‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 113 sur 244 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

« la nation pourrait s'y tromper. Prenez garde « à des réunions de ce genre, quelque belles u qu'elles soient : les dix-huit brumaire du peuple « pourraient amener contre son gré les dix-huit •< brumaire du despotisme, et ni vous ni nous, nous « n'en voulons. »

Un silence dans le groupe des clubs violents, des applaudissements dans le groupe des clubs modérés, suivirent ces paroles. Mais les plus obstinés reprennent leur audace, et tendant évidemment à faire prononcer l'épuration de Lamartine : «e Nous « n'avons pas confiance dans tous les membres du « gouvernement, crièrent-ils. — Si, si, dans tous! « dans tous! répliquèrent les voix de Suau, de So- « brier et de Barbes, et une centaine de voix de « leurs amis. — Non , non. — Si, si. — Il faut les « contraindre, — il faut les respecter. » — Et mille autres cris contradictoires se partageaient les groupes. Les violences étaient aux bords des lèvres, dans l'accent, dans les regards. Les membres du gouvernement restèrent impassibles. Barbes, attaché alors à Lamartine, Sobrier, Raspail, Cabet, se serrèrent dans l'espace qui séparait les deux partis. Blanqui restait immobile et paraissait plutôt calmer les siens qu'approuver leur insistance.

Cabet prit la parole, son discours fit une salutaire impression sur la foule. Barbes, Raspail d'autres encore appuyèrent les paroles de Cabet et défendi-

2i4 RÉVOLUTION DE 4848.

rent l'indépendance du gouvernement. Le désordre se mit dans les groupes, la confusion dans les avis, les cris de vive le gouvernement provisoire qui montaient de la place et qui témoignaient de rattachement du peuple, firent réfléchir les hommes extrêmes. Ces clameurs leur apprirent que s'ils portaient la main sur le gouvernement cher au peuple, la vengeance du peuple ne tarderait pas à leur faire expier leur crime. Barbes, Sobrier, Suau, Cabet profilèrent de cet ébranlement de la colonne pour la faire refluer en arrière et pour délivrer le gouvernement de cette pression. Les clubs évacuèrent les salles et les escaliers, ils reprirent leur place devant la grille de PHôtel de Ville, le gouvernement appelé à grands cris par cent mille voix descendit à la suite de son président sur les marches extérieures du grand escalier. 11 fut salué d'acclamatious frénétiques au milied desquelles on entendait prédominer les noms de Ledru Rollin et de Louis Blanc plus qu'à l'ordinaire. Lamartine averti ainsi que la faveur de la multitude la plus rapprochée s'adressait à eux, les laissa se présenter les premiers au peuple et s'envelopper de leur popularité, il s'effaça au second rang et ne reçut que de rares acclamations.

Louis Blanc harangua le peuple, le remercia de ce déployement irrésistible de force dont il entourait ses dictateurs. Le peuple trompé par ces actions de grâces crut sincèrement qu'il venait d'accomplir un

Page 1