LIVRE QUINZIÈME
était le dépôt de misères, d'oisiveté, de vagabondage, de vices, et bientôt de sédition, qu'une population de trente-six millions d'hommes agités par une révolution laissait sur ses bords en se retirant.
Le gouvernement provisoire, en alimentant cette masse d'indigence pendant le chômage de quatre mois d'une multitude industrielle accumulée dans une capitale en feu, n'avait jamais en comme on l'a cru la pensée d'en faire une institution. Ce n'était pas une institution, c'était un secours, secours à la fois d'assistance et de politique, car sans ce subside des riches pour nourrir les pauvres que seraient devenues à la fois la propriété et l'indigence? L'une eût été ravagée, ou l'autre serait morte de faim; deux crimes dont un gouvernement prudent pour les riches, cordial pour les pauvres, ne pouvait être l'exécuteur.
Mais jamais non plus le gouvernement provisoire ne s'était dissimulé que le jour où il faudrait transformer cette institution temporaire, dissoudre ce .bloc, déverser cette masse inoccupée, impérieuse, et soldée, sur d'autres parties du territoire et sur des travaux réels, il y aurait une résistance, un conflit, un choc, une sédition formidable. Peut-être du sang répandu.
C'est à cet événement que la commission executive se préparait en silence; avant d'y exposer l'Assemblée, son devoir était double. Adoucir ce choc
en opérant d'abord de forles dérivations par le salaire offert ailleurs, par le travail préparé en grand, par des lois de paupérisme larges et d'une intention évidente d'assistance aux misères réelles; et ensuite attaquer la difficulté avec vigueur, et se prémunir d'une force armée irrésistible pour dissoudre le dernier noyau qui tenterait de résister à la loi , et qui prendrait son oisiveté sans excuse pour prétexte de la rébellion.
Quelques membres de la commission executive s'occupaient activement de la réalisation de cette première pensée, avec M. Trélat ministre connu et aimé de la partie souffrante du peuple, Lamartine s'occupait surtout de la seconde avec le ministre de la guerre.
Mais l'Assemblée nationale récemment arrivée de ses départements, excitée par les ressentiments des hommes aigris contre la République , témoin des vagabondages scandaleux de cette armée nomade des ateliers , peu initiée encore aux difficultés de la situation de la capitale , impatiente des temporisations et des ménagements nécessaires pour amener une dissolution sans catastrophe, s'irritait des lenteurs de la commission. Les journaux des partis monarchiques ne cessaient de dire que les hommes du gouvernement provisoire dépossédés de leur ambition par la présence de la souveraineté nationale, gardaient, grossissaient, soldaient cette armée