‹ Histoire de la Révolution Belge de 1790Chapitre 4 sur 12 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

L'ENTREVUE DE DOUAL

(depuis le mois d' avril jusqu'au mois de juin.)

Popularité de Vander Noot. — Circulaire du congrès contre les progressistes. — Vues et lyraiinic du porli oligarchique. — Financée de la république. — Tableau de Tarmée. — Déroute du 23 mai ; Kœhler et Sf'liœnfeld ; conduite équivoque de Schœnfeld. — La dérouteesl allribuée aux déniocraleà. -— Pouvoirs exorbilanls confiés à Schœnfeld. — Procès des ofliciers impliqués dans l'insurrection du mots d%\vril ; exécution d'un cadavre. — Mouvement dans la Flandre en faveur de Van dtr Merscli. — Vonck cl ses amis se rendent à Lille. - La Cullace de Gand — Nouvelle tentative du parti démocratique pour renverser les siatistcs ; indécision des chefs. — Entrevue de Douai en» tre Van Enpen el les ehefe des progressiateai iraa réeondliatSon eat décidée. ~ Letire adressée par Vonck et sca amis à Van Eopen. — Dénonciation infâme contre les vonckistca ; réaction violente. — Les journaux du clergé et les nioinea. — Nonvellca démarches da congrès auprès de La Fayette.

L'emprisonnemeiit de Van der Hersch» Texil auquel

s'étaient condamnés Vonck et seé amis, ne satisfirent pas les hommes passionnés qui commandaient à la plèbe. Tous les moyens étaient mis en œuvre pour entretenir l'irritation du peuple contre les progressistes et accroître l'influence de Van der Noot M de sa coterie. Uentbousiasmeque Ton aflBchait pour VArittide de la Belgique (c'était une des nombreuses qualifications hyperboliques dont on atTublait Van der Koot) était poussé jusqu'à la démence. On ne s'était pas contenté

VAN nKR NOOT.

de donner son nom à la rue qu'il liabilait (I), on promenait sans cesse son buste dans Bruxelles : il était placé dans tous les cabarets et entouré de cierges; un étranger entrail-il» il était forcé de s'agenouiller de* vant cette image sacrée et de la baiser! Le congrès hiiniême, quoiqu'il renfermât des hommes modérés et éclairés, partageait Tégarement général ; lui aussi s'in« quiétait moins des armées impériales que des protestations du parti démocratique. Dès le 10 mai, il avait requis les états provinciaux de prendre des mesures contre les trames des progressistes. « Outre les cnne- » mis du dehors que nous avons à combattre pour 9 affermir et consolider notre indépendance» disait-il» » il en existe d'autres plus dangereux encore dans le » sein de notre république, qui, oubliant ce qu'ils » doivent à leur patrie, à leurs concitoyens et à eux- » mêmes, tâchent de toutes parts de souffler la dis- » corde et la désunion parmi les bous liabitants. U » n'est rien qu'ils ne mettent en œuvre pour parvenir » au but de cette criminelle entreprise : les uns par- » courent successivement les différentes provinces de » l'Union poui' se former un parti, et d'autres se reti- » rent pour un moment sur les frontières de nos voi- » sins, pour y concerter leur plan avec plus de sécurité; » d'antres se servent d'émissaires qui vont répandre le 9 venin tant dans les villes qu'à la campagne. Dans ces » fâcheuses circonstances, nous devons tous nos soins, » toutes nos veilles, à pi'évenir cette dangereuse con- » tagion, et à arrêter le cours d'un mal qui entraine-

(0 Lq rue Neuve à Bruxelles ; on donna à Iq rue Royale le nom de ruedet Éiats; on appela la Moulugne de la Cour la Mmtagne du Con" gri», elc.

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f ti\t ?ii(stillib1eiti«tit ffl perte Ôê iMfe liberté y qoè

B nous avons si heurensomonl reconquise. » En conséquence le congrès inTifJiit les états à faire traiter comme vagabondé êt gens sans aveu iom ceux^ de quelque rang oë qoÉHté qtills Aimiit, qui eotreraieiit rar le lerri^ toire de là république oil te tiHAsporteraient d*mie province à Tatitre sans être muni^ d^ifn passe-port< Des journôlisies ecclésiastiques, conseillers ordinaires des conservateurs, prétendaient que Van der Mersch trahissait déjà la patrie à Turnhout, que les étala fàisaienl d»gmk dmg miUê ënê \vi bonhenr et la gloire dë la Belgique, que le but del démocrtilet était de diviser les esprits et les cœurs, d*affaiblir la soumission aux lois, d'énerver Fautorité et d'écraser le bon peuple, eo voulant faire aatant de rois ^ — qu'il y a d'individas pouf* en faire ensuite autant d*esclâvM| enfin ils ajontaient qa*il y i^Vatt entre l'hé» Msie deë Torickistes et celle des jatisÂiistes une fatalité d'analogie qui les identifiait; ils demandaient le i établissement de tous les couvents snp])rimé8 par Joseph II ^méme l'érection de nouveaux monastères» tonnaient eontre les spectodesi contre le luxe, contre la liberté de la presse et snrtoilt cdntre rassemblée nationale de France» VAmi des Belges, que nous ne faisons qu'analyser ici (I), conjurait les états de se montrer impitoyables à l'égard des propagateurs des idées nouvelles^ « Dana des temps plus tranquilles et où la révolution a serait mm% afiRurmie, disailril» on mépriserait ces a boute-feux ) tuais aujourd*hui il est néoe^ire de les a suivre de près et d'éclairer leurs démarches perdes.

(I) On dsstare ^ne ee JoariMl avait pour rételeur priodpal rex-Jéaailt Deëe^rti IntitneaMiit lié avao Ici aliMs Duvirier et Pellar, et pour collaiM>rateiir le prêtre Van der Elaken.

» Ce sont des ennemis de la patrie, qu'on doit d'autan^ » moins tolérer, qu'ils sont plus cachés et qu'ils paur » v^ni lui nuir« pins impunément. Oa pourrait ju^ » qo'i<4 aecuiar nos iieprésenUqto d'avoir usé de iwp » de leatair el de trop de eléaieoee. I# pradanoe eaû • quée sur les eireonstanees, le soin de niainteDir » Tordre et la paix dans toutes les provinces , leur im- » posent le devoir d'une sévérité inexorable. » Ces provoeeUoiis eurent de trustes résultats ; (:ajt bientôt b tyreanie, sorloai dans le Brabent, fut sabsiitu^ia aux anciens privilèges. Dans tons les aarrefours, dans toutes les places de Bruxelles on arborait le diap peau de la liberté, <et cependant des centaines de eitoyeas de tout iétai étaient saisis, jarréiés, injcarcérés daas les coq vents, inaltrailés» an pleîa joar» à la rua des ottciars de justice, sur fia aiaiple propos» ear oa léger soupçon, sans iaforaiation juridique, sans déeret quelconque et sans pouvoir obtenir qu'on leur fit jus?tice ou qu'on leur rendît du moins la justification pos^ aibie {i^l Le secret des postes était viiolé, les droits les plus iiaisrés étaient foulés aux pieds» car loa /états da Bfabant Bravaient pas craint d'iastitiier une <9oainiisr sion toute-puissaate sous le nom de e&mUé de hatUe . police (2). Ces persécutions exercées contre une foule ' de citoyens, arrêtaient les transactions commerciales, décourageaient les habitants honnêtes et paisibles» et rendaient le s^our de BmxeUes odien aiii^ aombiam étrangers qui avaient fixé leur résidaaae dans cette capitale autrefois si tranquille.

Le congrès s'était plaint à diverses reprises au}(. étots

(j) Vfi^f le Martyrologe helgique oa r«ii ét ftft 17.90. (S) Le eomte de Limminghe, le pcosioiiiMire Gossin, et De Noter, sya- 4ie dhme des ifaKone, fidsaieot |»«rlle de ce conilé.

