CHAPITRE III. 2l
3 nivôse, par Blanq-Desisles ; après quoi Tex-maire remit les clefs des armoires à son successeur Albant.
Cet Albant qui visitait la nuit, les détenus pour les dévaliser (i), cet Albant qui força un secrétaire au château de Challes et y prit une bourse qu'il mit dans sa poche, en disant : Voilà qui est bon pour un Sans-Culotte (2 , cet Albant, « qui, de pauvre serrurier, devenu voluptueux sybarite, donnait de somptueux repas à ses complices aux dépens des malheureux détenus (3), » garda-t-il scrupuleusement ce que Desisles lui avait laissé de la dépouille des citoyens ? Ne fit-il pas bombance avec Targent des chartreux, et ne donna-t-il pas aux frères et amis le plaisir de manger à sa table dans Targenterie des aristocrates ? Le lecteur peut en juger (4).
La mise en liberté de quelques détenus avait donné à tous Tespoir de la délivrance; mais ils savaient que Gouly allait partir pour Belley et qu il ne "pourrait s'occuper d'eux qu'à son retour ;
(i; Tableau analytique des mamruvres et des crimes des principaux intrlgans, brochure déjà citée, p. 22.
(»; Aperçu des preuves acquises... pour constater les crimes et délits de jllanq-Desisles, Convers, Rollet, Albant. — Manuscrit déjà cité.
(3 Compte-rendu de Gouly (lettre de Gauthier-Murnan), 3« éd. 1.3 h.
(4' Gouly ordonna bien la restitution de l'argenterie par son arrêté du 5 ni< ose. Mais Albant déclara qu'une partie de l'argenterie avait été emportée par Javogues, que l'autre était armoriée, etc.
ils se bornèrent à demander, en faveur de leurs familles, la main-levée du séquestre de leurs biens :
Au CITOYEN GOULY, REPRESENTANT DU PEUPLE.
Bourg régénéré, 27 frimaire, l'an second de la République, une, indivisible et impérissable.
Une foule de citoyens opprimés, détenus comme suspects, vont attendre avec confiance ton retour pour réclamer leur liberté ; mais il seroit digne de ta justice de faire cesser dès ce moment un genre d'oppression qui est manifeste. Des arrêtés des commissaires de Javogues ont fait séquestrer les biens, meubles et immeubles des gens détenus comme suspects. Ces arrêtés sont éminemment dans la classe de ceux que la Convention vient d'annuler comme extensifs de la loi. Cependant le décret n'exprimant pas en termes précis les séquestrages, les séquestres établis refusent de se dessaisir jusqu'à ce qu'on leur ait notifié une main-levée formelle, et les détenus, leurs femmes, leurs enfans éprouvent dans l'intervalle des privations fort dures. Quelques-uns même de ces derniers, chassés des maisons de leurs maris ou de leurs pères, n'ont point d'asyle, et sont errans avec leurs enfans en bas âge.
Si l'ange tutélaire (i) que la Convention vient d'envoyer dans le département de l'Ain, daignoit, par une disposition générale, donner main-levée de tous ces séquestrages, cet acte de bienfaisance et de justice porteroit la consolation, dans une multitude de familles, opprimées par vengeance, i
(i) La présence de l'armée révolutionnaire et l'établissement d'uneS commission populaire avoient tellement effrayé le peuple en général que,j; lorsque l'une fut renvoyée et l'autre supprimée, il auroit donné non seu-ï lement ce qu'il possédoit, mais encore jusqu'à la dernière goutte de sons sang pour la Convention : c'est pourquoi on appeloit le représentant du^ peuple qu'elle vcnoit d'envoyer un ange tutélaire. — (Note de Goulv.) j