment de fidélité, de manière que, par la déclaration qu'un des ordi'es faisait successivement aux deux autres, ils jouaient à la fois le rôle de souYerain, de représentants de la nation et de peuple ; le conseil souverain jura ensuite à son tour foi et hommage aux trois états de Brabant. Cette cérémonie avait pour témoins Van der INoot et les députés que les autres provinces avaient déjà envoyés à Bruxelles pour se concerter avec rassemblée brabançonne. Les nouveaux souverains parurent ensuite au balcon de rhôtel de ville et se présentèrent aux cinq serments et aux coitnpagnies de volontaires qui, sous les armes et drapeaux déployés, les accueillirent avec des cris d'allégresse et au bruit de leur musique militaire.
L'exemple donné par les états de Brabant fut suivi dans les autres provinces. Partout les assemblées provinciales , dédaignant les protestations des démocrates, sévissant môme contre les plus exaltés, s'arrogèrent l'exercice de la souveraineté, après avoir prononcé la déchéance de Joseph II. Les états de Flandre et de Hainautt quoiqu'ils se fussent auissi emparés du poo-
(1) Cctie profcssiun de foi fui ensuite exigée de lous ceux qui élaieot pourvus d'uu emploi.
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voir, montrèrent cependant quelques scrupules, et les réserves coi^ignées dans leurs manifestes dewent enoDurager les intérimùtes et les promumo-
Les états de Flandre ayaieiit présenté à Faecepta-
tion de leurs commettants un projet d'organisation intérieure tendant à donner plus d'extension à la représentation nationale et à remplir la lacune qu'avail laissée dans la constitution la déchéance du souverain; ils déclaraient en outre que cette organisation « n'au- » rait d'ellet que jusqu'au moment où les circonstances » permettraient d'assembler la représentation la plus » nombreuse de la nation, pour arrêter, selon sou vœu, » son règlement intérieur sur un pied définitif. » Mais cette déclaration fut combattue avec énergie par les défenseurs de la nouvelle oligarchie, parmi lesquels on distinguait l'abbé Duvivier (i), et enfin méconnue parles états eux-mêmes. Le manifeste de rassemblée du Hainaut contenait une restriction également importante;; les députés déclaraient « qu'il serait pourvu par la na- » tion au remplacement du pouvoir exécutif dès qu'elle » pourrait s'occuper de cet important objet avec toute D la tranquillité et la sûreté qu'exigeait une opération . » si importante et si délicate» mais que provisionnelle- » merU ils voulaient bien se charger du pénible fardeau ' » de Texercice de ce pouvoir. » Ce manifeste» qui portait la date du 21 décembre 1789, excita aussi la colère des conservateurs lorsqu'il fut publié vers la fin du mois
{{ ] Établissant une distinction très-subtile entre la constitution et le pacte inaugural, l'abbé Duvivier prétendait qu'il était faux que la constitution dût périr par la cbutfrdu prince, et qu'il était faux que cette chute lui puriùt la moindre atteinte. Réflexion» »ur le projet d'organi' iatiûH promiionnelle de la Flandre, ^
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de mars 1790. Les ^tatsde Nairnir, ne publièrent pas de manifeste, croyant qu'il leur suffisait, pour remplacer iégaleneDi remperenr déchu, de se faire ÎDangorerairee pompe CQiBiiie les souverainsdu comté. Le7 janvier 1790, a'étant rendus à la cathédrale, les dépotés se rangèrent en demi-cercle autour d'un autel, dressé sous la coupole et sur lequel se trouvait le livre des évangiles; les prélats se placèrent du côté de rëvangiiOt les nobles du côté de i'épttre» le magistrat avec les maîtres des nétiers es face de TauCel. Derrière les prélats se trouvait le eon* seil de justice qui, de provincial, était devenu souverain; une place particulière avait été également réservée pour le général Van der Mersch et son état-major; enfin on remarquait encore dans Téglise un grand nombre de moines de différents ordres. La messe fot célébrée par Tévéque de Namnr; après Tévangile, il vint prendre place à Tautel, dressé sous la coupole; l'abbé de Bonelfe, président des états, prononça ensuite un discours sur le but de la cérémonie; la profession de foi de Pie IV fut récitée, puis enfin les trois ordres prêtèrent à tour de rôle le serment suivant : « Nous promettons, assurons et Jurons , en mains » des deux autres états, hommage et fidélité aux trois j» états représentant le peuple namui*ois, et de plus, » que nous maintiendrons et observerons fidèiement la j» constitution de cette province dans tous ses points. » Quoique le peuple Mt parfaitement onMié dans cette prise de possession, le pensionnaire de la ville cria néanmoins à haute voix : Vive, la natiùn namuroise, souveraine du comté de Namur! Les assistants répétèrent ce cri et un Te Deum termina cette solennité qui resta longtemps dans le souvooir des habitants»
Mais on ne pouvait se contenter d'avoir reconstitué
le pouvoir cIms le» profincet; toutes* à PcoLcepliou
du Luxembourg, étant solidaires de la révolution qui venait de s'accomplir, elles durent songer à mettre leur sort en cobhuuo. 11 fallait donc étaUir wdh&ï un pouvoir œnlnd au moyeu d^nne fédératîoii, puisqu'on était ré- •cdn è adopter b forme républâcahie. Dè» te SX) déeem^ bre 1789, les états de Brabant avaient notifié aux états des autres provinces la déchéance de Joseph II, prononcée par eux , ainsi que Tunion qu'ils avaient coutractée arec les états de Flandre ; ils les invitaient eu même temps à envoyer des députés à Bruxdtes pour adhérer ii oet acte. Lee premières adhérions furent données par le comté de INamur, la seigneurie de Malines et le Tournaisis. Les étals de iiainaut seuls semblèrent hésiter avant d'entrer dans une confédération qui ne teur paraissait pas offrir des garanties suffisantes; teurs objections âaien^ même si graves que Van Elupen, qui remplissait déjà le rôle de secrétaire d'État, éluda constamment d'y répondre d'une manièie catégorique : ils demandaient si les provinces unies seraient assesi fortes, par leur coalition, pour se suffire à ellesmêmes; qud étaU teplan de défense en caa d^attaque: eu quoi consistaient les ressources financières; quelles étaient les alliances formées ou entamées. Cependant on parut s'accorder, et, le !28 décembre, les états de Brabuutenveyèreut une nouveUe circulaire à ceux des autvea provinces pour les prévenir que, le 7 jaur- ^ vier 4190^ s'ouvrirait à Brunelles une assemblée souve^ raine; ils ëtaieiil invités en conséquence à choisir le» députés qui devaient siéger dans ces états génératt]i(l).
