LIVRE NEUVIÈME
la France qu'on avait les yeux, c'était à la France de parler la première. l'Europe et la France ellemême attendaient avec anxiété ce premier mot de la République au monde. Il était prudent et digne de le faire attendre quelques jours. La République ne devait passe précipiter vers la paix comme une puissance timide qui craint la guerre. Elle devait la déclarer possible et non l'implorer comme nécessaire. Elle devait de plus s'assurer secrètement avant de proférer les dogmes de la paix que ces dogmes ne seraient pas désavoués avec insulte par les autres puissances. Elle se serait exposée à voir ses avances au principe pacifique dénaturée». Elle aurait à recueillir, au lieu des sympathies qu'elle méritait, des défis qu'elle aurait été dans la nécessité de relever ou de venger. Lamartine ne se pressa donc pas. 11 rédigea dans les courts intervalles de nuit que lui laissaient les tumultes de la place publique le manifeste de la République. Il le soumit le 6 mars à la délibération de ses collègues, des ministres et de quelques hommes politiques éminents de l'opinion républicaine qui assistèrent ce jour-là à la délibération.
La séance était solennelle. Sept hommes sortis quelques jours avant d'une tempête tenaient dans leurs mains la paix ou la guerre. D'un mot ils allaient armer et faire entrechoquer les principes et les hommes sur toute la terre, ou rasséréner l'ho-