Tome IV
A cette époque, les intrigants de Montluel, nous le verrons au chapitre suivant, ne dominaient pas encore la Société populaire ; mais ils poussaient le peuple aux plus odieux excès.
A Montluel, dit le chanoine Cottin, une partie de la garde nationale, le curé constitutionnel en tête, d'après ce qui fut rapporté à M. Ruivet, qui se trouvait sur les lieux, s'empara d'une domestique de M, Vallat, parce qu'elle n'allait pas à la messe de l'intrus, et on l'attacha si fortement à l'arbre de la liberté, que ses bras en furent meurtris et en conservèrent longtemps l'empreinte: j'ai vu ces meurtrissures, ajoute M. Ruivet. On ne se borna pas là. Une brave fille nommée Marie Cendre, fut arrêtée chez sa mère, pour le même motif, et conduite au pied du même arbre de la liberté, où on l'attacha la tête en bas, et on la laissa quelques moments ainsi exposée dans un état bien pénible à sa vertu. Elle était allée trouver le matin M. Ruivet pour se confesser et se préparer ainsi à supporter courageusement les violences qu'elle savait qu'on devait lui faire ; il l'entendit et lui donna le pain des forts qui lui était si nécessaire. Elle ne survécut pas à ce traitement honteux et barbare. Cependant la ville de Montluel était bonne en général; mais il ne fallait que quelques mauvais sujets, tout puissants alors, pour exercer de semblables atrocités (i).
La Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de Belley se composait des plus honnêtes citoyens' de cette ville. Brillât-Savarin la présidait, le
(i) Mémoires pour servir à l'hist. eccl. des diocèses de Lyon et de Belley, p. 3 02.