(I) Voy. les Documintt polit iquei et diplomaiiqtêft tur (a révokuion^ bel^ de 1790, publiés par H. GMbard , arcbivistft gèaM du royamnB»
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Les assemblées provinciales s'étant empressées de nommer leurs mandataires, ceux-ci se trouvèrent bientôt réunis à Bruxelles au nombre de cinquante-quatre. La députation du Bnib^mt se composait de M. de Nélis, ëvéqae d'Anvers, un des prélats les plus instruits et les plus capables de cette époque, de dom Godefroi Hermans, abbé de Tongerloo , excellent patriote mais doué de plus d'énergie que d'intelligence, du comte de Coloma, du duc d'Urs^» qui venait de quitter la position qu'il occupait dans Tannée auirichienne, pour servir son pays (i) , enfin de trois membres obscurs du tiers état, un pour chaque chef-ville. L'abbé de Roiduc, le baron de Negri, M. de la Saulx de Sainte-Marie, et le conseiller pensionnaire Wildt, qui devait bientôt servir d*agent à TAutriche» représentaient le Limbourg; mais leurs pouvoirs n'ayant pas été trouvés suffisants» ils ne prirent place dans l'assemblée souveraine qu'à la fin du mois de janvier. La Gueldre avait pour mandataire M. Syben, bourgmestre de Ruremonde et conseiller pensionnaire des états. Les députés de la Flandre étaient : pour le clergé de Gand» Tabbé de SS. Ck>r* neille et Gyprien à Ninove et le prévôt de la cathédrale de Gand ; pour le clergé de Bruges : le piésident du séminaire de cette ville et l'abbé d'Eeekoute; pour la noblesse ; le marquis de Rodes et le comte d'Haue de Steenhuyse; pour les villes : MM. Roelants, pensionnaire de la ville de Gand , Pyl du Fay t , pensionnaire de la ville de Courtrai, et de Schietere, seigneur de Gaprycke» bourgmestre de Bruges; pour les châtelle-
(1) Le duc d'Urscl était arrivé à Bruxelles le 4 janvier 1790, le duc d''Arcinberg arriva le 5, cl il avait été précédé par son frère le comte tle la Marck, revenu dans la capitale des Pay£-Bas le même jour que Van der I<(oot, le 18 décembre 1789.
nies: MM. de Smet, bailli du pays de Gavrc, de Lannoy, pensionnaire de la châleUenie de Ck>urtrai, et Van Hoobroucky haut pointre de la chitellenie d*Au-
denarde, le même qui devait siéger quarante années plus tard sur les bancs du congrès de i830; cette nombreuse députatiou comprenait encore M. de Grave, Fun des conseillers pensionnaires des états. La Westr Flandre avait délégué Tabbé de Saint-Jean-au-Mont» M. Yan der Stîcbele de Manbus, avoué de la ville d'Ypres, et M. François Van der Meersch, conseiller pensionnaire de la salle et châtellenie d'Ypres. Le Hainaut était représenté par Tabbé de Saint Denis en Brocquei'oye» le comte Charles de Thiennes de Lom-* bize, qui représenta plus tard le congrès belge à ^ Paris, le chevalier de Bousics, et enfin par M. Gendebieu, grcflier échevinal de la ville de Mous, que nous avons vu au congrès de 1850 avec ses deux fils. Le corn lé de Mamur avait pour mandataires : les abbés de Waulsort et de Florefie , le baron de Neverlée de Baulet, le comte de Baillet, et deux échevîns deNamur, MM. Fallon et de Ganliy, ce derniei* suppléé par M. de Cauwer. I^a députai ion de Tournai se composait de M. de la Uamayde, grand prévôt, du mayeur des échevins» d'un juré, du premier conseiller pensionnaire de la ville, du grand doyen des métiers, du grand sous doyen, du doyen des apothicaires, et de M. Vinchenl, cunseiiii r pciisionnaiie de la chambre des arts et métiers. Le Tournuisis avait délégué le doyen de la cathédrale de Tournai, M. Sourdeau de Chin, et le pensionnaire des états. Enfin, la seigneurie de Malines était représentée par Téchevin De Brouwer, le doyen du métier des brasseurs, M. de Isélis, frère de l'évêque d'Anvers, et M. Lambrechts.
