LIVRE QUINZIÈME
rappel appelait aux armes une garde nationale de deux cent mille hommes dix fois suffisante pouf contenir ces pelotons de séditieux et pour effacer du sol leurs fortifications. Mais il faut le dire à l'humiliation de cette journée et à l'instruction de l'avenir, les gardes nationaux ne répondirent pas d'abord en masse assez décisive à rappel du gouvernement. Leur lenteur, leur mollesse, leur inertie dans quelques quartiers laissèrent les rues à la sédition. Ils voyaient s'élever d'un œil impassible ces milliers de barricades qu'ils auraient à reconquérir de leur propre sang.
Le gouvernement avait quitté le Luxembourg pour se rapprocher de l'Assemblée nationale et pour la couvrir. 11 s'était établi à la fois en conseil et en camp, avec le général Cavaignac dans le logement du président de l'Assemblée.
Le général fit de concert avec le gouvernement son plan d'opération, il résolut de masser ses troupes comme il avait été convenu d'avance dans le jardin des Tuileries,- aux Champs-Elysées, sur la place de la Concorde, sur l'Esplanade des Invalides et autour du palais des représentants. Il fit occuper l'Hôtel de Ville par quinze ou seize bataillons, sous les ordres du général Duvivier en maintenant ses
communications libres par les quais. Il donna au brave général Damesme que le gouvernement venait de nommer commandant de la garde mobile, le commandement du quartier immense et populeux qui s'étend du Panthéon à la Seine. Le général Lamoricière avec un petit nombre de bataillons fut chargé de couvrir toute la rive gauche de la Seine depuis le Château -d'Eau jusqu'à la Madeleine. Superficie immense qui eût demandé à elle seule une armée.
Cependant le combat venait de s'engager de luimême sur le boulevard, deux détachements d'intrépides volontaires de Tordre, de la 1re et de la 2e logions abordèrent d'assaut deux barricades avancées jusque-là et moururent héroïquement à ses pieds sous le premier feu des insurgés.
Je ne raconterai pas les différents combats de ces journées pendant lesquelles les généraux, les gardes nationaux d'élite, les soldats, les gardes mobiles surtout, les représentants et l'archevêque de Paris lui-même versèrent leur sang, couvrirent leur patrie de deuil et leur nom de gloire. Négrier, Duvivier, Lamoricière, Bedeau, Bréa, Bixio, Bornés, Lafontaine, Lebreton, Foucher, Lefrançois et tant d'autres ont marqué d'une tache de leur gêné-