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provinciaux de la tiédeur avec laquelle avait été accueillie la souscriplioii patriotu|iK'. « Si notre ennemi » en est informé, disait-il le A niai, il doit ne pas per- » dre absolument Tespoir de rentrer dans un pays où » les citoyenSy quoique riches» contribuent si peu pour » les dépenses publiques. » Deux jours après, il adressait aux états une nouvelle circulaire pour exciter leur zèle en leur faisant connaître sans d(''tour que Tindépendance pouvait ètie compiomise si Ton tardait encore à verser des fonds daus la caisse de la république : bYos Hautes Puissances savent» disait-il, quelles » dépenses énormes entraînent nécessairement la levée 1 etTentretien d'une armée, les préparatifs d'une cani- » pagne, surtout quand on j)aye les troupes à un taux » presque double de la plus haute paye que les puis- » sances de l'Europe ont jamais accordée à leurs trou- » pes... Toutes les provinces ont repris la régie des » moyens qui alimentaient autrefois le trésor royal; » quant à présent, il n'y a que le produit de la loterie » et des postes qui est versé directement dans la caisse » générale de la république; c'est une ressource qui ne » doit pas être prise en considération. U faut donc 1 compter qu'il n'entre dans le trésor de la république » que les sommes que les différentes provinces de Tu- » nion y font verser. Suivant l'aperçu que nous avons » fait par approximation , la d('»pense commune se » monte à présent à des sommes infiniment plus cousi- » rables que celles que les provinces fournissaient pour » l'entretien des troupes ; nous ne pouvons pas espérer » qu'elle diminuera avant que les achats en armes, » fournitures, chevaux, équipages et vivres soient en- » tièrement faits. Vouspouvez juger par là, combien il » est indispensable que yous fassiez verser dans la

j» caisse générale des sommes considérables. £a outre, 9 il est à craindre que nos ennemis ne cherchent tous

» lesmoyt'iis de nous faire manquer de fonds, soit en » les accaparant ou en les faisant exporter, soit en di- » minuant ou détruisant notre crédit. D'un autre côté, il

• est de notre devoir de prévoir l'événemeut où des n circonstances malheureuses nous ôteraient tout crë* 1» dR. Tontes ces considérations nous obligent à vous » engager, au nom de la chose publique et du salut de » la patrie, de vous mettre en garde contre les événe- » ments, en faisant rentrer, le plus tôt possible» tous » les arrérages des revenus publics» et en vous procu- » rant les plus fortes sommes que vous pourrez» soit 9 par la voie â*èmpmnt, soit autrement. »

Depuis ^arrestation de Van der Mersch, Tarraée belge se trouvait sous le commandement du baron de Schœnfeld. Elle se composait de onze régiments d'infanterie» quatre régiments de chasseurs» cinq régiments de cavalerie et un régiment d*artillerie. Quoique Ton eût déjà adopté la classification par numéros que le congrès avait prescrite, cependant la plupart des régiments étaient encore désignés par les noms des provinces» des villes» des abbayes même, où ils avaient été

* formés ; il y avait un régiment du Hainaui, un rigimmt dé Ifamur, un régiment de Wesê-Flandre, un régiment de Bruges y des dragons de Tongerloo, de Mons, de Flandre^ de Cumptighy etc.; on possédait aussi une lêgi<>n belgi- . gue» et plusieurs bataillons de volontaires, désignés pat* les noms de leurs chefs* L'infanterie légère se composait des chasseurs de Tongerloo ^ des chasseurs de £orangeais et de Marneffe, de la légion britannique et de la compagnie des Canaris. Ces trois derniers corps, auxquels il faut joindce les diagons de Flandre, le ré-

gtmenl de Knioaut et ceiQî de Naoïiir, pamie^t pour les plu$ bràyes et les mieux disciplinés de Tannée. La

légion britannique avait été créée pour faire croire aux Belges que TAngleteiie soutenait leur cause, Une es-

Sèce d'aventurier anglais s'était eilectivement chargé e lever ce corps dans son pays, mais il n'en avaiV pas o|>tçnii la permission du ministère i il avait néanmoins wMé clandestinement quelques hommes au delà de la Manche; d'autres Anglais qui se trouvaient en Flandre s'engagèrent aussi ; niais le reste, c'est-à-dire le plus grand nombre, se composait de Liégeoisi» d'Allemands et de 3elges, affublés d'habiu rouges. Les Camri$f que Ton appelait toujours les l^^ves OmariSt avaient povr chef Dumonceau, partisan intrépide, qui devait figurer un jour parmi les meilleurs généraux de l'empire français. L'origine de ce corps était aussi assez singulière ; lorsi^u'on forma le régiment de Namur, il se présenta desi bommes qui furent refnsés pour défaut de taille on filiblesse apparente de oonstitution; telle était oepen-^ dant leur bonne volonté, que l'on consentit à en faire une compagnie particulière, et, par mesure d'économie, o^ les Uabilla avec un drap de relMittOOuleur jaunàtie, 4*0Ù leur vint le nom de Canaris; leur uniforme était doQc un habit court jaune^ collet et parements noira (iK ^artillerie avait été réceiwvent organisée pur un miUi-

(1) Koy. les Lettre$ sur la révolution brabançonne, de M. Boi gnel, t. II. ^ LU»bé de Tuitgerloo s^étail déclaré le colonel de son régiment de dragons ; «t oa voyail le sabre uni à la mttre dans la personne de ce lirélal, «Cétail, dil Waller, le imtriota qui déployait le plus grand aèiei i^çm-^leflient il 4Ui| œaiq^ de rorganisation al du coot«iaaidfr> nept de ses deni régiments , mais l| se diargeail de la bénédicUon da la plupart des drapeaux destinés pour les volontaires et pour Tarmée, Ces cérémonies avalent souvent lieu à Bruxelles avee une fjrande pompe ds^r^iglisf 4f gaa|jlft««ttMa. a

Itiire Anglais, tâcticien habile, et eiclusivemeni ftbftOrbé {Mir les deiroirs de sa profession, M. lioehler, admié comme colotiel Au service de la Belgique bti tdois dë

février 1790; il s'était signalé auparavant comme aide de camp du général Elliot pendant les frois années dti siège de Gibraltar. Koehler avait établi dans Tarsenal de Nainur un atelier pour lA cônstruction des Affiàts dé canon à Takiglaise, et il en avait adopté renercice, comme étant le plus simple et le plus faciile à <[;once« voir. Chaque matin il exerçait les artilleurs avec dix pièces de canon, sur la place de Saint-Aubin et dans la cour du gouvernement; les après-midis, il les faisait mancenvrer hors de la ville et tirer à pondre. Eh k^iinld les soldats belges étaient aillmés du meiDenr espHt, pleins de bonne volonté, d'une bravoure incontestable! mais rinsubordinalion des inférieurs, les inimitiés qm existaient entre les chefs, enfin » Timpopularité de Schœnfeld , son antipathie bieh conilile pôhi* les oA« eiers qu'il savait attachés à son prédécesseur» tontes ceé causes paralysaient les meilleures inteiltions. Les soldats, ne connaissant pas le successeur de Van der Mersch, étaient inquiets, et il ne fallait plus qu'un dës^ astre pour leur faire perdre cette cottfiahce eA eilx« mêmes, qui avait tant coAtlribné à leurs pr^ièreA iià* toires.

Ce désastre ne se fit pas attendre ; il signala le début de Schœnfeld. L'armée patriotique était divisée en trois corps : îa colonne du centre, sous les ordres immédiats de Schœnfeld, avait son quartier général à AsseAse; celle de droite, sons les ordres dU comtë Henri du Châtel, à Beauraing ; et celle de gauche dans le Limbourg. Schœnfeld, décidé à reprendre l'offensive, avait développé son plan dans le congrès même

et Pavait fait approuver par le pouvoir exécutif; il consistait à pén(;trer dans le Luxembourg et à marcher sur Tennemi avec les trois cûioiwes, par trois différents endroits, mais dans le même moment* C'était un plan trop compliqué pour des troupes nouvellement levées; le secret d^ailleurs avait été éventé, vendu peut-être aux Autrichiens, et ils avaient résohi de prévenir les pati'ioles. Après avoir concentré des forces assez considérables dans les environs de Marche, ils tombèrent, le 18 mai, sur les avant-postes belges qui se trouvaient près du village de Sinsin ; et ceux-ci, sans opposer une résistance sérieuse, se replièrent, les uns sur Ciney, les autres sur Emptinnes. Ce premier échec irrita à tel point la populace de Naniur qu'elle mit au pillage trois maisons appartenant à des royalistes; il n'était pourtant que le prélude d'évâiements plus graves, Schœnfeld lui-même, qui avait fixé au 24 son attaque générale, fut surpris la veille par les ennemis et entraîné dans une déroute complète. 11 règne une certaine confusion dans le bulletin publié pai* le congrès ainsi que dans le rapport du comte de Baill^st^ Latour, commandant de Tannée autrichienne; la relation la plus claire et la plus curieuse est celle qui a été écrite par un aide de camp de Roehler (i) : « Le général Schœnfeld, dit-il, partit vers le 48 de mai pour prendre le commandement de Tarmée sur la vieille route : on confia celui de la nouvelle au comte Henri du Ghâtel. LWdre fut donné au colonel Roehler de tenir prête toute l'artillerie, et de se mettre en marche pour joindre, l'armée ; mais le manque de chevaux, le