Le 7 janvier 1 700, jour fixé pour lâ réunion des états
généraux, les députés assistèrent d'abord à une messe solennelle, célébrée dans Téglise de Sainte-Gudule par t'archevéque de Maiines, puis à un sermon que Van Eupen» imitant le grand Bossuet, prononça sur ce texte célèbre : « £l nunc» re^, intelUgUel » Api'ès la céré* monie religieuse , les dt'putés se rendirent à rhôte! de ville, précédés de dragons à ( lieval, et à travers une double haie de volontaires qui bordaient les rues jusqu'à la ôrand'Place. Les représentants des assemblées pro* vinciales se réunirent dans la chambre des états de Brabant et se placèrent» sans prc^udice de rangs, à la table qui se trouvait au milieu de la salle. La première question débattue fut celle de savoir s'il na convenait pas que tous les membres de rassemblée prétassent le serment de tenir les résolutions secrètes; mais sur Fobservation que le serment qu'ils avaient prêté dans leurs provinces respectives suffisait, il fut décidé que Ton conviendrait, à la fin de chaque séance, des objets qui pourraient être rendus publics. Une commission fut ensuite nommée (i) pour examiner le projet relatif à Tacte d'indépendance et d'union ; et enfin l'on aborda la question la plus délicate, celle de savoir si Ton opinerait par tête ou par province. Le lendemain et le^ trois jours suivants les députés se réunirent dans Tliùtel naijuère occupé par le comte de Trauttmausdorifet sur remplacement duquel a été bâti le palais du roi. Tous les points se rattachant à Pacte d'union furent passés en revue et successivement adoptés; les plus longues dis* eussions furent soulevées par la question du vote ; les .
(f ) Bile te MmponU de Ven Eupen , OendeUen el le pensioniuiire de Clr«Te«
petites provÎDces ne voulaient pa« se laisser absorber par le Brabant et la Flandre , et celles-ci ce^peudant, à cause de leur importance» avaient droit à certains égards. Pour maintenir une espèce d'équilibre eoti*e le« nneà et les autres» on adopta la combinaison suivantet empruntée à la constitution de la république des Provinces-Unies : on admît le vote par province, mais Ton convint d'un total de 90 voix dont 50 étaient nécessaires pour former la majorité (1). Ces voix furent réparties ainsi qu'il suit;, le Brabant en eut 30; la Flandre» la West-Flandre et la province de Hainaut, chacune 9 ; Naniur et Luxembourg (pour mémoire), chacune 7 ; le Limbonrg, G; Malines, 4; Tournai, le Tournaisis et la Gueldre, chacune 2. Après quelques débats qui étaient encore relatifs à la préséance que voulaient s'arroger les députés du Brabant» Pacte d'union fut enfin signé, le - janvier, à deux heures du matin. Le préambule avait pour but de démontrer la légalité de la révolution dont Joseph 11 était en même temps Fauteur et la victime : le pacte constitutionnel ayant été foimellement rompu par lesouvei*ain» le^euple» disait-on» se servant du drôit inscrit dans les constitutions nationales, avait pu opposer la force à la violence et reprendre une autorité qui n'avait été déléguée que pour le bonheur commun et sous des conditions acceptées de part et d'autie. Les droits . des provinces victorieuses et leurs obligations étaient ensuite stipulés dans douze articles» dont voici le ré* sumé :
I. Toutes les provinces s'unissent et se confédèrent 60US la dénomination d'ÉUUs belgiquet unU.
(1) La guerre, la paix, les alliances, el les construclions de forlificalions devaient ôlre décidées par une majorité de 56 voix ; mais il suflimU de la simple plaralUé pour les objets d^aae moiodre importance.
II. La puissance souveraine est mise eocoinmun mais restreiBle au <d>jets suivants : à eelui d'une défense eommune; an pouvoir de faire ktinix et b guerre, et» par conséquent, de lever une armée nationale, de faire
CODstniire et d'entretenir les Ibrtitications nécessaires; au pouvoir de contracter des alliances, tant oUéusives que défensives, avec les puissances étrangères, de nommer, d'envoyer et de recevoir des résidents ou ambassadeurs.
III. La puissance souveraine est confiée à un congrès composé de députés de chacune des pr ovinces et sous la dénomination de Congés souverain des ÊkU» belgiques mis*
IV. Le congrès doit m^ntenir les rapports ancienne* ment observés avec le saint-siége, tant dans la présentation ou nomination de regnicoles aux archevêchés et évôchés qu'en toute autre matière, conformément aux principes de la religion catholique, apostolique et romaine, aux concordats et libertés de TËglise belgiqne.
V. Le congrès a seul le pouvoir de faire battre monnaie, au coin des États belgiques uni$,-et d eu fixer le titre et la valeur.
YI. Les provinces contribueront à la dép^ise néces- •saire à Texercice des pouvoirs souverains confiés au congrès, sdon la proportionobservéesousle gouvernement déchu.
YIl. Chaque province retient tous les autres droits de souveraineté : sa législation, sa liberté, son indépendance, tons les droits et pouvoirs enfin qui ne sont pas mis expressément en commun et délégués an congrès souverain.
