LIVRE DIXIÈME
d'heure en heure, on ébaucha des mesures pour rassurer le capital > le travail et le crédit. On répondit au mot banqueroute , jeté dans les esprits , par un décret qui anticipait de quelques semaines le paiement de la rente aux créanciers de l'Etat. C'était répondre par un fait à des suppositions de ruine; c'était le défi jeté à la défiance. Cette mesure ne suffit pas pour rassurer les imaginations : les banquiers y virent une bravade pour déguiser la peur ; ils calculèrent que la rente une fois payée, il ne resterait rien au Trésor. Les inquiétudes se propagèrent, l'argent se resserra. Les sept cents millions que l'État devait aux caisses d'épargne , aux porteurs de bons du Trésor, aux services publics, pesèrent sur le ministre des finances. Il signala des éventualités sinistres auxquelles il frémissait d'attacher son nom. Garnier-Pagès avait pris le fardeau du ministère des finances. Il ne se dissimulait rien de l'extrémité des périls, il céda moins aux instances de ces collègues qu'à la propre impulsion de son courage. C'est un de ces hommes que le péril tente et qui grandissent avec les crises. Il se dévoua, lui, son nom et sa vie; il choisit pour second Duclerc , aussi courageux et aussi infatigable que lui.
Les finances furent sondées en peu d'honros par ces deux hommes. Ils reprirent confiance et ils l'inspirèrent au gouvcrnoFnrnt. A\ant \c 8 mars, Garnier-
00 liKVOI.rriON de 1848.
Pages étalait (lovant le conseil toutes les plaies et tous les remèdes de la situation.
La France était plus grevée par (juinze ans de pai\ (jirollc no Teùt été par une longue guerre. Les linances étaient engagées au point d'enlever toute liberté d'action au pays, si de grandes nécessités extraordinaires étaient venues le saisir inopinément. La royauté avait fait son système financiiM' à son image; tout était engagé pour une longue paix. Ce système, bon d'intention, avait ou son excès dans les innombiables actioîis industrielles, monnaie fictive (jui chaigcait les portofeuilles des particuliers et dos bancjuiors, qui ne représentait encore (jU(* des ca[)itau\ problématiijuos, qui ne rendait point de revenu et qui servait au jou de Tagiotage. Il y en avait au moins pour une valeur do doux milliards. Ces actions allaient s'évanouir ou s'immobiliser dans les caisses des industriels et des soumissionnaires des grands travaux publics. Les sommes nécessaires au service (Tune année \\\ôo, dans le budget s'élovaiont à di\-S(>j)t cent don/.i' millions : (mikj cont (jualor/o millions étaient promis ot dus an\ tra- \aii\ on cours d'oxécution. La dette publicjue constituée moulait à cin(| milliards cent soi\anto-(li\-neuf millions. Cette dette s'olail accrue de ncufix^nts millions en so[)l ;nis. La ro\anto avait (Mé pi'odigu(^ d'avenii-. La K('|)td)li(|U(^ allait riro cliargéo du j)oids, des responsabilités ot {\v> impo|)ularités (Tinu' licjuidation (pii ne lui appaitcuiiil eu v\ru. Ni la dcMlc, ni !a révoluliou n'étaient le lait (1(^ c(mi\ (pii allaient vu porter