‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 100 sur 234 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

PROCLAMATION DE l» RÉPUBLIQUE A LA BASTILLE (P. 175).

chaque jour il recevait cette invariable réponse que les ingénieurs n'avaient rien apporté encore. Enfin, le 15 mars, M. Marie, indigné de cette lenteur, convoque une réunion des ingénieurs. Après leur avoir exposé le péril pressant, il les somme de fournir sur-le-champ des travaux sérieux ; les ingénieurs ne répondent que par un profond silence. Alors M. Trémisot, chef du service des eaux et du pavé de Paris, leur reproche avec force leur inertie volontaire ou involontaire dans un moment où il y va du salut de tous; il propose une série de travaux immédiatement réalisables. M. Emile Thomas appuie les plans de M. Trémisot; il les complète par d'autres propositions (1). En con-

(1) M. Kmile Thomas, dans une note adressée le 4 août 1848 au ministre des travaux publics, avoue que ces travaux, jiarfaitement inutiles, dont le résultat est un capital morf, n'ont occupé que 14,000 ouvriers par jour, {liapport de la commission d'enquête, y. II, p. 157.)

géJiant les ingénieurs, M. Marie leur recommande de faire à l'avenir preuve de plus de zèle, car le nombre des ouvriers croissant h chaque heure, leur mécontentement, leur irritation croissant avec leur nombre, il faut les occuper sur-le-champ ou bien s'attender aux plus grands désastres.

Après que les ingénieurs se furent retirés, le ministre resta en conférence avec M. Emile Thomas, M. Bûchez et M. Soulage, secrétaire général du ministère. M. Bûchez exposa au ministre que les frais des ateliers nationaux devenaient trop considérables pour que les revenus de la ville y pussent suffire (1). Il se-

(1) Dans CCS premiers temps la comptabilité des ateliers nationaux fut à peu près nulle. On mentionnait la reeetie et la dépense sur un simple carton. Les fonds destinés à la p.aye se distribuaient sans garantie, sans contrôle, sans responsabilité sérieuse, sur un reçu des agents chargé!, de la répartition; un grand nombre do doubles payoir.ents et

DANIEL STERN

rait urgent, disait-il, de faire supporter par le Trésor une partie de cette dépense extraordinaire. En tous cas, il fallait commencer à réduire la paye de non-activité, afin d'arriver insensiblement à une suppression totale. Le ministre redoutait l'effet de cette mesure et n'osait en prendre la responsabilité. On commençait à s'alarmer sérieusement de cette armée fainéante, dont on avait cru tirer un si bon parti. On sentait qu'elle échappait à ses chefs et qu'il serait bientôt aussi difficile de la maintenir que de la dissoudre.

M. Emile Thomas rassura le ministre et se fit fort d'opérer la réduction du salaire, et, dès le lendemain, 16 mars, il annonça dans une proclamation que la paye ne serait plus dorénavant que d'un franc par jour pour les ouvriers sans ouvrage. Sa confiance ne fut point trompée. Le sentiment de la justice et la honte de retenir un salaire immérité parlèrent plus haut que le besoin dans ces masses troublées, mais non corrompues. Les prolétaires montrèrent une fois encore combien, même dans les circonstances les plus critiques, ils étaient accessibles à la voix de la raison. Aucun murmure ne s'éleva contre une mesure rigoureuse qui diminuait un salaire déjà insuffisant (1). Les ouvriers se soumirent. C'était le jour même où l'élite de la garde nationale donnait l'exemple de la rébellion, par une démonstration d'hostilité envers le gouvernement et de répugnance pour l'égalité démocratique ; démonstration à laquelle le bon sens railleur du peuple a infiigé le sobriquet caractéristique de manifestatmi des bonnets à poil.

En dehors des ministères, trop peu subordonnés au conseil du gouvernement provisoire pour lui créer une forte unité d'action , deux

mOmo de Tausses aignaturea rcstiltiront de celto alucnco do contrôle et d'adminiitratioD r(''giili^rc. La dépense du preraiiT moi» fut do 1,400,000 franc» environ. Le 25 nior», un it»[icclfur do» (Iniinci^i, M. liuy, fut envoyé pour organiser la comptabilité. Malgré un complet désordre, il ne conalula ccpondiiiit qu'un déficit do COO franc».

(1) Le» ouvrier» ne travailkieut digl» plu» qu'un jour »ur qualn.

pouvoirs indépendants s'étaient élevés : ia mairie de Paris et la préfecture de police. Dans les temps ordinaires, ces deux administrations considérables relevaient du ministère de l'intérieur, qui tenait ainsi dans ses mains le gouvernement de Paris; mais l'établissement révolutionnaire du 25 février scinda en trois et divisa profondément cette action commune.

Obsédé par les souvenirs de la première révolution, le conseil, dans sa première séance de l'Hôtel-de-Ville, avait ratifié l'élection d'un maire de Paris, faite, comme je l'ai raconté plus haut, dans l'assemblée tumultueuse du conseil municipal, et il avait conféré à M. Garnier-Pagès des pouvoirs extraordinaires. On a vu de quelle manière, pendant ce temps, l'un des agents de la Hé/orme, M. Marc Caussidière, ancien président de la, Société des Droits de riiomme à Saint-Étienne, condamné à la prison perpétuelle après la dernière insurrection de Lyon, s'était installé à la préfecture de police. Les deux grandes rivalités du parti démocratique se trouvèrent ainsi en présence, retranchées chacune dans un poste important, en mesure de se combattre à armes égales. La lutte ne tarda pas à s'engager. Dès le 26 février dans la soirée, M. Garnier-Pagès, affectant de traiter M. Caussidière comme un subordonné, lui envoyait, par M. Bethmont, l'ordre de faire enlever les barricades qui gênaient l'arrivée des subsistances. Celuici reçut à la préfecture de police un accueil qui lui fit comprendre h quels esprits insubordonnés le gouvernement allait avoir affaire, et combien il serait malaisé de les plier à une autorité quelconque. Entouré déjà d'un bataillon intrépide d'hommes rassemblés au hasard par un instinct commun d'aventures, M. Marc Caussidière jouait avec un sérieux imperturbable un personnage à demi bouffon, îl demi tragique. Tout était évidemment calculé i la préfecture de police pour grandir son importance. Frapper l'imagination des bourgeois par un contraste fortement trandié entre un appareil toujours menaçant pour les

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