‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 11 sur 132 · PROGRÈS DC · texte numérisé non relu

PROGRÈS DC

d'eux un vainqueur et un maître dont ils ne savaient ni comment se défendre ni comment se passer. La République, à peine née, sentait déjàCromwell au-dessus d'elle ; à chaque crise de péril et d'alarme^ elle avait recours à lui, et elle s'alarmait le lendemain du crédit et du renom qu'il acquérait, en la sauvant. Cromwell, de son côté, tout en prodiguant à la République les démonstrations du dévouement le plus humble, laissait à chaque instant éclater les ékns de son ambition et de son orgueil. Henri Martyn, qui vivait en grande familiarité avec lui, s'avisa, un jour, à la Chambre, de le contrarier obstinément dans quelques-unes de ses volontés à l'égard de l'armée : Cromwell tira brusquement son poignard, et l'enfonçant dans le siège placé à côté du sien, il menaça tout haut de sa colère « Harry et sa bande de Niveleurs. » Un autre jour, dans une disposition plus amicale et plus gaie, il appela Henri Martyn, « sir Harry ; » le républicain se leva , et le saluant : «Je remercie Votre Majesté, lui dit-il; j'ai toujours pensé que, lorsque vous seriez roi, je serais fait chevalier *. » La première année de la République n'était pas à son terme, et déjà on saisissait à Coventry des pamphlets intitulés : Le caractère du roi Cromwell*; et dès le 14 juin 1649, M. de CrouUé écrivait au cardinal Mazarin : « Selon la créance de plusieurs, Cromwell

1 Mercurixis pragmaticusj mars 1651 ; — Forster, The S4atesmen of the Commonwealth (Vie de Henri Martyn), t. III, p. 328; Cromwélliana^ p. 53.

« Whitelocke, p. 434.

pousse ses pensées au delà de ce que rambilion la plus déréglée le peut porter*. » Les meneurs républicains ne rencontraientplus aucune résistance active; mais ils étaient seuls^ contraints de tendre de plus en plus les ressorts du pouvoir, au milieu d^ennemis irréconciliables^ et à côté d*eux Cromwell grandissait pour leur ruine en les servant.

Un fléau sanglant , la guerre civile , vint ajourner Texplosion de ces discordes, et rendre pour quelque temps à la République Tunité et l'énergie fiévreuse qui pouvaient seules la faire vivre.

* Archives des Affaires étrangères de France.

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