(I) Le vicointo Vilain XIIII auquel on aUribue \esMétnoiret militairti MHV la eumpatjnc de i aymcc belgique (laHë Uê Poyff-Bllt mtifiehi«H$ ptm» la révQUaiQU tic I7U0.

peu d'expérience des canonniers, fit retarder jusque bien avant dans la joarnée le départ du train d*artiUerie. Enfin il se mit en marche avec 16 pièces de canon et

obusiers, malgré tous les obstacles et le manque de landons pour les chevaux de trait. Ce militaire, sachant apprécier les conséquences d'un retard, fit la plus grande diligence et arriva à Âssesse et à Emptinnes avec ce train d'artillerie» nn nombre suffisant de canônniers, et les caissons nécessaires pour le transport des munitions. M. de Schœnfeld avait établi son quartier général h ce dernier endroit : il était à dîner quand Tai tillerie arriva; il s'obstina à iaire rester le colonel Koehier, qui s'en défendit longtemps, alléguant qn*il ne pouvait abandonner son train d^artillerie, parce que les canonniers, étant fatigués, abandonneraient leurs canons, et que leur peu de subordination lui faisait craindre de ne pouvoir les rassembler dans an cas urgent. U fut néanmoins obligé d'acquiescer à cette invitation, et pendant le repas il ne fîit pas du tout question d'attaquer l'ennemi ; après le dîner, M. de Schœnfeld monta à cheval, M. Roehler raccompagna. Mais en sortant d'Emptinnes, il trouva, conune il l'avait prévu, tous les caissons pèle- mêle dans on chemin crenx, et les canons en avant abandonnés de -leurs canonniers; enfin, le désordre était si grand qu'il fut obligé de faire prendre les armes à des troupes cantonnées dans le voisinage, et d'user de menaces pour faire sortir ses canonniers des cabarets. M. de Schœnfeld était parti en avant, et n'avait laissé . d*aatreordreqaed*alleràPessonlx:Koehler arriva à ce village avec toute l'artillerie, sans aucune escorte; et ne pouvant exécuter Tordre qu'il avait reçu sans exposer l'artillerie à être surprise par l'ennemi, à cause

des cheiniiM crai)t, tnamr&fai» «t dominés de looft les Gètës, il prit une position avantageuse, sdr nne ban«»

tonr, afin de pouvoir se défendre en cas d'une attaque, et y établit le parc d'artillerie, en ordonnant à tous les officiers et canonniers de se trouver à ce parc au preioier signal de trois coups de canon. Le parc disposé, les sentinelles placées, et les canonniers logés dans les endroits les plus voisins, il retourna tranquil* lement à Pessoulx, où il rencontra M. Lejeiine, major du régiment n" 6, qui lui demanda où était M. de Schœnfeld, et où il tenait son quartier générai; disant qn'il était arrivé avec son bataillon dans ce village^ et qu'il devait y attendre des ordres ultérieurs. Dans l'après-midi, le colonel étant monté à cheval j)our re* connaître le pays, fut très-étonné, en arrivant piès du parc de l'artillerie, de voir dans le lointain beaucoup de fumée et des villages en feu; ne pouvant s^imaginer d'où cet accident provenait, ni quelles suites il pour* raît avoir^ il n'hésita pas, d'après ses propres lumières, de faire tirer les trois coups de canon qu'il avait désignés pour le signal d'alarme : les canonniers et artilleurs rejoignirent leurs. postes avec beaucoup de promptitude, et tout fut bientôt en état de défense. Le major Lejeune se rangea en bataille avec sa troupe et forma une ligne don ière les canons. Cependant le feu augmentant et s'ap[>rochant visiblement, on ne douta plus que ce ne fussent les ennemis : en conséquence» le colonel détacha deux compagnies et deux pièces de canon, qu'il iEmvoya en avant pour -agir selon les cir» constanoes, on bien pour protéger nne retraite dans le besoin. Lui-même, à la tète de ces deux compagnies, ne put plus douter d'une déroute complète dans la colonne qui étak partie sous les ordres de Schcenfeld.

La ploparl des soldats avaîelit jeté leurs antaet pour se totiver, et coaraieot de tous eOtés en désordre) il se donna les pins grandes peines ponr les rallier : mais

voyant l'impossibilité d*en venir à bout, il plaça une compagnie de |)ontonniers, qui étaient sous ses ordres, derrière la ligne des canons; il arrêta ainsi un grand nombre de fuyards, et panrini à rallier à peu près 5,000 hommes qu'il rangea en bataille avec le bâtait Ion du major Lejeune. Cette colonne de fuyards aVait • déjà perdu ou abandonné onze pièces de canon. J^s Autrichiens, remis du désordre qui les avait accompagnés en partant des Pays-Bas» poursuivaient cette colonne débandée à pas lents, mais avec assnrancei M. Koehler, toujours attentif à leur moavemeni, testa ferme avec toiite son artillerie sur la hauteur de Pee* soulx. En téle, à environ 800 pas de là, il y avait un petit bois dont les ennemis s'étaient servis pour mener leur artillerie à couvert^ et ils s'avançaient en colonne, ne croyant pas rencontrer une batterie qni déminait sur eux : au quatrième coup de canon qa'ils tirèrent» il fit jouer avec tant d'effet tous ses canons et obusiers qu'il fit taire ceux des ennemis, et même démonta unô de leurs pièces. Les Autrichiens se retirèrent en un plus grand désordre que celui dans lequel, peu d'instants auparavant, ite avaient jeté la colonne de Schœnfeld. Ils se gardèrent bien, cette ndit-là, de faire de nouvelles tentatives, ni d'autres mouvements* Tout était tort tranquille et hors d'inquiétude, quand deux heures après, au grand étonnement de tout le monde, le général Sohœnfeld envoya ordre âiii colonel Koehler de faire les dispositions d'une retraite, et de placer à l'arrière garde doux pièces de canon. On se mit eu marche pour aller à £mptinues; mais tout était

dans le plus grand désordre, quand lui, qui avait toujours couvert la retraite de cette colonne débandée» reçut un second ordre de se porter de suite yers Gnej» entre Emptinnes et Dinant... Vers les quatre heures du

matin, un des aides de camp du général en chef étant venu lui porter un nouvel ordre de se replier de suite vers Rraptinnes, il se mit en marche; et y étant arrivé, il apprit qu*on devait se retirer jusqu'à Assesse. Les motifs de cet ordre avaient été donnés en conséquence de la nouvelle qu'on avait reçue de la défaite totale et de la retraite de la colonne sous les ordres du comte Henri du Châtel... Arrivé à Assesse, sans voir la moindre apparence d'ennemi, le colonel Koehler, continuant toujours à couvrir la retraite, se détacha de suite pour élever des batteries sur des hauteurs avantageuses, et prit possession des postes presque' inattaquables. Telle était la situation de cette colonne quand Tordre arriva de se retirer vers Namur. Malgré toutes les perquisitions qu'on a pu faire pour savoir la raison de cette retraite, on n*a pu y parvenir ; on a appris seulement que des officiers peu Instruits avaient fait des rapports vagues, et sans preuves ni vraisemblance, que l'ennemi était en chemin pour les couper près de cette ville : enfin» voilà toute la colonne encore une fois en mouvement» pour rétrograder vers la ville. Le colonel, toujours à l'arrière-garde» suivait le corps d'armée à une demi-lieue de distance, s'arrétant de temps en temps dans les positions favorables pour couvrir la retraite, et continua ainsi sa marche jusqu'à la vue de Namur, sur une hauteur nommée Vivierl'Agneau. Là il fit faire halte à son arrière-garde» et dit à ceux qui étaient avec lui qu'il n'irait pas plus loin sans recevoir des ordres positifs, alléguant que

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c'était une très-bonne position pour se défendre même contre toute Tarmée des Autrichiens. Le général Schoeiifeld, arrivant sar ses entrefaites» iai demanda ce qu*il faisait en cet endroit; le oolonel lai répondit

qu'il attendait ses ordres : sur quoi, le général lui ordonna de rontinuer sa route et d'aller à Namur. Le colonel étonné répéta en propres, termes aux soldats : « Le général Schœnfeld vous ordonne de marcher k Mamur. i Mais étant à une demi-portéé de canon de la porte, avec les deux pièces de retraite, et la plus grande partie de l'armée étant déjà entrée dans la ville, ainsi que toute l'artillerie, le général en chef sortit de la ville, et demanda encore une fois à M. Koehler où il allait : ce colonel, toujours prêt à agir on à obéir, lui. répondit qu'il n*attendait que ses ordres. Le général lui ayant ordonné de retourner sur ses pas, il fut jusqu'à Andoy, où il établit sur une hauteur le parc d'artillerie. Après la défaite des patriotes, les Autrichiens prirent poste à Assesse, à trois lieues de Namur, en poussant leur aile droite à Haltisne, ce qui les rendait maîtres de presque toute la route de Ciney vers Andeune. Schœnfeld établit son quartier général à Andoy, à une lieue de Namur, et Koehler porta le sien à Bouvignes.

