‹ Histoire de la révolution d'Italie en 1848Chapitre 1 sur 37 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

des faits dont il donne le récit ; il a visité, dan» ces derniers temps, les différents états de la Péninsule, et connu individuellement la plupart des acteurs du grand drame dont le siège de Rome a été le dernier acte.

Voué d'ancienne date au triomphe du principe de la souveraineté populaire, vétéran de la démocratie, il n'a jamais dissimulé son drapeau, et, dans la mauvaise fortune comme dans la bonne, il n'a cessé de combattre, avec non moins d'énergie que de loyauté, le principe contraire, sans jamais transiger avec lui, lors même qu'une concession aurait pu lui faire espérer un avantage.

Son livre est donc l'œuvre d'un républicain, d'un patriote convaincu que la démocratie seule est appelée à sauver l'Italie, à la délivrer de la servitude sous laquelle elle gémit et s'agite depuis si longtemps. C'est à ce point de vue qu'il oxpose la série des événements, qu'il apprécie les hommes et les choses.

Peut-être est-ce là pour certains lecteurs un motif de défiance; et cependant ils trouveront dans ce livre beaucoup plus d'impartialité qails ne seraient en droit de s'y attendre. Lesévène-

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ments y sont exposés avec clarté, et groupés de telle sorte que Ton peut en suivre la marche et Jes résultats, sans être obligé d'adopter le jugement qu'en porte l'historien.

M. Ricciardi est d'ailleurs extrêmement sobre <ie réflexions ; peut-être même porle-t-il à l'excès le scrupule à cet égard, et serait-il à désirer qu'il eût consacré quelques pages à discuter et à établir, à son point de vue, ce qu'il se borne à énoncer en quelques lignes, parfois en quelques mois.

Son but principal a été de faire connaître dans toute leur exactitude, en les réunissant dans un *eul cadre, les accidents divers du mouvement italien, tant dans la Lombardie, à Venise, en Piémont et en Toscane qu'à Rome, à Naples et en Sicile. S'appliquant à faire autant que possible à chacun sa part dans le bien et dans le mal, il signale avec franchise les fautes de chaque parti, celles du sien, comme celles de ses adversaires.

On peut différer d'opinion avec M. Ricciardi ; mais, quelle que soit celle qu'on professe, on ne lira pas sans intérêt , ni surtout sans proQt , ce résumé complet de la révolution italienne.

PRÉFACE

Il n'est aucun peuple qui ait eu plus d'historiens que le peuple Romain.

11 n'est point de grande nation éteinte qui ait obtenu à un plus haut degré le privilège de captiver r attention des peuples modernes.

Lois , mœurs , victoires , défaites , actions d'éclat , fautes politiques, tout a été passé au creuset de l'examen et de la discussion.

Tacite, Tite-Live, Salluste, Suétone et tant d'autres dans leur style magnifiquement descriptif et

▼I PRÉFACE

propre à chacun d'eux, nous ont retracé avec soin tous les grands événements d'un peuple endormi sous la pierre de ses tombeaux gigantesques. Ces ombres illustres qui errent aujourd'hui silencieusement au milieu des ruines, se réjouiront un jour, car elles auront des héritiers !

Pour qui a parcouru l'Italie, non point en touristegentleman, mais en voyageur qui veut sûrement voir et connaître , le peuple italien est en effet digne de l'avenir que plus d'une voix prophétique lui promet. I c patriotisme chez lui n'est point, ainsi qu'on a osé le dire , une bouffée de chaleur qui lui monte au cerveau ; c'est une soif inextinguible de l'affranchissement de sa patrie. L'Italien comprend parfaitement qu'il faut secouer le joug de l'Autriche et le rompre, avant de songer à l'organisation de l'unité nationale.

Sans l'indépendance, pas de centralisation romaine ; partant, pas de pouvoir et de dignité à l'extérieur !

L'Italie, avant le temps où elle jouira de la plénitude de sa liberté, oserait-elle donc essayer de compter au nombre des autres puissances du continent? Si elle y pensait, il y aurait vraiment lieu à se rire

PHÉPACK. *ll

d'elle, et tous les Metternich qui s'agitent à la surface de l'Europe, afin de faire le plus de bruit possible de leurs petites personnes, daigneraient à peine l'engager à relire la fable dans laquelle Florian persiftl* si agréablement le barbillon.

Le peuple de Rome, plus spécialement, n'a pas seulement dans les traits ces lignes mâles et hardies que les peintres aiment à rencontrer sous les pinceaux des maîtres, il remue encore au fond de son àme ces fortes pensées qui font les martyrs avant de produire les héros !

