‹ Histoire de la révolution dans l'Ain (volume 3)Chapitre 230 sur 291 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

vie qui est coupable, c'est au peuple qu'il faut s'en prendre. Que voulie^-vous que je fisse? — Quitter ta place, noâtin. Le peuple ne fait jamais de sottises tout seul. Au reste, c'est aux magistrats à instruire le peuple, et ce n'est pas le peuple qu'on enverra à la guillotine.

Et toi, à ton tour, dis-nous ton affaire. — Citoyen, ^étois officier supérieur dan& la cavalerie, j'ai donné ma iémission, il y a trois ans. Mes deux fils aînés sont émisés, le troisième étoit prêtre, il est déporté. Ma fille étoit 'eligieuse, elle n'a pas voulu prêter serment ; mais les ^auîes sont personnelles, et je m'étonne fort que l'on m'ait 'ait l'injustice de me renfermer. — Tu as raison, sacredié, u as raison ; car on auroit dû te faire la justice de te guilotiner. Le père Duchesne a de la patience, vois-tu ; mais

[uand je pense à un b comme toi, à ta f..... proge'ni-

ure, la moutarde me monte au nez, et il me prend envie e t3 bûcher. Hue I sacré pénitent.

Et toi, vieille perruque, qu'est-ce que tu fais ici ? — itoyen,je suis étranger, il y a trente ans que je suis en "rance ; je ne connois pas vos usages, moi. Je ne me mêle e rien, et je fais mon métier avec honneur et désintéresment. — Et quel est ton métier ? — J'étois entrepreneur zns les fourrages de l'armée. Au moment du siège, je me lis renfermé dans Lyon. Je fournissois et distribuois avoine, la paille et le foin. On m'accuse aujourd'hui., ais c'est à tort. Je ne puis pas être regardé comme consraieur, ou comme ayant participé à la rébellion. Je avois affaire qu'aux chevaux, et je dis pour ma raison te les chevaux n'étoient pas en révolte. — Allons, taisi, £;anache ; puisque tu n'as que des bêtises à nous dire, sez causé. A d'autres.

Il s'en présente une soixantaine qui étoient tous, à les tendre, des républicains de 8g, qui valoient cent fois

SgÔ QUINZIÈME ÉPOQUE.

mieux que ceux qui les avoient incarce're's. Tous les patriotes avoient failli ; eux seuls étoient innocens, eux seuls étoient purs. Pour leur rendre justice, je crois qu'il auroit fallu leur donner la clef des champs, et mettre la République en prison. C'était pourtant des accapareurs, des agioteurs, des ci-devant nobles, des émigrés, des fanatiques, des fripons de toutes les couleurs. Nom de

D..., en reluquant cette s canaille, je ne pouvoism'em-

pêcher de dire: c'est f...., le Représentant du peuple avoit

raison. Pour juger ces b -là, il ne faut pas être un

grand sorcier. Allez, f gredins, allez, vous avez opprimé, écrasé le peuple; eh bien ! c'est son tour aujourd'hui. La Révolution est comme la mer qui ne souffre rien d'impur. Vous êtes les immondices de la nation, et la nation vous vomit de son sein.

Après cela vient le tour des prêtres. Ah ! mâtin, que c'est difficile à savonner, un s.... prêtre! c'est toujours noir. Cela vous a des retours du diable, un langage de grimoire qui est fait pour désoler un honnête homme. Mais ils ont beau faire, la vérité l'emporte toujours sur leur verbiage, la raison sur leurs sottises, et la probité sur leurs friponneries, f.

Tu étois prêtre, toi ? — Omi, citoyen. — Es-tu marié ?

— Sainte Vierge, je m'en garderais bien, c'est défendu, un prêtre doit avoir son innocence. (Dorfeuille se sert d'un mot plus technique.) — Oui, sans doute, cela va sans dire. — Et comment fais-tu donc pour te passer de ?

— C'est notre secret, et cela ne regarde personne. — Votre

secret, f.... libertin, c'est d'avoir une jolie s (Ici deux

lignes d'abominables imputations.)

Et toi .'' vieux lapin, avec ta grosse bedaine, ton front enluminé, ton visage à rubis et ton menton à triple étage. il me paroît que tu n'as pas eu grand mal dans ta vie. —

Page 1