Évidemment, Schœnfeld n'avait rien fait pour ar« réter la déroute dés patriotes» et sa mauvaise humeur contre Koehler donnait lieu à dVtranges soupçons. Schœnfeld néanmoins, payant d'audace, osa écrire ce qui suit aux. députés du congrès qui résidaient à Namur : « Je me suis vu forcé de prendre le poste d'An- » doy; les traîtres ne cessent de répandre que nous > sommes coupés de àeux côtés : le soldat est con- » stemé, mais ne murmure pas; l'officier est de bonne

» volonté, mais me témoigne qu'il cmlnt de ne poâ» Ji voircontenir le soldat; et en effet, la prévention est si » forte que si quelqu'un s'avisait de crier au moment i de les oieltre en bataillei qu*OD eèl coupéi ib jette* B raient tous les aniiee%%. » E& envoyant cette lettre an congrès» les députés racoompagnèretit des réflexions suivantes dont on pouvait aisément deviner la source : « Nous n'attribuons ces désastres qu'aux suites fâ* » cheuses de Vitifernale coèa^ dont le germe semble s éolore de nouveau; nous croyons que notre ressource » serait de rassedlMer le plus tôt possible des diffé^ » rentes villes^ les volontAires les plus déterminés pour » se rendre ici à notre premièie réquisition et en im- » poser par leur exemple et leurs principes à une * armée dont surtout une partie des officiers répandent ji une contagion qui pourrait nous devenir funeste».é » Dès le 28 mal, le congrès, toujours prévenu en faveur de son général, lui déféra une dictature momentanée; il était autorisé à punir, sans aucune l'orme de procès, de mort ou autrement, dans le flagrant délit d'une actimi ou sur le champ de bataille^ tout militaire» sans en excepter les officiers» qui tnanquerail à son devoir) on lui accordait aussi la collation de tous les grades^ à l'exception de ceux de l'étal-niajur, pour lesquels il n'avait que le droit de présentation. Mais Scliœnfeld n'usa de ce pouvoir dictatorial que pour punir ou renvoyer les meilleurs officiers» c'est^^lire tous ceux qui regrettaieni Van der Hersob; et bientôt on compta pins de quatre cents personnes enveloppées dans la disgrâce du vainqueur de Turuliout (1). Les reprëseu-

(t) Parmi les officiers eniprisnnn<^s , on rcmnrqufiil les frénéraiix- Billjors cotDte deRozière, le coiiUe de Dolomieu, le buruu de kleiacn-

tants du congrès à Namur, croyant aussi qu'il était urgent de rétablir 1» di^plioe, espérèrent atteindre

ee but en publiait w eode iDilit»ire d'uae «é^lé excessive; les coqps de plat de sabre, les vevges, la

inarque, la peine de mort y étaient prodigués (\), a Mais un semblable règlement, qui semblait plutôt fait fK)ur des Kalmouks ou des Valaques que pour des Belges, ne pouvait manquer» dit Walk r, de causer un lOéco^teaiemeni général, tani dans Tamée que dans les provinces.' La députation du oodiigrès souverain, voulant faire acte de sévérité et d'énergie, passa aux yeux du public pour avoir commis un acte de faiblesse, en souscrivant aux dispositions d'un document aussi antipathique aux meenra de la nation. On n'en amenda pas tes odieuses dis[)osition&, prehableaient par égard pour le général qui les av^it dictées; mais on n'y domia pas suite. »

Le congrès, irrité contre les ofiiciers qui s'étaieni montrés ses ^emis» institua à Namur «ne conmis^ lion de guerre pour instruire leur procès. Tmi le monde s*attendait à de nombreuses poursuites, mais

la commission se borna à citer devant elle quatre officiers contumaces qui s'étaient retirés en France ('^) et qui se gardèrent bien de comparaitre. Cependant les officiers, déteni» dans les prisons» réclamaient instam** mçnt leur mise en jugement; et ces réclamations èoH barrassaîent beaucoup la commission. En effet, elle n'avait sur le compte de plusieurs de ces militaires que

^erg ; el parmi les ofiiciers démissionués , le généial-nAi^lor OMMe 13^.

(2) Le baron <lc llaack, le capiiaiue Laucretelle ; JMesseiuaekers el Pttsioels , a^udant» de Yaa der Mersdà.

des dénonciations vagues et sans preuves, et rien à articuler contre le plus grand nombre; si on leur reprochait leur conduite antérieure au 7 avril , il aurait fallu poulrsuivre la plus grande partie des officiers qui avaient servi sons les ordres de Van der Merscfa» et on aurait alors désorganisé presque entièrement Tarmée. • Les officiers demeurés libres réclamaient aussi justice en faveur de leurs frères d'armes arrêtés pour n'avoir fait que ce qu'ils avaient fait eux-mêmes. La commission publia enfin un avis pour inviter toutes . les personnes qui auraient quelque déposition à faire tant en faveur qu'à la charge des détenus à s'adresser avant un mois au président à Namur; la commission de haute police de Bruxelles publia un avis analogue relativement aux .officiers emprisonnés dans le couvent des Bladelonnettes. Tous furent mis en liberté, mais ils avaient subi une détention assez longue, et quelquesuns avaient été en butte à de mauvais traitements. La commission militaire de Namur avait cependant trouvé Foccasion de déployer une rigueur inouïe contre un cadavre. Le capitaine Fleury, Français, arrêté comme partisan de Van der Mersch, avait été incarcéré dans la prison civile de Namur et mis aux fers pour insoumission envers le geôlier. Ce malheureux, désespéré sans doute de se trouver dans une semblable position, se suicida» le 26 avril « dans son cachot. Alors le conseil de guerre exhuma une ancienne loi digne du moyen ftge, et dont on n'avait pas même conservé le souvenir, loi qui condamnait le suicidé à être traîné, sur une claie, à la potence et à y être suspendu par un pied pendant quatre heures: son cadavre devait être jeté ensuite à la voirie. Cette hideuse condamnation fut . prononcée et exécutée le 27 avrils sur la Grand^Plaoei

de Namur. Le cadavre da malkeiireiix Henry resta sospendn depuis onze heorë» da matin jusqu'à trois heures de rdé^, en présence des membres dn conseil de guerre qui se tenaient aux fenêtres de Tliôtel de ville. A trois heures, le bourreau alla couper la corde; le cadavre fut emporté dans un tombereau et enfoui dans nn des fossés de la ville (1).

Tandis que h déroute du 93 mai venait attrister le parti oligarchique, les démocrates se préparaient à lutter de nouveau contre lui pour le forcer à relâcher Van der Mersch. Le général conservait de nombreux partisans dans la Flandre, et ils ne cessaient de réclamer et de protester en sa faveur.

Lorsque Ton eut appris k Gand la translation de Van der Mersch à la citadelle d'Anvers, il s'était manifesté une grande fermentation dans le public. Les états de Flandre, quoique dévoués à Topinion conservatrice, avaient été obligés d'accueillir une demande qui leur était adressée par les volontaires , d'envoyer des députés à la citadelle d'Anvers pour s'assurer par eux-mêmes du traitement qu'on faisait éprouver au général. Le congrès ne s'étant pas opposé à cette démarche» trois volontaires de Gand ^rent, le 19 avril» un libre accès auprès da prisonnier* Celui-ci ne se ^ plaignit en aucune manière du traitement personnel auquel il était soumis; il continua seulement de protester contre sa détention à la citadelle. Les volontaires députés rendirent compte dans ce sens aux états de Flandre, et Tirritatiou du peuple se calma un peu. Vonck et ses trois amis» qui avaient été rejoints à Givet par le baron de Haack, ne s'intéressaient pas moins au

(1) Ces déiaiU oui éU paisés dans les Mémoim de Walter. u 14

sort de Van der Mersch. Us appréciaient tontes les conséquences que pouvait avoir la détention du vainqueur de Turi^MHit : ils avaient appris que des officiers bdgea» tu service de rAulrîcbe» éerivaieoi à leurs amis de GiVet que cet événement hâterait leur retour à Bruxelles; d'autre part, ils voyaient arriver journellement de nombreux déserteurs de Tariuée patriotique qui déclaraient ne pas vouloir être commandés par un Prussien hérétique. Après avoir séjourné douze ou ' treiie jours à Givet, les réfugiés se rendirent à Vslencîennes pour se rspprochér de Ssndelin, qui était chargé de la défense de Van der Mersch. A une demilieue de cette ville ils trouvèj ent, dans son château de AaismeSy le comte de La Mai ck qui déplorait également h détention de Van der Mersch et qui manifestait des eraintes sérieuses au sujet des dispositions de la Prusse. Comme l'agitation avait recommencé dans la Flandre, Vonck et ses amis jugèrent que les circonstances exigeaient leur présence à Lille pour être plus à même de diriger le mouvement. Ils arrivèrent à Lille a» commencemont du mdis de mai, et ils trouvèrent dans cette ville plusieurs signalairea de l'adresse du 45 mars, M. d Otrenge, entre aulres, ainsi que le vicomte deWalckiersqni avait loué le château de llem (1).