L'Italie sortira donc radieuse, (et plus tôt qu'on ne le croit généralement), de cet assoupissement danslequel l'ont plongée les institutions du monarchisme et de la papauté, qui se tendent une main, fraternelle.

Vienne un souffle de liberté que ne comprime aucune fausse politique venue du nord ou de l'occident, et tout l'édifice de carton que des siècles ont bâti s'affaissera aux applaudissements de la démocratie universelle !

C'est pour préparer cette ère nouvelle que Josepb

▼IH PRÉFACE

Ricciardi, ancien député au parlement de Naples, a écrit la Révolution d'Italie en 1848.

Une intention sincèrement patriotique a présidé à la composition de ce livre; il s'agissait d' éclairer la démocratie européenne sur des faits certainement bien

connus dans la Péninsule, mais qui laissaient ignorées des étrangers , non-seulement de nobles actions accompiles à l'éternel honneur du caractère italien, mais encore la source d'une politique d'initiative libérale, attribuée à tort à Pie IX.

D'autres histoires de l'Italie, telles, par exemple, que celle de Francesco Guicciardini, qui, depuis 1 494, à l'élévation à la papauté d'Alexandre VI, promène le lecteur jusqu'à la mort de Clément VII, en 1532, et celle de Charles Botta qui s'avance jusqu'à la fia de l'époque impériale, de 1789 à 1814, embrassent peutêtre une plus grande étendue de temps ; mais à coup sûr elles n'ont pas des relations plus palpitantes d'intérêt et d'actualité. Elles ont encore moins l'avantage acquis certainement à l'œuvre de M. Ricciardi, celui d'être un enseignement pour des contemporains.

Le reproche que Ton pourrait faire à la Révolution

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PRÉFACE. IX

& halte en 1848, qui renferme la période de 1815 à 1849, en glissant à la vérité sur les quinze premières années, c'est d'avoir quitté un peu la froideur, mais non la parole toujours Véridique de V historien calme et grave , pour revêtir la couleur plus vive et plus incisive du publiciste. Mais ce qui serait un défaut à rhs époques plus paisibles que celle où nous vivons, nous semble être une qualité dans les temps de lutte et (Y oppression.

Buffon a dit depuis longtemps : Le stjle c'est l'homme ; eh bien ! nous pouvons appliquer ce mot en toute vérité à M. Bicciardi. L'ancien député de Naples ne prend pas de détour pour vous dire sa pensée. 11 va nettement, brusquement par le droit chemin. Il s' inquiète peu s'il heurte des convictions qui ne sont pas les siennes; vous avez affaire au vrai républicain, au démocrate à la foi ardente. Si donc vous êtes dans un camp opposé, ou si vous appartenez à l'école stérile et désolée du scepticisme, prenez garde à vous ! les arguments vous frapperont au défaut de la cuirasse, et même en pleine poitrine. Mais ne vous rebutez pas, lisez, lisez toujours; car le républicain fera peut-être

* PRÉFACE

faiblir votre conviction contraire, et la rangera sous sa bannière. En tous cas, s'il ne parvient à vous donner dt l'amour pour ses idées, au moins vous fer»-t-il estimer le dévoûment à sa sainte croyance, dévoùment dont irons trouverez de si belles peintures dans le récit de la mort des frères Bandiera et de tant d'autres martyrs!

Si une histoire doit être accueillie favorablement en France, c'est donc à coup sûr celle de la Rèvolution d'Italie en 1848.

Cette histoire, disons-nous, a droit à une hospitalité toute française ; il serait mieux peut-être de ne point restreindre à un seul pays l'intérêt et l'utilité de ce livre. L'Italie, aussi bien que les autres peuples, nous en sommes sûrs, en accordant à l'ouvrage leurs sympathies, lui donneront bientôt une véritable sanction.

En effet, la démocratie en Europe ignore généralement les causes qui, à des époques diverses et sur différents points, ont excité des mouvements insurrectionnels en Italie; — ou, si elle en connaît les plus saillants épisodes, elle ne s'est pas encore rendu un

compte bien exact des faits qui, en se suivant d'après les règles d'une logique rigoureuse, ont amené le» événements ultérieurs. Ici, plus que jamais, il est vrai de dire qu'il n'y a pas eu d'effet sans cause; car le carbonarisme a depuis longtemps jeté sur le sol italien des germes indestructibles de révolutions...

La révolution italienne diffère essentiellement de caractère avec la révolution française. La révolution en Italie est purement politique.

Il ne peut en être autrement. L'industrie n'a point fait surgir, sur cette terre éminemment agricole , les horribles maux qui ont étendu leurs plaies dévorantes sur la France et sur l'Angleterre, quoique cependant une foule d'abus survivent encore au vieux despotisme. Mais avant tout, pour Fltalie, il s'agit d'exister. Ainsi donc la guerre à l'Autriche ne peut qu'être pour elle le premier et le plus saint des devoirs!

