CHAPITRE m
La probité des Sans-Culottes n'inspirant à Gouly qu'une médiocre confiance, il prescrivit à toutes les autorités constituées, par arrêté du 27 frimaire (i), de rendre leurs comptes « dans huit Jours pour tout délai, » et cela non-seulement pour les impôts, les emprunts forcés ou volontaires, les dons patriotiques, les taxes révolutionnaires, mais aussi pour les matières d'or, d'argent, de cuivre, etc., données ou saisies. Mais cet arrêté fut plus ou moins suivi ; nous lisons dans une Adresse [2) que le produit des taxes levées sur les égoïstes par le comité centrai de surveillance dépassa 60,000 livres et que le trésorier se dispensa d'en justifier l'emploi.
Néanmoins cet arrêté obligea la municipalité de Bourg à faire la pesée de tous les objets d'or et d'argent déposés à la mairie et volés soit aux citoyens soit aux églises par les officiers municipaux et l'armée révolutionnaire. Il va sans dire qu'une partie du butin était restée entre les mains des officiers municipaux et des soldats de Javogues (3), et que le maire Blanq-Desisles, qui avait les clés des armoires, put y puiser à discrétion.
(i) Compte rendu de Goaly. 3« éd., 7. 80.
(2) Aux Représent ans du peuple composant le comité de salut public brochure déjà citée, p. 10.
(3) D'après le registre municipal du i" nivôse, Javogues aurait emporté l'argeatcric dont la prise avait été constatée par deux procèsverbaux.
On sait que ledit maire était sujet à caution. Gouly nous a fait connaître comment il exerçait le commerce. Voici encore trois faits de concussion à sa charge : i° Quelques jours après le siège de Lyon, Blanq-Desisles arrêta et fit confisquer au profit des indigents une somme de 60,000 livres adressée par un négociant de Strasbourg à un négociant lyonnais. Quand l'expéditeur réclama le remboursement de cette somme induement saisie, près de la moitié avait disparu. « Il est bon de te dire, écrivit-il à un ami, que ces vils intrigans ont déjà pris sur la somme de 60,000 livres, 28,800 livres ; je ne sais qui remboursera cette valeur (i). » — 2° Blanq-Desisles avait donné Thospitalité à une vierge d'argent qui embarrassa beaucoup sa femme, lorsqu'il fut incarcéré. Elle craignit une perquisition et essaya de s'entendre avec lui, malgré les verroux, pour ne pas le contredire sur la provenance de la statue. — 3° « Régnier, prédécesseur de Desisles dans sa place de maire, lui remit dix croix de Saint-Louis et une croix de Saint-Lazare pour envoyer à la Convention, desquelles on n'a jamais entendu parler (2). »
(i) Compte rendu de Gouly, 3» édition, p. 323.
(2) Aperçu des preuves acquises... pour constater les crimes et délits de Blanq-Desisles, Convers.Rollet, Albant...
Manuscrit de 36 p. in-folio. — C" D.
Nous donnerons plus tard le titre complet de ce document authentique portant la griffe de la Convention.