La bourgeoisie de la Flandre montrait alors une énetgie remarquable. Déjà la collace de Gand avait reconquis toute son influence en faisant promulguer par le magistrat (27 avril) un règlement démocralique pour le renouvellement de rassemblée, fixé au 2 mai. Il avait été statué que les niend^res de la collace, au nombre de qujMrante-neuf (sept pour chacune des pa-

(1) NttÊfdm mtm^9 tmmrkiii§ÊÊh pw IA9-m.

— iM —

roisses de la villo) seraient choisis par des électeurs, délégués à cette fin par chacun des vainnages et que les fonctions des nouveaux membres durement deus ans. L'élection s^tait faite au jour marqué avec beanconp d'ordre et , dans chaque paroisse , on avait élu un noble, un avocat ou procureur, des commerçants et des membres des métiers, presque tous favorables à Topinion progressive. Le i5 mai, l'assemblée renouvelée avait adopté un règlement intérieur qui supprimait les derniers vestiges de la coneesdm CaroUnê, et les ^ts s»vaient été obligés de dissimuler leur mauvaise humeur. Dans d'autres villes de la Flandre, l'opinion démocratique avait également rallié tous ceux qu'indignaient l'arrestation de Yan der Mersch et surtout les. nouvelles instructions données par le congrès pour rendre sa captivité plus étroite (i). Les démocrates de

(1) Le congrès venait de «ioiiner de oouf elles instriiclioiis au cornilé miliUure d'Anvers chargé 4^ la garde de Van der Mersch à la ciiadelle. Il en résalinli unredonblënieiit de rigueurs poiir lu} ; sa'iremaie mèine,qai était allée le joindre, fut sonmîse ao régime de la prison. Voiei les inttrnelions da congrès ; — ùetnande du comité : Devons-noos permettra à M. VaQ dar Marach de se proanener Ubfement et partent dans la titadelle? — Ripante du congrht. Oni , mai^ i|eaz ordonniinces le aolvront, aana pourtant le génor, jusqu'à novvel ordre. ~ D. UevonsHioaa lui , accorder une pleine liberté de corrcspondaneo éjn'stolnire sans en prendre in<?peelion? — R. Aucune quelcon«nie , et vous enverrez directement au conjrrès tout ce que vous intercepterez à ce sujet, s<iit de ses lettres à lui, soit de colles qu'il serait dans le cas de rccevoii-? — D. Devonsnous lui interdire toute communication verbale, suit avec les bourgeois de la ciladcUc, suit avec d'autres personnes ? — R. Aucun étranger à la eiladelle ne pourra y entrer { quant aux bourgeois , voni devez leseon- Battre et y porter an cbU altenlif pour éviter et prévenir tonte eorrespondanee avee ceux qui n^appartiennent pas à la eitadelle. — D, Les frais de sa nonrritnre et de sa famille sonl^ils 6 sa charge , on k celle des élata? — Jt. Dans le cas de déboursés, vous en liendrei note, et ne faites pas de difllenlté à ce n^et. — D. 11"^ Van der Merseh est-elle ans

Conrlrai «urtoot avaient témoigné haotement l^estime

qu'ils conservaient pour Tillustre prisonnier : ils avaient étalé son portrait, orné d'une couronne civique, dans une maison qu'ils illuminèrent, et les jeunes gens de la ville ainsi qae les paysans des environs étaient accourus en foule pour rendre hommage au premier général de la république belge. L*eiaspération notait pas moins grande parmi les volontaires de Bruges et d'Ostende.

Or les chefs du parti démocratique, parfaitement informés de tout ce qui se passait dans le pays, réso* lurent de pousser les Flamands à une insurrection ouverte; ils instituèrent» sur le modèle de Tancieniie association pro ariê ti foeiêj une nouvelle société pro patria; ils répandirent ses statuts, firent des enrôlements, ouvrirent enfin des souscriptions pour subvenir aux frais de l'expédition qu'ils méditaient. Plu» sieurs corps de volontaires furent informés, de la part du comité de Lille, que le seul moyen de forcer le congrès à écouter le vœu du peuple était de former dans la ville de Gand une coalition de toutes les corporations militaires de la Flandre, et d'y réitérer, les armes à la main, la demande de la délivrance de Van der Hersch, avec menace» en cas de refus» d'arrêter les députés de la province et de marcher sur Anvers pour • forcer la prison du général. Mais le projet ultérieur restait un secret connu seulement des chefs de la conspiration. Ceux-ci se flattaient que le congrès, aussi bien que les états de Flandre, intimidés par cette manifestation» auraient rendu la liberté à Van der Mersch; ils auraient alors insisté pour qu*il fût rétabli dans le

nrrélsounon? — R. Sans être aux arrêts, elle ne peut pas sortir, ni voir, ut recevoir du monde, de mèioe que ses domesUques. •

commandement de Tarmée, et, après avoir obtenu cette nouvelle concession, ils auraient fait agir les démocrates de Bruxelles pour abattre déûnitiveaieiit le eoDgrte el les états de Brabanl. Lft i^amte de ce projet assez compliqué était incertaine; mais on pouwt da moins compter sur Tinsarrection de la Flandre. Cependant les réfugiés de Lille difTéraient d'opinion sur le parti qu'ils tireraient de leur victoire; les uns ne voulaient pas désespérer de Tindépendance du pays, les autres désiraient un accommodâncait avecLéqpokU Ces derniers avaient été droonvenos par un hoinme que Ton croyait démocrate mncère et qui ne travaillait que dans Fintérôt des gouverneurs généraux; ce personnage, qui avait siégé au congrès, était M. Wildt, conseiller pensionnaire des états de Limbourg ; il avait pour auxiliaire un aventurier français» qui s'était aSîiblé d'un titre nobiliaire» mais dont le véritable nom était Robineau : ce misérable avait servi et trahi tour à tour, comme espion, tous les partis. Vonck se déflait de lui; mais il ne suspectait pas la bonne foi de Wildt, et celui-ci put ainsi préparer les esprits les moins fermes à Tidée d'une restauration; dé^ même il avait suggéré l'envoi d'une personne de confiance auprès des gouverneurs généraux à Bonn, pour sonder les intentions du souverain à Tégard de Topinion démocratique (1). Cependant Vonck, qui avait naguère résisté aux tentatives de corruption d'un agent du comte de Mercy (2)» ne se laissa convaincre ni par Wildt ni par

(1) Cest U. Borgne! qni » dans, son BUtoin dtê B0l$99, t Uâl eoBnallre le premier le rôle qoe WiMt «YtiC aeeeplé auprès des vonckisies.

(S) Ce fait est consigné dans la eorrcspondanee de Vonrk , déposée à la bibliothèque de Bourgogne, h Bruxelles. Par une lettre du 50 novfBH bre 1791 V le eonste de Proli (e'étaii Taneien agent da eomle de Merey)

le iMNMte dt La Marek Inî-méme, qui, de reCear à Paris,

n'hésitait plus à plaider chaleureusement dans ses lettre8 la cause de Lf'opold. Yonrk et ses amis les plus iQtim^9 reiUieat fidèles à leurs premières convictions.