YIIL A l'égard des difficultés qui pourront naître,
soit k Toccasion de la contribution commune, soit sur
tout anttlK objet, entre une province et le congrès, ou entre le congrès et «ne province, on de province à province, le congrès tâchera de les terminer à raniiabl6;«i une composition à l'amiable ne pouTait afoir Hes^ doqne province nommerait une persome, à la réquisition de rane ou de l'autre des parties; ces arbitres instruiront sommairement la cause. Le congrès sera chargé d'exécuter la sentence; et si elle lui est contraire» il devra s'y soumettre.
IX. Les états-unis s^obligeut s'enlr'aider ; dès qu^ne province sera attaquée par un ennemi du dehors» elles feront toutes cause conmnine, et toutes ensemble défendront de toutes leurs forces les provinces attaquées.
X. Aucune province n'est libre de faire une alliaiiee ou de condnre un traité quelconque avec une puiasauce étrangère sans le consentement du congres ; ce consentement est également nécessaire pour que les provinces particulières puissent s'unir entre elles, s'allier, ou contracter, de quelque manière que ce puisse être.
XI» L'union sera stable , perpétuelle» irrévocable. Il ne sera permis à aucune province, ni à plusieurs» pas même à la majorité, de rompre cette union ou dé s'en détacher sous aucun prétexte.
XII. Le pouvoir civil et militaire, ou une portion de l'un et de l'autre» ne sera jamais conféré à la même personne: le député ayant aéanto et voix au congrès ne peut être employé dans le service militaire, et récif)roquement, quiconque sera investi d'un emploi militaire ne pourra siéger au congrès. Etaient aussi exclus du congrès tous les employés ou pensionnés des puissances étrangères» tous ceux qui» après la ratifio^n de Taete d'union» aoeepteitieni de
c^ApuiMnoes un ordre militaire ou une d^ration (i). Eufiii ton» tas fondionnaireB de la république deYatenl jurer l'observatioa exacte et fidèle du traité d'unioD.
Des le 20 janvier, Pacte d'union fut ratifié par loua les états des provinces insurgées, excepté par ceux du Lirobourg dont Tadhésion n'arriva que le 2ô mars.
Su «ésumé, les étata généraux devaient continuer i eietcer le pouvoir constituant, moyennant la ratification de leurs commettants, tandis que le pouvoir exécutif serait conlié à un congrès; mais celui-ci n'ouvrit ses séances que le 20 février, et pendant longtemps il ^ fut composé de députés qui siégeaient aussi dans les états généraux.
Le 31 janvier, rassemblée des états généraux fut dé* finitivement constituée; pour maintenir la plus parfaite égalité entre les provinces, il avait été résolu que chacune présiderait à tour de rôle et pendant une semaine par un de ses mandataires. Tous les députés étaient réunis sans distinction autour de la table; mais, aux 'c6tés du président, siégeaient Van der Noot, nommé ministre de la république, et Van Eupen, confirmé dans ses fonctions de secrétaire d'État. Dès qu'ils se virent investis du pouvoir» les délégués des états provinciaux voulurent s'occuper avant tout de la situation de la fielgique vis-à-vis des puissances étrangères et des besoins de l'armée. Affermir l'indépendance du pays par des victoires, la faire reconnaître par l'Europe, telle était, en ettet, la mission la plus urgente cLe rassemblée souveraine.
A la fin du mois d'octobre 1789, le comité de Breda
• (1) Depuis quelques jours tous les membres de Pordre de la noblesse . des étals ile Brubnnt, qui avaicn' des elefs de elisnibeHan OU des titres dê eeiir, les avaiem fesf^és à Vienns*
mH mfdféém agénlsà Lpndres^ à BefUii «C k La Haye
pour remettre aux rainisti es des trois cours le manifeste de Van der Noot et demander que l'indépendance du pays fût recoDBue. M* Van Leempoei, professeur de roflivereité de Louvain» avait été enroyé à La Haye; le marquis de Rodes à Londres, le comte de Hoea et Tabbé O'Hearn à Berlin, siège principal des négociations relatives aux Pays-Bas. MM. de Hoen et Ollearn s'étaient adressés d'abord à Tambassadeur de la républi* que des Provmces^llDÎeSy H. le baron Van Reede» poar réclamer son interv^tion; il leur répondit que» ne pouvant pas se compromettre en reconnaissant ouvertement la légitimité de leur mission, il se bornerait à leur ménager sous main une entrevue avec les ministres de Prusse* Les envoyés belges virait efiectivement les ministres prussiens et leur remirent^ avec le manifeste de Van der Noot, un mémoire dans lequel on réclamait l'intervention des puissances maritimes comme garantes du traité de la Barrière, que Fempereur avait violé, et la protection spéciale du roi de Prusse, comme prince de l'empire germanique, dont les Pays-Bas faisaient autr^ois partie sous le nom de Cercle de Bourgogne*
. Pour entraîner la Prusse, les chefs de l'insurrection belge la menaçaient, si le roi leur refusait son appui, de s'unir avec les Liégeois et les Français. En rendant compte de ce mémoire à Frédéric-Guillaume, son minis-
- ■ tère lui disait (d3 novembre) s c II nous paraît avec les » deux ministres d'Angleterre et de Hollande, qu'il est du » plus grand intérêt des trois puissances alliées, qu'elles » se concertent à présent sans perte de temps, pour in- » tervenir de la manière la plus efficace dans les affaires » du Brabant.« Nous sommes d*accord avec ces deux » ministres, que, si les Brabançons peuvent soutenir leur
» indépendance hantement^ou même seulement en ba- » httçant la fortune, les trois pnissances alliées doivent
