LIVRE TREIZIÈME
Naples avait arraché à son roi une conititution. L'armée restait au roi. Elle combattit sous lui le* tentatives républicaines. La Sicile proclama soft indépendance et versa son sang pour la sceller. -
Enfin le roi de Sardaigne Charles-Albert, ithi tant le roi de Prusse leva à la tête de cent mille hommes le drapeau de l'indépendance dé l'Italie. Allié solidaire, presque vassal de la politique autrichienne, il profita des revers de l'Autriche pour marcher sur la Lombardie. Entratné par sa vieille ambition, poussé par son peuple, retenu par ses principes antilibéraux , blâmé par sa cour, et par son clergé, applaudi et menacé par les républicains, il se jeta sans prévoyance et saùs logique dans un abîme d'inconséquences de fautes et de difficultés. Il crut échapper à la République par la conquête. Il ne trouva que la ruine de son pays et l'exil. Bon soldat, mauvais chef, homme inconsistant, prince tour à tour révolutionnaire et persécuteur, il était né pour être l'instrument passif et malheureux des partis dominants. Il racheta par son héroïsme personnel les imperfections de son intelligence et de son caractère. L'histoire le plaindra et l'honorera.
Chacun de ces événements ainsi groupés arrivant coup sur coup à Paris avait pour écho une
immense acclamation de joie. Le plus grand* danger de la République élait la crainte d'une coalition contre elle. La peur est cruelle. Elle fait crier à la trahison. Elle dresse les échafauds. Elle motive les dictatures. Elle donne le gouvernement aux partis extrêmes. Lamartine redoutait avant tout ces paniques de coalition que pouvaient saisir la France et la pousser aux convulsions et au sang. Les déchirements successifs de l'Europe, les détrônements, les émancipations des peuples qu'il avait prédits à ses collègues et à l'opinion, venaient de semaine en semaine fortifier son système pacifique. L'horizon s'ouvrait de toutes parts. La démocratie fraternisait du Danube au Tibre. L'air entrait avec la sérénité et la sécurité dans l'esprit public à Paris. La peur s'évaporait des âmes les plus ombrageuses. Le prétexte manquait aux partisans les plus effrénés de l'agression autour du gouvernement. Les clubs même vociféraient les bénéfices de la paix. Les agents confidentiels que le ministre des affaires étrangères avait envoyés dans toutes les capitales de l'Europe lui annonçaient par tous les courriers le succès populaire de sa diplomatie inoffensive pour les nations, irréprochable envers les gouver-* nements, tout-puissante parles résultats.
Toute discussion sur les affaires étrangères avait cessé dans le sein même du gouvernement. Le ministre dirigeait seul et sans contestation les desli-