‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 185 sur 291 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

leur passeport. Il annonça qu'il feroit venir 5o dragons à Tre'voux pour le garder, sous prétexte d'avoir été attaqué. Les registres du greffe du tribunal civil de Tre'voux font foi de ses excès. Si quelqu'un se plaignoit, il répondoit : Je te ferai /..... sur le pot (la guillotine).

Autre Jiote de M. de Lateyssonnière. — Cette note présente d'intéressants détails sur la détention de Blanq-Desisles, Rollet-Marat et Gonvers (voir le chapitre précédent) :

Gouly avoit fait arrêter B.-D., R.-M. et C; il les fit conduire aux Claristes par Ryon, administrateur du district. Cet administrateur et ceux qui l'accompagnèrent dressèrent, le 21 nivôse an II, procès-verbal de ce qui suit. La maison des Claristes étoit pleine de détenus; R.-M. pleuroit ; les autres détenus l'avoient insulté. B.-D. et R.-M. furent placés dans des chambres froides et obscures. Ryon et ses collègues se transportèrent à la maison Bachet, vendue à Reydellet, agent national : ils y trouvèrent trois chambres à feu convenables. Alors ils firent conduire les trois détenus dans la maison Bachet par des officiers municipaux assistés de la force armée. Ceux-ci trouvèrent aux Claristes R.-M. presque asphyxié par une trappe de charbons éclairés ; ils le rappelèrent à la vie et l'emmenèrent dans la maison Bachet; ils y transférèrent aussi C. qu'ils trouvèrent le soir dans la cuisine des Claristes. Il n'v avoit pas de lumière, et plusieurs détenus tenoient des propos injurieux à C.

Ces trois hommes restèrent huit jours en prison ; de là le redoublement de leur fureur lorsqu'Albitte les eut déchaînés.

La société populaire de Montluel, travaillée par les Sans-Culottes de Bourg et par les émissaires des représentants de Lyon, était arrivée au même degré de fanatisme républicain que les sociétés analogues. Elle avait poursuivi avec la même ardeur la destruction des signes et emblèmes de la superstition et de la féodalité. Les édifices même n'étaient pas à l'abri de ses coups. Le 22 nivôse, elle ordonna la démolition des chapelles de St-Jacquème et de St-Alban et sursit à statuer sur le sort de celle de la Maladrerie. De plus, dans son zèle de vandalisme, prenant l'initiative des mesures qu'Albitte allait prescrire, elle arrêta, le 23 nivôse, que les clochers des églises de Notre-Dame et de St- Etienne seraient abattus. Enfin, dans la même séance, elle poussa la manie destructive jusqu'à l'abolition de certains usages de politesse ; Tarrêté qu'elle prit à cet égard mérite d'être rapporté textuellement :

Un membre ayant exposé que se découvrir étoit un hommage qui sentoit la servitude, il a été arrêté qu'on ne se découvriroit plus en chantant l'hymne de la liberté, et tous les citoyens ont été invités à ne se découvrir dans aucune circonstance, et les femmes à ne plus faire la révérence (i).

(i) Registre de la Société populaire de Montluel, séance du 23 nivôse ! an II. 1

Page 1