Sur cea eotrefoitea les préparalifa de l'expédition prcjetée a'acheiraieiit i en avait enrégimenté des hommes, on pouvait compter sur le i^neours des volontaires de la plupart des villes de la Flandre, et Ton était sûr des Gantois , qui avaient promis d'ouvrir leurs portes à l'armée démocratique. Mais lorsque le jour de la marche était déjà annoncé, les oheCit reculant encore nne fois devant nne guerre civile, résolurent de différer et d'attendre Teffet du second mémoire que Sandelin venait de publier en faveur du général Van der Mersch (18 mai). Ce mémoire malheureusement ne produisit pas refîet qu'on CQ attendait 9 car il Ait déféré au conseil de Brabant qui prenons bientôt contre son auteur un décret de prise de corps c comme i*ékm$ rendu criminel de lèsencUion en premier chef. » Une circonstance tout à fait inattendue contribua à prolonger l'incertitude des çhefs de l'opinion démocratique ; des démarches étaient &i(es pour opérer une nouvelle fusion des partis par Van Eupen lui-même, qui se séparait en cette circonstance de Van der Noot et des exagérés. Soupçonnant enfin que l'appui prêté aux Belges par la Prusse et les

prié Vonek de prendre 000s sa protection vu jonrnel qo*il va fonder à Paris foos le titre de Camopolxte ,• et il ajoute : « Je ?oai recommando ma très-petite afiaire «too plus de ebaleur qve je n'en aurais mis autrefois à en recommander aoe Irès-grondc. » Sur le lios de celte lettre, Yonck a écrit de sa main r « I a grnndc aiïaire dont M. de Pi oli fait mention, est celle lorsqu'il m'esl venu vuir à Valenciennes , pour me faire l*<^re de deu^ miliioM de la part do M. le eomte de Merey. •

Pro¥iiiG«8*Uiiîet caehtH wn piège, il radait se rapprocher de la France et fonder le salut de la révolution sur l'union des coiisci valeurs et des progressistes. Accoiiipagnë de MM. de Thiennes, député du Uainaut^ et Deswet, député d'Alost, \m £ypen se rendit à Douait où M. de la Sonde», un des ageata de La Fayette» Iqi ayait ménagé une conférence a^ M» Cornet de Grez. Van Eu[)en ayant témoigné le désir de voir les chefs des démocrates, M. de Grez se prêta à cette deipdnde et envoya le comte de Proli à UUe pour avertir Vonck et ses amis. Cependant l'ajoui nemeut de Tin* sQrrection de ia Flandre allait être fatal aux démo* crates; Tespion, qui s'était glissé dans leurs rangs, ayant su leurs projets par M. Wildt, les vendit à Van der Noot, pour la somme de deux cents louis d'or, en y rattachant une conspiration épouvantable qui devait éclater à Bruxelles. Les aristocrates s'empres^ sèrent de profiter de cette dénonciation; ils mireat immédiatement Jeiirs émissaires ep campagne; des moines, surtout des capucins, parcoururent les villes et les villages de la Flandre , déclamant contre les vonckistes, et les accusant de vouloir opérer une contrerévolution au profit de la maison d^W^^M^be* Ces inai«> nuations refroidire^( |e «èle d'un gnuid nonibre des partisans de Vonclc et eurent surtout beaucoup d^infiuence sur l'esprit crédule des paysans. Lorsque le comité de Lille eut enfin fait connaitre qu'il fixait au 28 mai l'exécution du complot, cette nouvelle fut accueillie sans enthousiasipe» Tout devait se tourner contre le comité : il coQipt^kit sur le secours des voIcHir taires de Tournai , mais leur colope) s'était laissé séduire par les aristocrates; les volontaires d'Ostende et de Tourhout, restés fidèles, devaient se joipdre à

Peteghem , mais ils forent avertis trop tard. Le S8 mai

étant arrivé, rinvasiou eut lieu, mais elle n'était plus à craindre : une troupe de 500 hommes seulement» composée en partie d'enrôlés et en partie des volontaires de Menin, entra, vers le soir, à Gourtrai , oondulte par le baron de Haack et accompagnée de Weemaels , Sandelin et Yerlooy. Les eonjarës firent battre la caisse et ofifrirent 44 sols par jour à ceux qui s'engageraient pour aller délivrer le général Van der Mersch; cette offre même ne séduisit pas le peuple, et ils firent peu de recrues. Le lendemain au matin» ayant forcé l'entrée du dodier de Téglise, ils sonnèrent tout aussi vainement le tocsin ; enfin , sur les instances da magistrat, ils sortirent de la ville et ne tardèrent pas à se disperser. L'issue de cette expédition indigna surtout les volontaires de Gand , qui s'étaient tenus prêts jusqu'au dernier moment à ouvrir les portes de leur ville aux libérateurs de Van der H ersch.

L'entrevue des députés du congrès avec les chefs de Topinion démocratique eut lieu deux jours après (31 mai). Yonck, retenu à Lille par une sanlé chancelante, n'assista pas à cette conférence; mais il y était repr^enté par ses intimes amis, par d'Aubremez et par Sanddin, Yerlooy et Weemaels> qui avaient dirigé la dernière expédition. £n arrivant à Douai, ils virent un grand tumulte : le peuple menaçait de la lanterne les représentants de Toligarchie belge; leur premier soin fut d'intercéder pour leurs adversaires. L'entrevue fut néanmoins très -orageuse (i). Yan £upen ayant voulu protester de son innocence et de la droiture des intentions du congrès, Sandelin répondit par uu tableau

(1) Vojf. \9 Mémoire hittorique pour Vun dtr Mtraek, etiap. Yll.

énergique de la conduite barbare des conservateurs à l'égard des progressistes. Le secrétaire d'État de rUnion rejeta alors tout l'odieux de cet état de choses sur Van der Noot, sur sa famille el sur les doyens de Bruxelles; il avoua que le navire ne pouvait vaguer de la façon dont il était conduit; il déclara môme que la république n'avait rien à attendre de la Prusse et que son unique espoir résidait dans l'appui de la France. Pour rétablir Funion des partis» il fut enfin décidé que Van der Mersch et tous ses partisans, ainsi que les autres citoyens détenus, seraient relâchés ; .que tous les démocrates fugitifs reviendraient libres à Bruxelles; qu'on y ouvrirait des conférences pour concilier les deux systèmes ; et qu'on enverrait dans l'entrefaite des députés à Paris, pour connaître les intentions de la France et implorer sa protection. Van Eupen , alors de très-bonne foi, s'engagea à faire approuver ces préliminaires par le congrès, et les deux autres députés ratifièrent sa promesse (1). On se sépara, après qu'il eut été OHivenu en outre que les démocrates feraient les premierspas vers la réconciliation désirée de partetd'autre. De retour à Lille, les chefs des démocrates rendirent compte de cette conférence à Vonck, et il fut décidé, malgré tous les efforts de Wildt dont cette réconciliation renversait les projets, qu'on tiendrait loyalement la promesse faite aux députés du congrès. En conséquence la lettre suivante, datée du i** juin, fut adressée à Van Eupen par Vonck, Sandelin, Ver^ looy, Weemaels et d'Aubremez : « D'après le tableau » touchant qu'une personne très-respectable nous a » tracé de la situation malheureuse de la république»

(I) Vmf* va» nole.oQiiip1éMit«ire du» lét Pièe9i/utitfU9ik>n,

» diaprés les agsiirancos et les preuves qui nous ont » été données, que Ton s'occupe d'une parfaite et » sincère réconciliation, ainsi qu'à terminer d'une ma- » nière légale et convenable Taffaîre du général Van » der Mer^ch, nous serions indignes d'être comptés an » nombre des vrais citoyens « nous serions indignes » d'élre Belges, si nous hésitions une minute de voler » au devant de ces dispositions et d'exprimer nos i> vérititbles sentiments. Après avoir contribué, avec » un zèle et un courage infatigables, à secouer le pép uîble joug autrichien t une trop ftaneste division a » troublé le bonheur de notre liberté, et nne fenle de » maux en ont été la suite. Proscrits et persécutés, » nous avons eu de plus la douleur amére de nous voir j> calomnieusement taxer par des libelles, comme cou- » pables de former Tborrible intention de reforger les M fers que nous avons brisés { Gomme il est au-dessus » de Thumanité de renoncer pour toujours k la patrie, » à son existence, les efforts, les mouvements, qui de » notre part en sont une suite bien naturelle, ne ser- » vent qu'à aigrir, qu'à attiser de plus en plus le feu » fatal de cette division, qui détruit la force et l'éner- » gie de lu républiqna » qui la déshonore aux yeux des » puissances étrangères, qui peut-être la fait mépriser, n et qui pourrait finir par la reudre la proie des in<* n trigues de nos ennemis communs. Mais nous sommes » Belges; cette juste terreur ne laisse dans notre âme a d'autre sentiment que Famour de la patrie : son a salut périclite» et notre premier devoir, le devoir le » plus sacré du citoyen, c'est de lui faire, pour la » sauver, le sacrifice de tout ressentiment et de toute » animosité. Puisse cet hommage pur, puisse cette