» reconnftitre cette indépendance et la protéger comme ^ » une suite des usurpations de Temperenr; et que il dans ie cas coQtraii*e , et si l'empereur venait à ren- » verser et à subjuguer les Brabançons» les trois puis- » sanees alliées doivent lui foire, en leur qualité de » garants de la constitution belgique, les représenta- , j> tions les plus fortes pour qu'il soit obligé de rétablir h Vandenm constitution en entier (!)• » Les conclusions de ce rapport furent consignées dans une note» remise deux jours après aux ambassadeurs d^Angleterre et de . Hollande. Ce n'était point par intérêt pour les Belges que le cabinet de Berlin prenait leur défense avec tant d'énergie; M. de Hertzberg» le chef de ce cabinet, avait d'autres vues* Il voulait se servir de la révolution des Pays-Bas pour agrandir son pays ; il espérait» au moyen d'une înter^ venttonarmée des alliés, obliger l'empereur à faire la paix avec la Porte et à rétrocédei- la Gallicie à la Pologne, qui elle-même céderait à la Prusse les villes de Danlzig et de ïiiorn. Mais ie cabinet de La Haye, qui ne renonçait pas au projet suggéré par Van der Noot à Ai. Van de Spiegel au mois de mai 1789 (% , croyait nécessaire de temporiser. Sur la proposition du grand pensionnaire, les états généraux (^mirent, le 31 décembre, Tavis qu'il fallait substituer au projet du ministère prussien une convention portant : 'P* que les trois [)uissances alliées ne se mêleraient point des affaires belges» à moins d'y être appelées par l'empereur ou forcées par Purgence des circonstances; 2° que, dans tous les cas»
( i i Résumé des négoeialionê , efe.,'p. 13$.
(2) n s'agissait de réunifia Belgique aux Provinees-Unies. Voy, i. 1»,
— ailes alliés garantiraient le maintien des anciens privi* léges ; 5** que, si la Belgique s'érigeait en État indépen* dant, el que tout espoir d'accommodcoi^ enlre elle et Tempereur était évanoui, les alliés feraient dépendre leur reconnaissance du iiouvol État de la nature de sa constitution et de ses relations extérieures; 4° qu'aucune autre puissance ne serait admise k s'ingérer dans ses affaires; que les alliés feraient cause commune pour tout ce qui pourrait résulter des mesures à prendre en vertu de cette convention. Le cabinet anglais, de son côté, ne voulant pas favoriser -les projets ambitieux de la Prusse, montrait une circonspection extrême. Vers la fin du mois de novembre, le marquis de Rodes ayant sollicité de M. Pitt la permission de lui présenter le manifeste du peuple brabançon, reçut pour réponse que ce ministre avait pris les ordres du roi , et qu'il ne se trouvait pas le maître de voir ou de reconnaître l'envoyé belge dans aucune capacité politique (i). Le duc de LeedSy ministre des relations extérieures» repoussa en«-
(!) Toutefois on assure que Pill accorda une audience au sieur Vandamme, professeur de philosophie ii runiversité de Louvain, et secrélaire du manjuis de Rodes. L'entretien s'enpagea de la manière suivonie : — « Que débire-l-on de mou gouvernement î demanda Pitt. — La liberté et rindcpeudunce, répondit Vandamrae, sous une forme gooverle quosUrépablicaino. — Vous obtiendrei, dit Pitt, la liberté et nndépendance, à eondilion de eboisir pour sooTerain le due de Meckleobourg-Strélitx. Vandamme fit observer que la révolution 'ayant été faite dans le but de emiserver inlaele et absolue la religion ealbolîqne et romaine, il était de toute impossibilité de placer sur le trône un prince lothérien. — Dans ceeas, répliqua Pîlt, vous retoun crcz sous la domination autrichienne. » Nous lisons dans les Bullelins de la commiS' sion royale d'histoire ^ t. Vlll , p. 264, que cet entrelien a été recueilli de la bouche niônie de l'envoyé belge ; nous n'avons pas trouvé d'autres renseignements sur le projet de décerner la couronne de Belgique au littc de Mccklenbourg*
suite formellement le plan de M. de Hertzberg, et autorisa rambassadeuraoglais àBerlin9U.Ewart,à signer le projet de convention proposé par lé grand pensionnaire de Hollande» mais en déclarant qo^one réconciliation des provinces belges avec Temperenr , sous la garanOe . des alliés, serait la meillmire manière de terminer le différend. Malgré rantipaihie que leur inspirait la France régénérée, les conservateurs belges avaient également tenté nne démarche auprès de Lonis XVI et de rassemblée nationale ; elle était restée anssi sans succès* Le loi n'était nullement disposé à se brouiller avec l'Autriche; et quant à l'assemblée constituîtnte, elle voulait être ïwôe sur la nature et la tendance de la révolution des Pays Bas. Dans la séance du 10 décembre, le président donna lecture d^une lettre de M. le comte de Montmorin (1), ministre des aflkires étrangères ; elle était conçue en ces termes: « Le sieur Van der Noot, se » disant agent plénipotentiaire des Brabançons, vient » de m'adresser pour le roi un paquet qu'il m'annonce » renfermer le manifeste par lequel ils se déclarent in- » dépendants. S. M. a jugé qu'il n*était ni de sa justice, » ni de sa dignité, ni de sa prudence, d'accueillir une » semblable démarche. Elle a pensé que le seul parti » convenable à prendre était de renvoyer ce paquet au » sieur Van der JNoot, et c'est ce que j'ai fait en exécu- » tion de ses ordres. Le roi, informé que la même dé- » marche a été on doit être faite auprès de l^ssemblée » nationale, a trouvé convenable de lui faire connailre » le parti qu'il a pris (2). » L'assemblée suivit Je conseil que lui donnait indirectement M. de Montmorin ; elle ajourna la question de savoir si le paquet adressé
(1) Il avuil succédé ù M. de Yergeniiog. mort ea 1787.