Quelques échecs partiels préposés par la perfidie diplomatique de ses ennemis, ne l'intimideront pas,, et ne lui feront point perdre confiance dans la bonté de sa cause.

En effet, que veut l'Italie?

PRÉFACE

Nous le répétons, car c'est la question dominante, l'Italie demande deux choses : 1° son indépendance, c est-à-dire que l'étranger oppresseur soit chassé de son sol. Or, n est-ce pas là la consécration de la souveraineté du droit sur la force? 2° Son unité; et par là , elle entend former un grand peuple. Contester cette volonté légitime, ne serait-ce pas injustice et folie?

La France était autrefois partagée en provinces, où allaient commander des fils de roi. Les éléments de ces provinces étaient tous hétérogènes. Depuis, la France s'est centralisée politiquement. Elle est devenue une puissance redoutable ! Pourquoi l'Italie n* entrerait-elle pas dans la même voie?

Nul n'était plus capable que Joseph Ricciardi, proscrit une seconde fois pour avoir voulu contribuer à la régénération de sa patrie, de mener à bonne ûn une œuvre aussi sérieuse que l'histoire de l'Italie en 1848.

Il suffit effectivement de connaître la vie et la nature de son talent, pour se convaincre qu'il était difficile de trouver un historien plus éclairé et plus

PRÉFACB. XIII

consciencieux, non-seulement pour raconter les faits, mais encore pour les grouper avec intelligence, et en faire ressortir, d'un côté, les moindres causes, et, de r antre, leur portée véritable* En résumé :

Coordonner tous les faits qui, de 1 8 1 5 à 1 830, ont préparé les divers mouvements contre les princes et contre T Autriche;

— Exposer d'une manière concise, sans toutefois rien omettre, de 1830 à 1844, le spectacle émouvant des insurrections qui ont éclaté presque sans interruption, tantôt dans une province, tantôt dans une autre ;

— Dire comment, en 1844, les Italiens les plus zélés pour V affranchissement de leur patrie, conçurent vainement la pensée d'une alliance offensive et défensive des souverains contre l'Autriche;

— Montrer le triste rôle joué par les princes en général , et par le pape en particulier, avant et pendant la guerre de l'émancipation;

— Raconter cette guerre, d'où aurait dû sortir le salut du pays, et qui n'a abouti qu'à une nouvelle et

AIT rKEr A(.K .

plus dure oppression d'une partie considérable de la

Péninsule;

— Démontrer la nécessité de la séparation du pouvoir temporel et spirituel du pontife, et combien importe à T Italie une modification quelconque, mais prompte, dans le mode ou le lieu de l'exercice du pouvoir papal.

N'est-ce point là une œuvre éminemment importante sous le double point de vue historique et politique?

Quolques-uns trouveront peut-être l'opinion républicaine de Ricciardi trop absolue dans le but politique qu'elle se propose. Ils voudraient des attermoiements, des transactions entre le passé et l'avenir; tranchons le mot, un juste-milieu plus ou moins constitutionnel, afin de préparer, à leur point de vue, sans violences et sans secousses, un lit républicain à la future Italie..»

Ces hommes, prudents sans doute, mais au cceur timide, demandent l'impossible. Ils découvriraient plus facilement la pierre philosophale que le moyeu de régénérer un peuple par des voies pacifiques et parlementaires.

PRÉFACE. XT

La chose serait certainement désirable au point de ▼ue de l'humanité, mais l'histoire prouve, hélas! h chacune de ses pages, que les diverses réformes ont toujours été scellées par r effusion du sang humain.

Et ce sang est celui des martyrs ! Que ces hommes pusillanimes ne craignent donc rien pour eux-mêmes; ils n* ont pas la foi qui mène au supplice !

Quant à nous, tout en convenant que, dans les différents petits États qui se partagent la Péninsule, il u est pas de bourgeoisie comme en France, et dont les moeurs soient identiques, nous n'en affirmerons pas moins que, grand seigneur ou homme du peuple, agriculteur ou commerçant, l'Italien sent tout d'abord aujourd'hui battre son cœur pour l'indépendance de la patrie.

L'unité viendra ensuite; caries franchises municipales en Toscane, à Venise , en Piémont et dans le» Ktats-Romains, ou les privilèges de cité à cité, finiront par baisser pavillon devant la graude voix de la nation tout entière; on n'en saurait douter! Qui soutiendrait le contraire ne connaîtrait pas le peuple dan* son désintéressement et sa grandeur!

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