LIVRE DOUZIEME
rente territoires en y entraînant le drapeau français. La? Belges assiégeaient le ministre des affaires étrangères et le ministre de l'intérieur, le gouvernement était inflexiblement résolu à leur refuser tout concours aussi impolitique qu'indigne de sa loyauté , mais il n'avait qu'une autorité morale à opposer à leurs enrôlements et à leurs projets d'invasion.
Plusieurs fois déjà le ministre des affaires étrangères avait rompu leurs trames et engagé le prince de Ligne à les faire rentrer dans leur patrie. Quelques centaines d'entre eux étaient partis en effet de Paris, mais il en restait deux ou trois mille tant à Paris que dans le département du Nord. Il paraît que lassés de leurs insistances et de leurs reproches, quelques hommes tenant de près au gouvernement mais à son insu et désavoués par lui, trempèrent par complaisance et presque par complicité dans ces passions de transfuges, leur firent fournir des moyens de transport, préparer des voitures d'armes sur l'extrême frontière de France. Arrivée à Lille la colonne belge fit demander des armes au général Négrier. Négrier averti par Lamartine refcisa les armes. Pendant que cela se passait à Lille, Lamartine instruit du complot écrivait officiellement au ministre de l'intérieur pour qu'il s'opposât par tous ses agents à l'armement et à l'invasion des Belges. Le ministre de l'intérieur obtempérait à cette de-
mande en envoyant en effet des ordres dans ce sens à la frontière.
Le commissaire du gouvernement à Lille qui avait cru peut-être au premier moment agir conformément aux vues du gouvernement en favorisant l'armement des réfugiés, se rétractait. Il faisait de tardifs efforts pour rendre la rentrée des Belges sur leur territoire inoffensive. Les Belges qui voyaient avec eux, trois élèves de l'École polytechnique et qui recevaient d'eux des chariots de fusils, croyaient à la complicité du gouvernement. Entrés à main armée sur le sol de la patrie, ils y étaient reçus à coup de fusil par les troupes du roi, ils refluaient en France en criant trahison ! Ce cri retentissait jusqu'à Paris et soulevait les Allemands, les Polonais et les clubs. C'est ce qu'on appela l'invasion de Risquons-Tout, du nom du village où le combat eut lieu. Mais il n'y avait pas trahison; cependant il y avait intelligence de quelques démocrates de Paris avec les réfugiés belges. Des contreordres fermement donnés par le gouvernement étaient venus révoquer des ordres donnés par des agents occultes. Les puissances étrangères se plaignirent avec raison mais avec modération, elles furent forcées de reconnaître la bonne foi et même la vigueur de répression du ministre des affaires étrangères.
UVRE DOUZIÈME. ::ïï'.
Les mêmes tentatives de rassemblement sur le sol français eurent lieu à Strasbourg et sur les bords du Rhin, malgré T incessante résistance du gouvernement français, enfin une expédition de volontaires savoisiens partit de Lyon, passa le Rhône et s'avança sur Chambéry, s'en empara par surprise et l'ut expulsée le lendemain par une insurrection spQDtanâfl des montagnes. M, Emmanuel Arago qui gouvernait avec peine l'anarchie industrielle de Lyon , écrivit à Lamartine pour le prévenir de ce complot qu'il combattait, mais qu'il ne pouvait réprimer sans force année. M. Ledru Roi lin informé l»;ir le ministre des affaires étrangères envoya des commissaires et des ordres pour dissoudre ce rassemblement Lamartine proposa le secours de l'armée des Alpes pour rétablir Tordre a Chambéry cl (tour réprimer Patientât des réfugiés et des Français contre la nationalité savoisionne. Le gouvernement fut aussi étranger à cette violation que le gouvernement précédent l 'avait été a l'invasion dus Italiens en Savoie. Il publia une proclamation par laquelle il écartait tous les réfugiés des frontières. Lamartine el le ministre de l'intérieur s'entendirent pour opérer cette dissolution des rassemblements, Dfts sommes considérables furent employées par
M. Flocon pour secourir, écarter, disséminer et interner ces milliers de réfugiés.
Mais les plus remuants restaient à Paris. C'étaient les Polonais. Les Polonais sont le ferment de l'Europe. Aussi braves sur le champ de bataille que tumultueux sur les places publiques, ils sont l'armée révolutionnaire du continent. Tout leur est patrie pourvu qu'ils l'agitent, ils agitaient Paris et menaçaient le gouvernement. Acclimatés par l'hospitalité nationale , soutenus par des comités français, pourvus de protecteurs infatigables tels que MM. de Montalembert, Vavin, toujours prêts à faire valoir leurs titres devant le pouvoir, ils étaient une des plus sérieuses difficultés de la situation du ministre des affaires étrangères. On leur avait ouvert des brigades polonaises soldées par la France ; c'était aller aussi loin que le droit des gens le permettait. Déclarer pour eux la guerre à la Prusse, à l'Autriche et à la Russie c'était une croisade pour conquérir un sépulcre. La leur refuser? c'était s'exposer aux impopularités et aux séditions en leur faveur, lis avaient leur voix dans tous les clubs, leur cri dans toutes les émotions leur main dans toutes les mains des attroupements. Ils recrutaient ouvertement les sympathies dans les ateliers natio-