> abnégation, sincère et vraimant patriotique, oon-

» vaincre cette patrie oombieii pen noas m)fis mérité

» d'être persécutés ! puisse ce sentiment vraiment senti j) prouver à nos concitoyens, que nous fûmes et sommes — » toujours frères 9 que Léopold et ses adhérents sont » et seroBt toujours îiiMrîaUemeitf , autant qu'ils peujiyent être pour eux, nos premiers ennemis^ nos ffré0(Hi0i(îoNef. Si donc nos concitoyens 3» partagent avec nous le vœu pour une réconciliation » parfaite et sincère, pour une concorde générale; si j» Famour et le salut de la patrie allument dans leur » âme le même feu que dans la nêtra; si la gloire, » Findépendance et la félicité , de la .république les » animent autant que nous, qu'ils tendàit vers nous » leurs bras fraternels , comme nous tendons les nôtres » vers eux, vers notre patrie; qu'une inviolable réconj» dliation éteigne à jamais le feu de cette fatale dis-> a corde; qu'il ne nous resteà Ions de nos mân passés » que la joie de les avoir terminés à temps, et la ferme » résolution d^éviter à jamais tout ce qui pourrait en . » enfanter de semblables; que la première gloire de la » république soit l'ouvrage de notre union , que cette » union soit la base de la force, et nmi serons invin- . » eibkê, et notre ennemi commun, désespéré de s'avoir ji pu bire de notre discorde l'appui de sa foroe, Tin* » strument de ses intrigues et le trophée de ses succès, » sentira bientôt que les cœurs des Belges réunis sont j» un rempart inexpugnable pour leur liberté et leur j> indépendance. Quant à Falfaire du général Van der » Mersch, on sait combien il est et fut toujours inea* » paMe d'une trahison ; un élan patrîotiipie, que la » détresse suscita dans Tannée et qui aurait inévita* » blement produit des inquiétudes, bien plus grandes » et |)ius sérieuses» s'il n'avait fini par y adhérer» ne

D peut être un crime pour la nation, surtout dans un » homme qui a si bien mérité de la patrie, et rien » n'est plus facile que de In terminer. Voilà notre pro- » fnsioB de foi, le tobb de notre âne, et là preuve » non équivoque de notre amonr ponr k patrie : c>8t » cet amour pur et sincère qui dicte notre lettre , qui 9 motive notre démarche et qui nous fait attendre et » désirer avec la plus vive impatience une réponse qui » puisse remplir nos voeux. »

Quand cette lettre si eoncBiante arriva an congrès» une nouvelle réaction venait d'éclater avec une violence inouïe contre les démocrates. Feignant de croire à Finfâme dénonciation de Robineau, les meneurs du congrès avaient répandu le bruit que les démocrates de Bmidles avaient résolu d'assassiner rarehevéque de MaUneSy Yan der Noot, le baron Yan der Haghen« général des volontaires, et Francken, lientenattt-câonel de la place, au milieu de la procession qui devait avoir lieu le 30 mai, fête de la Trinité, à l'occasion d'un jubilé célébré dans Téglise de la Chapelle. On combinait ce complot avec la déroute de Tarmée, avec les mouvements qui se manifestaient en Flandre , et on accusait les vonckistes d'avoir imaginé un plan qui devait entraîner la perte de la république. L'absurde calomnie, forgée par un misérable espion et amplifiée par des imbéciles, obtint créance dans le public; et, dès le 37 mai, tontes les mesures furent prises pour déjouer la prétendue conspiration. Les doyens convoquèrent les bourgeois; des patrouilles parcoururent la ville; des canons furent braqués dans les rues; on fouilla les maisons pour y chercher les armes qu'on supposait y être cachées ; tous les signataires de la c^ lèbre adresse du IS mars, restés à Bruxelles, furent

arrêtés; on entassa dans les prisons et les oonvents toutes les personnes suspectes de vonckisme ou de royalisme, et, en trois jours, le nombre des prisonniers s'éleva à plus de deux cents (1). Le tocsin tintait en même temps dans les villes environnantes , et les habitants y étaient aussi appelés aux armes pour défendre le congrès et les états. Bientôt on avait vu arriver de Louvain un corps de mille patriotes avec quatre pièces de canon; on avait vu accourir de tous les côtés des troupes de paysans, précédés de leurs curés à cheval et Tépée à la main (2). Rangés sous une bannière ornée du portrait de Yan der Noot et armés de bâtons, de haches, de faulx, de fusils» ces villageois se mettaient en bataille devant Fhôtd de ville, où siégeaient les états de Brabant, montraient leur cœur et leur bras droit, et accompagnaient ces gestes expressifs de cris qui perçaient les airs.

Tous les moyens étaient d'ailleurs employés pour fanatiser la multitude, pour entretenir son ressentiment contre les progressistes. La fureur des gazetters de Toligarchie ne connaissait plus de bornes. « Vous » êtes nés pour la guerre , s'écriait VAmi dea Belges en » s'adressant aux vonckistes. £h bien , passez chez les » royalistes pour la faire ouvertement à la patrie. Quel » plaisir pour vous de nager dans le sang et le carnage

(I) Il résolte d*Dn rapport aditaé par M. WildI aax soBTemmira

gént^raux qu'à Bruxelles trois particuliers seulement connaissaieot les projets du comité de Lille. « Parmi le nombre prodigicttx des personnes que les états ont fait arrêter à Bruxelles, ajonte>t-il, son? prétexte d'une conspiration démocratique , il n'y en avait aucun qui fût iii''orraé de ce projet, et les trois qui en étaient informés n'ont pas été arrêtés et ont eu tout le temps de se retirer. » Pièces justiiicalives deVhùitoire des Belges à Ui fin du xviii« sicelc , t. 1er, p, 283. (âj Le 8 juin, 20,000 paysans arrivèrent à Bruxelles.

9 de vos cûncitoyeos! Mais quoi» me dira quelqu'un, » presser loes boiames dénaturés à sortir d'ici, a'est-ce » pas les mettue «a élat d'y rentrer à wmu eraée? 9 Pères de k patrie, iNmaipje vous faire m reproche? 9 Votre isdulgeiice pour de mwxfm citoyens, ou plutôt » votre lenteur à vouloir les croire coupables, les a » multipliés et fortifiés. Ou les connaît dans le Luxem- 9 bourg, où ils sont sous les .armes*. Dans nos villes ils * 9 encfaeit leur muvaisœnr* Or leurs nienées secrètes » son! plue à craindre que des bostililés dMarésa. j» Qu^ils se démasquent ^kinc ces ennemis dissimulés! )} Que sous la cocarde et les couleurs autrichiennes ils j> paraissent aux yeux ce qu'ils sont. Qu'ils pai tent et » purgent k pa]#. » h& Journal hiêtorique ét^it encore pins cruel ; a Le momeni d'une révolution, disait 9 Feller, n'a d'autres lois que le cri ptMie» Que serait 9 devenue Rome, si les Tarquins avaient été livrés à » des consultes d'avocats? Que seraient aujourd'hui la » Suisse, la Hollande, rAuiërique, si, au lieu d'ex- 9 puiser les ennemis, ils avaient disputé contre eux en 9 justice r^(lée?..« Il est plus que temps de confondre 9 le vieil aigument, qu'on peut appeler le pont an;i^ 9 ânes de nos ennemis eachife, par lequel on feproebe » à la nation d'avoir demandé toujours à être jugée par » loi et sentence, et de déroger actuellement à a; vœu, 9 en proscrivant les cabaieurs et les espions. Les formes » sentffespectaUessaasdonlie^quandelieaassarentlavie 9 des dtoyens, mais quand dles compromettent la vie 9 de tous, qu'elles encouragent la scélératesse et la fé- 9 lottte, qu'elles rassurent les meurtriers et les brigands, » elles sont détestables. *Sa/u« populi, suprema lexesto.»