(2) Moniteur universel , n»* 19 et 20.
à SOS président serait cmvert. De leur côté, kstfois puissances alliées avaient donné soile an projet suggéré par le grand pensionnaire de Hollande; le 9 janvier, ce projet avait été converti à Berlin en une convention, qui fut ratitiéeparle ministère prussien et par les ambassa» deurs d'Angleterre et des Provinces-Unis. Ufautcepen* ' dant remarquer que M. de Hertzberg n'adoMittait cette convention que comme base provisoire du concert à éta*
^ blir; en répondant, le 4 janvier, au duc de Leeds, il proposait de reconnaître immédiatement rindépendauce de la Belgique, sous condition que la nouvelle république s'cDgagmit à se donner une constitution apprmvée par lêê aUié» et à ne point se lier avec d^antres pais* sances, principalement avec la nation française. Les alliés lui promettraient assistance et tiendraient à cet effet un corps d'armée en disponibilité, composé de Prussiens, de Hessois à la solde de l'Angleterre et de plusieurs régiments au service des états généraux; ce
- corps servirait non-seulement à protéger les Pays-Bas contre toute attaque de la France ou de TAutriche, mais au«si à couvrir les frontières de la Westphalie et du pays de la Généralité, ainsi qu'à repousser toute invasion qui serait tentée en Hollande par les émigrés de En résumé, la situatibn de la Belgique an . point de vue diplomatique était alors fort triste : l'Angleterre la traitait avec indifférence, la France lui paraissait bo&tiie, la Hollande désirait une réunion désastreuse pour nous ; enfin, la Prusise, dans des vues également intéressées, ne voulait nous offrir qu'une indépendance avilissante, car il eût fallu Tacheter par une complète sujétion aux puissances et par rengagement de conserver tous les abus qui arrêtaient le développement de la prospérité publique.
Malgré le nattvaw «oiHMil Aiit w mÊmt&àé ée Vm
deiOiout, les étals généraux ne se découragèrent point. Le 24 janvier, ils expédièrent de nouvelles lettres de «réaDce et doniièi*eii4 la titre de minisU^ piéoipokn* liaif» à M. Va» LcMwiyoH, IL le bem de Heew el M* O'Heera ils devaient préieater au oonm de La Haye , de Londres et de Berlin Facte d'union et de* njander itérativement que l'indépendance de la Belgique fut reconnue. La délivrance de iirujbelies», eilectuée le lâ décembre 1789, avait interrompu les reiatkms du gouvernement des Pays-Bas avec les mioisâres aocré- ^ dités près de lui. La retraite des fonctionnaires impériaux avait même été si précipitée que M. de Ti aultmansdorfT n'avait pu en donner avis aux membres du corps diplomatique. Il se trouvait composé à cette époque de la manière suivante : U. le chevalier de la Gravière représentait Louis XVI» avec le titre de ministre; M. Wilson était chargé d'affaires de la Grande-Bretagne, en l'absence du lord Torrington , ministre plénipotentiaire; le baron de Hop représentait la république des Provinces-Unies, le baron de Wieregg était ministre plénipotentiaire cle Félecteur palatin» et M. d'Otrenge chargé d^affaires du prince évéquo de Uége. M. de Cobenzl fit écrire de Trêves, le 25 décembre, aux membres du corps diplomatique, une lettre qui, conçue eu des termes différents poui* chacun deuii^t contenait en substance» pour tous, que rempereur plaçait trop de confiance dans les sentiments des souverains qu'ils représentaient, pourn*élre pas persuadé
Cl) LelMron de Ro9M aviH été enfoyé k Unérot mt le miniaii «le Rodes ; el H. OHearn remplaçaU à BerUn le eomle de Hoen , reveoa en Belgique.
