CHAPITRE vni
reur pour vouer les meilleurs citoyens au châtiment des plus grands criminels.
Les dix-huit, partis de Bourg et d'Ambronay le le 24 pluviôse, arrivèrent à Lyon, le lendemain 25, à deux heures de Taprès-midi, passèrent la nuit sur la paille, comparurent le 26 devant la Commission révolutionnaire, et ceux que frappa la sentence de mort furent exécutés le même jour.
Pour les détails de leur jugement et de leur supplice, et pour ce qui advint des six proscrits du 3o nivôse, reprenons d'abord le récit que nous avons commencé au premier chapitre de cette Époque ; on se rappelle que le narrateur, M. Debost, était Tun des six :
Le 21 pluviôse an II ou 9 février 1794, les six détenus, les derniers restés à la prison de Roanne avec quelques autres, furent transférés à la maison commune ; ils y furent interrogés trois fois sur la délibération (qu'ils avolent signée pour féliciter les sections lyonnaises sur le 29 mai), et par le secours de leurs protecteurs, ils furent renvoyés à revoir.
Le 25 pluviôse an II ou i3 février 1794, MM. Marron de Meillonas, Varenne de Fenille, etc. (énumération des dix-huit) arrivèrent à Lyon, à deux heures après midi sur la place des Terreaux, où nous les vîmes descendre de voi:ure, de la grande salle des portraits où nous étions. Ils furent déposés dans la Chambre du Commerce ayant vue au midi sur la cour de l'Hôtel-de- Ville. j Le chef de la gendarmerie avoit apporté au président ce
tableau de crimes tel qu'il est (M. Debost e'crivait sur le manuscrit des 84 notices ci-dessus) et les pièces justificatives. Aucune femme, aucun parent des derniers venus n'avoient pu obtenir la permission d'accompagner ces malheureux, parce que nos ennemis pensèrent que les nôtres avoient diffe'ré notre exécution.
Circonstance inconnue alors, M"o Chaland, fortement protégée pour sauver son époux, apprit par le greffier l'envoi des six liasses contre son mari et les cinq autres. Elle fit un sacrifice de cent louis donnés au greffier, fit enlever ces six liasses, qui furent distraites du paquet dans la nuit du 25 au 26.
Le lendemain, 26 pluviôse an II ou 14 février 1794, les dix-huit détenus furent appelés à l'interrogatoire à dix heures et quart du matin. A onze heures et demie,. quinze furent condamnés à mort. D'Oraison, Papillon et Goyffbn, renvoyés à revoir^ entrèrent dans la grande salle oii nous étions et, placés sur la paille près de nous, entendirent la hache qui frappoit leurs compagnons.
Le président demanda au greffier Bréchet les liasses de Chaland, Duhamel, Chambre, Bonnet, Cochet et Debost. Le greffier répondit qu'il ne les avoit pas vues. « Je te ferai guillotiner, » reprit le fameux Parein, président. Fort heureusement le temps employé pour juger dix-huit individus du département de l'Ain avec quelques autres fit couler l'espace qui amenoit midi et le moment de l'exécution. L'interrogatoire fini, deux de mes fils et celui de Cochet, qui étoient aux aguets pour saisir ce quedeve-, noient nos infortunés camarades, m'ayant appris qu'ils| descendoient à la mauvaise cave, je dis à Goyffbn : « Saistu où sont les camarades ^ — Ils sont sûrement ici. — >| Non, lui dis-je, ils vont dans un instant à la mort. « Et| ils allèrent à l'échafaud un moment après,