‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 238 sur 244 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

et brisée par le commandement , l'œil lier et serein du soldat qui respire au milieu de son élément natal, il rendait l'élan à ses soldats, la confiance aux gardes nationaux consternés. Ses rapports respiraient l'intrépidité de son âme, mais il ne dissimulait pas son insuffisance de troupes, l'immensité des assaillants, le prolongement des barricades entre la Bastille et le Chàteau-d'Eau , entré les barrières et le boulevard. Il implorait des renforts que le gouvernement ne cessait d'appeler par le télé* graphe et par les officiers d'ordonnance. Les gardes nationaux de la banlieue commençaient à arriver par détachements; à la voix des généraux, ils se rangeaient autour de l'Assemblée et se mêlaient aux gardes nationaux de Paris auxquels ils donnaient l'exemple. Dès que le gouvernement vit arriver ces gardes nationaux de la campagne autour de Paris , il eut le sentiment de la victoire au milieu même des transes du combat.

Le général Cavaignac parut tranquillisé sur le résultat définitif de l'événement en lisant les derniers rapports que ses aides de camp apportaient. L'insurrection était de toutes parts refoulée ou contenue a l'exception du faubourg du Temple, du faubourg Saint-Antoine et des immenses quartiers

adjacents» centre d'une population touffue, jadis turbulente, aujourd'hui convulsive. Les soldats qui combattaient depuis le matin étaient fatigués, la nuit devait amener les renforts appelés par le gouvernement. « C'est asfeez pour aujourd'hui, dit-il a au conseil. Il faut laisser reposer les soldats, « garder nos positions, recruter nos forces, demain « nous délivrerons la partie de la rive gauche qui « résiste encore. » — Cet avis avait des motifs plausibles; les troupes étaient rares, décimées, exténuées ; mais si la nuit devait amener des défenseurs, elle devait aussi entraîner tous les quartiers populeux dans la sédition, multiplier les barricades, les changer en forteresses et nécessiter des flots de sang de la garde nationale et de l'armée pour les reconquérir. Lamartine en fit l'observation au général et au conseil : « Nous avons encore quatre « heures de jour, dit-il , et toute une longue nuit; « ne les laissons pas à l'insurrection. Prévenons-la, « étouffons-la , resserrons-la du moins le plus étroi- « tement possible avant les ténèbres ; si les troupes « nous manquent, enlevons par notre exemple la « garde nationale qui flotte et qui tarde, formons « avec le peu de bataillons groupés autour de « l'Assemblée une dernière colonne d'attaque, et « conduisons-la nous-mêmes à l'assaut des barri - « cades du faubourg du Temple, position la plus « forte et la plus décisive des insurgés. »

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