qa^M fcrafMt rien» ém les eonjoBctnres adiiellee»
qui pût Mre désagréable à S. M. , en qui pAt Inspirer du doute ou de l'inquiétude sur leurs dispositions à son égard (1). Les ministres de France et de Hollande quittèrent alors Bruxelles, mais le premier y laissa M. itael, avec le titre de chargé d'affistires, qttokpi^H Ée pût ééfioyer ancoa caractère public ; M. d^Olrenge, intimement lié avec les chefs des progiessistes , et le chargé d'aftaires d'Angleterre, restèrent aussi dans la capitale des Pays-Bas : M* Wilsoa borna toutefois ses fonotkm à expédier des passe-ports au nom de la légation brftanniqne. Cependant les cours de Berlin» de La Haye et de Londres étaient intéressées à étudier sur les lieux la marche de la révolution belge ; pour ne pas se compromettre aux yeux de l'empereur, elles envoyèrent à Bruxelles des agents qui» n'étant revêtus d^ancutt caractère officiel» pouvaient être constamment désavoués par leurs cabinets. La Prusse envoya deux espions émérites : Brockhausen, personnage depuis longtemps décrié, et Éphraim, Israélite de nation» aussi rusé que cupide. La cour de la Haye envoya Mottman» avec le titre de conseiller des domaines du prince d'Orange aux Pays-Bas; il était accompagné d*un autre émissaire» Maximilien Ivo>f , et M. de Gobenzl mandait au prince de Kaunitz ([ue leur mission avait surtout pour objet de solliciter, en faveur du prince d'Orange ou de son fils» le stathondérat de la Belgiqfue. Ce que Ton peut affirmer» c^est que les agent» ds BÔIfai et de La Hsrye exercèrent le plus funeste ascendant sur Yan der Noot , en flattant son orgueil et en abusant de sa crédulité; c'est que» de plus » ils souti-
(1) DommmitipoliiifutêHd^^kmtaiqvÊi, p. 357.
raient à Icnin dupes des somnes eonsidéniblet Le eabinet de Sauit4aiii6B entretint à Broxelles on agent
plus honorable, le colonel Gardner; et le ministère français, d'accord avec les sonimiU s du parti constitutionnel de l'assembh e consUtuante, y envoya UM« de Sémonville et de la Sonde.
Les revers éprouvés récemment par Farmée de Vaô derMersoh augmentaient les embarras de la nouyelle république. Le vainqueur de Turnhout aurait voulu s'arrêter à la M(înse pour achever l'organisation de son armée; mais les deux doyens» qui représentaient les états auprès de lui, lui avaient ordonné de poursuivre tes Autriobiens juscpie dans le Luxembourg. Il fut ainsi foicé de s'avancer, au cœur de Thiver, dans une province hostile à la révolution, avec une tioupe fatiguée, manquant de tout, de chariots, de munitions de guerrre et de bouche» d'babits et de souliers. Le 18 dé* oembre, Yan der Hersch quitta Namur et se dirigea ' sur Marche, tandis que Kleineoberg, avec ses Flamands, s'avançait sur Beauraing. On ne tarda pas à s'apercevoir que les volontaires avaient perdu leur ancienne confiance ; démoralisés par des privations de tonte espèce et souffi^nt des rigueurs de la saison» ils désertaient en grand nombre* Le lendemain de son dcpai t de ISamur, Van der Mersch avait établi son quartier général à Ciney', le seul endroit où Ton put se procurer du pain; ses troupes occupaient Ëmpline^ Champion et les villages voisins; le capitaine Mens était envoyé à Marche, avec 400 hommes environ» Lorangeois à Rochefoi*t avec ses chasseurs, et Kleinen^
(I) On assure qae Hottinni reçut en une seule fois 100,000 florins de Brèbanl.
berg, suivant le mouvement rétroççrade de l 'ennemi, se portait de fiouvignes à MesniUSuint^-Blaue. Ce fut à Ginay q^e Van der Bbrach raçul one siof^lière dé* péclw, signée par Van fiopen au nom des états; allé lui prescrivait « de tenir Luxembourg bloqué dam le lointain; » et on lui promettait à cet elFet : « douze canons de six et de trois livres de balle. » Quelque ridi* enle qoe fût eet ordre, Van der llersch résolut povrw tant de tenter tout ee qui était possible; il quitta Ciney, \ç U décembre, ponr se rendre à Marche, en même temps qu'il ordonnait au capitaine Mens de pousser jusqu'à Koumont, et à Lorangeois d'occuper Saint-Hubert, Mais ie capitaine MenSf apprenant que rennemi avait laissé 500 hommes à Ronmont avec deux canons» se jeta dans Saint^Hubert on il devait être re* joint par Loraugeois.Kleinenberg, avançant de son coté, occupa successivement Beauraing, Pondrome, Yonèclie, et poussa eufin jusqu'à Libin, aiin qu'il put au besoin secourir la colonne de Van'der Merscb. Cependant les Impériaux semblaient avoir repris tonte leur assumnee en pénétrant dans le Lonembonrg ; il se savaient ap* ^- puyés par la population ardeimaisc, icslée fidèle ii la maison d Aiitriche; quand les paysans n'attaquaient pas les voioutaires, ils leur refusaient de^ vivras ou bien leur donnaient des renseignements inexacts snr les positioneet la forœ des tro«qpes impériales (i).Cest
(1) Toutefoia qotflqaes districts da luxembporg s*âgitaicnt. On Ul dans une lettre adressée dfi SatnUHubert au Moniteuf universel, sons hi date du 30 déeembre t « ... LtseuNs dm pays conirneneeiil à exciter li ptaple des eampagnes k preiiflra ien wamt ila raniment par leur exemple, et déjà quelques jeunes gens se sont assemblés. <'<s mouvements ne se sont pas encore communiqués h Neufchàteau cl à Ai lun. Les paysans y tiennent pour l'enipcreur. Le voisinage des troupes intimide ces pauvres gens. S'il n'y avait que des dangers à courir, ça p^use