Les moines ignares et fanatiques étaient tout-puissants et voulaient monisw leur puiaaance; non con-

feulé d« toamieiiter les royiilMes et lês tondtistes dans

les ge61es de leurs cloîtres, ils allaient à la recherche de leurs adversaires le pistolet ou le sabre au porng; ils souilluieot la chaire chrétienne par des provocations sanguinaires. « Tuer un vonckiste, disait qh cajpncin» e^est faire un sacsrîflGe agréable k Dieti. » Un Mre s'éeriait diiiis la clmpdle Sainte-Anne! « Si quelqu'un armé d'un fusil rencontre un vonckiste, il ne faut pas se donner la peine de le bander pour le tuer, mais il faut l'expédier avec la baïonnette. » Le sacerdoce même n'était (las à Tabri de ces fui^nrs; plusieurs eeclëriÉStiqnes, accusés de tiédeur, fdrent maltraités; en emprisonna , entre autres, le frère de Voncit, un des plus dignes curés du diocèse de Malines (i). L'ancien chargé d'affaires de France, M. Ruel, se vit également proscrit. Par l'ordre des états de Brabant, il fut arraché à main armée de rii6tel de la légaticm et traîné dans nu cachot; on poussa même Taudacejusqu'i briser et fouler aux pieds les armes royales de France (2). Ce régime tyrannique s'étendit dans les autres provinces , et là aussi on compta de nombreuses et d'illustres victimes. Le 5i mai, les états de Flandre firent arrêter le duc d*Ursel au chàtean de Loo-Ghristi , Sous

(1) Vonck remarque que les prêtres vraiment instruits se rapprochaient de l'opinion démocraUque. Il eite parlieulièrement : ScheUe^ kent, ewé de 8eliMp|M«]i,.ol /«hmm, taré de SéheoriMe, priwU de runiversiié de L^avain et ancieiu lecteore en aémioalre de MaliBce t tfulni, tfrcliiprélre et ancien lecteor à l^vniversité de Louvain ; Vtm Bpiunani , éhaooine de l*égli8e métropoUlaioe et aneieii leetenr au Haàmln df Hitiiieij le elttnebie Dv Atw» tecrétaire de Van dd^ Merscli , lauréat de runiveriitë de Louvain ; Van Kesiêii curé de Herenthaïs, lauréat de la môme universitéi De Landiheent préaident du aéminaire de Mnlines, etc.

(S) Voy. JUém, kitt. ptmt Kou dtr Mtnoh, chap. YUI.

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les yeux mêmes de l'éveque de Gand, son oncle; il fut conduit à Alost, puis dans l'abbaye de Baudeloo à Gaod» où, pendant que son procès s'iustruisait, toute eommanication lui fut interdite avec sa fenrae» ses enfants, ses amis. ^

La Mfre des réfugiés de Lille arriva au milieu de cette tempête. Van Eupen cependant, voulant rester fidèle à sa promesse, en accusa la réception, et on projet de réponse fut même communiqué par le congrès aux états des provinces. Tel était le revirement qui s*était opéré dans les idées de la majorité quelle avait paru décidée quelques jours auparavant à se mettre sous la protection de rassemblée uationale do France, 2 juin, le congrès, évidemment sous rinûuence de Van £upen, avait adressé à La Fayette nne lettre conçue dans les termes suivants (i) : « L'état » de prospérité et de revers dans lequel les provinji ces belgiques se trouvent successivement, vous est » parfaitement connu ; le comte de Tliiennes , chargé » de vous remettre cette lettre , pourra vous en détail- » 1er toutes les circonstances , et nous vous sollicitons » de lui accorder» de même qn*à notre cause, toute » rétendue de votre attention; car nous serons Jibres» » ou ne serons plus; et quels que soient les efforts des » ennemis de notre liberté, principalement de la mai- » son d'Autriche, nous ne manquerons pas de leur > opposer tous les efforts d'une nation généreuse et » quit sous peu de temps , trouvera dans sa propre » énergie, dans ses citoyens, dans ses richesses , une » force invincible. Nous serions bien satisfaits , mon- » sieur le marquis , si vous vouliez nous envoyer un

(t) Mimitifu ée la FayHU (Insiimetion de la Belgique)*

» officier de distinction qui eût toute votre confiance » 1) et en qui le congrès pût justement placer la sienne^ » tant par rapport à nos relations politiques que rela- » tivemeat à Tétai et aux opérations de notre armée. » Les vœux du congrès seraient combléssi un tel choix . 1» pouvait se fixer tout de suite sur IL le chevalier de » Ternant, colonel-commandant du régiment Royal'' » Liégeois, qui est déjà connu de M. le comte G)rnet » de Grez, et qui jouit d'ailleurs d'une réputation bien » méritée. Par ce moyen les Français pourraient s'a^ » suter que la république belgique est digne de leur » appui et que son amitié et sa liberté ne doivent pas » leur être indifférentes. C'est cette amitié et ces liens » qui nous assureront réciproquement le bonheur, que » nous avons également conquis au danger de notre vie» et au prix du sang des citoyens; c'est encore 9 cette amitié que nous entretiendrons soigneusement > avec la France qui mettra sur nos lisières une bar^ » rière insurmontable à tous les ennemis de la liberté » Trançaise. » Mais le prétendu complot de Bruxelles,

. les reproches de trahison adressés à tous ceux qui ne combattaient pas ouvertement les progressistes , les injures publiées chaque jour contre l'assemblée constituante ; enfin les déclamations de Van der Noot et

• les intrigues des émissaires étrangers, qui craignaient par- dessus tout l'intervention de la France dans les troubles de la Belgique, neutralisèrent les bonnes intentions de Van Eupen et de ses amis. Les modérés du congrès furent débordés par les exagérés; et ils se \îrent obligés de suivre les affreux conseils du Journal historique et de VAmi des Belycs (1). Le

'J) Ceai u'uisi , «iii Vuiick, que depuis les premieià pillages jusqu'au

ipid*etéttr éê eMé dMitère feiililê puUtà It Mtre des

réfugiés avec des oommentairei didës par une haine stiipide; en parlant de Vonck et de ses amis, il osa dire : « Ce sont là les auteurs, les instigateurs, les con^ * «pirateurs d'un projet parricide, qui enfonçait le n glaive dans le aeîii de noire digne eardiaal, qui tii« » Mit côttler le sang de nos représentants légitîtties , i qnl allait répandre la désolatic^n dans nos canipa-^ > gnes, le deuil dans les familles, la consternation dans 9 Téglise» l'horreur dans les villes, le désespoir dans il tous les cosura, en nous rengageant de nouveau aoua i le despotisme autriehien«.* Nous devons être les ven^ » geurs du erime et de la rébellion* Donc, point dé

» paix, point de réconciliation avec les ennemis de » Dieu et de la patrie (1) ! j» Il ne fut donc pas donné suite au projet de réconciliation; et le moyen qui S'offrait pour sauver la révolution fut repoussé par ceux-là mém qui s'sttribuaient toutds les vertus

peler que la démarche tentée auprès de La Fayette resta aussi sans succès; la réponse du général contenait même une leçon d'humanité et de justice* c Vous avez

Matt âm kaitUlbkiAB , I* naUon bélgè liai eaattinuiiCDi ta ? leUiiMi dé ta raliUitiM pMiitaiiM et de ropinlitre bêiiee ftiaei q«e de renbitloa de Vin der Noot. Natfden ofuwyif^i wnmtrkktg m , p. I4S.

(I) n parut aussi une répooee enonyme de 9 pages in-8o à la lettre des réfugiés de Lille. Écrite par ao idolâtre de Van der Noot, elle se lérminâil ainsi : n Que voulez-vous qud nous répondions à votre lettre^ L^Ëtat , à ce que j*espère , ne s^avilira pas au point d'y répondre ; 1rs individus le peuvent. Eh bien ! voici notre réponse : plutôt que de vous tendre les bras, ou de les prèler ù nous jeter dans les vôtres, quMIs pourrissent à votre corps ; las d'être bons avec les méchants, nuus allons dorénavant devenir justes : trembles à cet arrêt \ c'est celui de votre proscription, et des vôtres. •

» daigné, disait-il an congrès, correspondre avec moi, 9 quoique je u'aie à cet égard d'autre caractère public » que celui d*anii de la liberté; permettez qu'à ce titre, » d'après mon intérêt poor Tnnion, la prospérité des » Belges, et pour la cessation des divisions intestines, » je m'unisse à ceux qui regardent la délivrance du » général Van der Mersch comme le premier et Findis- B pensable moyen de remplir ces vues» qui doivent » animer tous les coeurs patriotes. »

Jamais parti n'accumula antant de ftuites que le parti théocratiqne et oligarchique de 1790. Pins d'une fois il aurait pu consolider riiitlépendance de la Belgique qu'il avait compromise par son imprévoyance et sa détestable tyrannie : mais, au lieu de suivre l'exemple de Vonck et de faire à la patrie le ioerifiee de tout res- $9wUmidWl, il désespéra les démocrates par de nouvelle^ persécutions et les contraignit à désirer le retour de la domination autrichienne.

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