‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 2)Chapitre 114 sur 254 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La reconnaissance solennelle de l'Etre suprême ne modéra pas le zèle malfaisant de l'agent national du district. Le lendemain de la fête, 21 prairial, il pressa les administrateurs du département de faire examiner par un médecin les prêtres sujets à la déportation, qui se prétendaient infirmes, attendu que des vaisseaux étaient prêts à Rochefort et à Bordeaux « pour envoyer dans les régions lointaines des êtres qui n'ont pas voulu se soumettre aux loix et dont la funeste influence empoisonne la source du bonheur public. )v Le surlendemain, 22 prairial, il écrivit au président de la société des Jacobins de Paris pour rengager à rechercher de nouveau les fédéralistes fugitifs de TAin qu'il croyait dans la capitale, et dont l'arrestation, demandée par Albitte, avait été ordonnée dès le 22 pluviôse par le Comité de sûreté générale (i).

Détruire la foi catholique jusque dans les campagnes et abattre la dernière tête de « l'hydre delà démocratie, » telle était l'idée fixe de cet hommetigre. L'auteur des brutalités qu'on va lire ne mérite par une autre qualification.

Il parcouroit les campagnes avec un de'tachement de hussards, dit un mémoire imprimé. Dans ses courses, il fit un jour arrêter, dans la commune de Jasseron, un cul-

(1) Registre de correspondance du district de Bourg.

igO DIX-SEPTIEME EPOQUE.

tivateur septuagénaire qu'il ne relâcha qu'après l'avoir fait mettre à genoux à ses pieds. Il fit arrêter aussi deux jeunes cultivateurs, qui furent attachés à sa voiture pour être conduits à la maison de détention ; il recommanda aux hussards de les faire marcher à coups de plat de sabre, et l'un de ces malheureux, dont le pas n'était pas assez accéléré pour suivre la voiture, fut traîné et mutilé (i).

On ne sera pas étonné maintenant de la manière dont l'agent national traita le i3 messidor, un de ses frères et amis, le notaire Convers, son comparse avec Blanq-Desisles dans le trio d'intrigants incarcéré par Gouly et délivré par Albitte. Convers s'était compromis le 14 germinal, en injuriant Blanq-Desisles et Juvanon à la Société populaire, et avait ajouté à ce crime celui de rédiger, le 1 3 floréal, le mémoire dont nous .avons cité quelques fragments d'après M. de Lateyssonnière. L'irascible agent du district le considéra comme un faux patriote et le fit arrêter à la fin de floréal ou au commencement de prairial ; car il signa encore, le 27 floréal, le registre du Comité de surveillance. Mais là ne s'arrêta pas la vengeance du terrible emprisonneur : il trouva que la réclusion ordinaire

n'était pas assez dure pour un tel coupable, et, /

(i) p. i3 du Tableau analytique des manœuvres et des crimes des principaux intrigans de la commune de 'Bourg, rédigé le 4 vendémiaire an III par la Société populaire. 44 p. in-8. — Ph. L. D.

Les faits que nous citons sont consignés avec indication des pièces à l'appui dans un manuscrit envoyé à la Convention. Nous reviendrons plus loin sur ce document.

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