— aa —
ainsi qiie le capitaine Mens, trompé par de faux rapports, marcha sur Meufchâteau et fut repoussé a? ee perte par les dragons d'Arbeig. Bîeat^ Lerangeois, resté à Saint-Habert, s'effiraya à sob tour par suite de l^s qu^on lui donna, que l'ennemi s'avançait contre cette ville; il Tabandonna précipitamment, le 29 décembre, pour se réfugier à Kochefort, sans même avertir le général de sa retraite, laissaal ainsi les postes intermédiaires entre Saint-Habert et Hardie exposés ft une surprise. Les Impériaux, en effet, après être rentrés à Saint-Hubert le 30, se rendirent maîtres, dans la nuit du l^*" janvier, du défilé de Masbourg, et ensuite de Nassogne. Van der Mersch, appréciant Timportance de cette position, marcha immédiatement avec 1,400 hommes sur Nassogne, espérant de reprendre aussi Saint-Hubert en cas de succès. Trouvant l'ennemi rangé en bataille dans une position défavorable, il voulut profiter de cette faute : sa colonne fut formée sur une hauteur, défendue en avant par un ravin' escarpé et proté|^ par derrière par vn bois assez vaste. Deux fois les Impériaux reculèrent, et ils auraient probablement été défaits sans la lâcheté dont les volontaires firent preuve en cette occasion : effrayés à la vue d'un piquet^ de cavalerie qui lâchait pied, tom commenoèrent à suivre cet exemple, et, après neuf coups de canon tirés par Tennemi sans faire l)eaucoup d'effet, ils abandonnèrent leur chef et se réfugièrent en désordre vers le bois. Van der Mersch restait seul sur le champ de bataille avec son palefre* nier. Heureusement que les Impériaux crurent que
quMYs <:e déckferaicnt ; nais laeeriUude d^Atre égorgés contieoi les plus
celte déroute était une ruse et qu'ils laissèrent ainsi le temps au général belge de rallier la plus gnuidfi. partie de ses Tolonlaires derrière le pottt de BUphhiI* Le leDdemain, cependant, las Autnchiens povsaèmtt. de fortes patroulHes svr la gauche des patriotes jusque* près de Marche, et les contraignirent enfin à évacuer cette ville le 2 janvier. Van der Mersch, jugeant qu'il ébiit impossible de se maintenir dans le Lmetobonrg avec Que troupe démoralisée et insuffisante» renonça à son entreprise; mais il conserva néanmoins le territoire compris entre Natoie, Assesse et Vivier-i'Agneau, tandis que Kleinenberg, repoussé de Libin et de Longprez, gardait Beauraing. De retour à Namur, . Van der Mersch voulut justifier sa conduite; dans nne lettre adressée le 7 janvier aux états généraux, il se plaignit amèrement de ne pouvoir rien faire sans avis préalable, et il rejetait Tinsuccès de son entreprise sur les ordres absurdes qu'il avait reçus de Bruxelles. « Si j'avais suivi ces ordres à la lettre, disait-il, je serais mainténant à gémir dans quelque casemate de Luxim* bourg. » Les renforts, si souvent promis à Van der Mersch, arrivèrent sur ces entrefaites. Le 7 et le 8 janvier, il reçut un corps de 1,500 hommes formé à Louvain ainsi que des volontaires du Hainaut, de la Flandre et du Toumaisis. Les volontaires du Hainaut, commandés par le colonel de Braine, allèrent occuper, avec une partie de l'infanterie de Flandre, les postes de la vieille route de Luxembourg; et la légion nervienne, sous les ordres du comte de Lannoi» fut envoyée à Andenne et dans les environs. Malheureusement l'arrivée de ces renforts fournit aux Autrichiens Toccasion de remporter de nouveaux avantages ; le iZ, ils chassèrent les volontaires de Neupont, et, le 46, ils
culbatèrent les Monlois qui, malgré les ordres les plus précis de rester sur le défensiire à Eniptiiie, avaienl*
cédé à leur ardeur et sVUaient avancés jusqu'au delà de Pessoux. Van der Mersch, avant de quitter Nanuir, avait signalé tous les dangers auxqueb il s'exposait, eu s'aventurant dans un pays hostile avec des bandes encore indisciplinées pour combattre de vieilles trou<pes ; il n^avait cessé aussi de réclamer des renforts et de protester avec énergie contre le dénunicnt daiiîj lequel on le laissait. Les derniers revers devaient donc être imputés non au général mais h ceux qui avaient eu la prétention de diriger les opérations mi" litaîres de Bruxelles, et dont les ordres ridicules et la coupable négligence avaient découragé Tai mée. Du reste, le mouvement rétrograde des Belges n'eut pas toutes les suites que Ton pouvait craindre, Les Impériaux ne songeaient qu'^ prendre leurs quartiers d^hiver pour se réorganiser et remplir les vides que la désertion et les premières victoires des patriotes avaient faits dans leurs rangs. Ils se tinrent concentrés à Marche, Rochefort, Bavelange et les village* environnants< De son côté. Van der Mersch, à mesure qu'il orgenisait des volontaires» distribuait ses corps dans Namur et les environs. Quatre compagnies occupèrent le chûteau de Beauraing, pour couvrir au besoin la partie du territoire belge, depuis Boiivigne jusqu'à la frontière de France. Pour le moment, on ne devait pas redouter une attaque sérieuse de la part de Teonemi» parce qu'on savait qu'il avait ordre de garder la déi^* fensive; aussi, pendant les premiers mois de 4790, n'y eut-il au delà de la Meuse que quelques escarmouches sans importance entre des avant -postes et des patrouilles.