‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 111 sur 234 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Conférences du Luxembourg. — M. Louis Blanc, des 16 et 17 mars.

Pendant que la près e et les clubs, livrés à tous les vents de la tourmente révolutionnaire, agitaient confusément les passions de la multitude, les conférences du Luxembourg s'ouvraient avec gravité, et le prolétariat, par l'élite de ses représentants, docile à la voix d'un homme d'étude et de doctrine, délibérait, cherchait avec bonne foi à concilier par Yorganisalion du- travail les droits et les intérêts qu'une liberté illimitée avait rendus hostiles.

Ce fut un spectacle d'une nouveauté étrange pour la France et pour l'Europe, où l'on observait à ce moment avec inquiétude tous les pas, tous les actes, toutesles paroles du peuple de Paris, de voir le palais de Marie de Médicis, ses cours, ses escaliers, ses galeries de

dm que nos institutions vont amener pour lo peuple : c'est par elles quo l'iiommo trouva le bonheur dans la fnmillo ; ce sont elles qui lui donnent lo principe do ses sontimciits moraux. KUcs «ont depuis longtemps associées à toutes les gloires dans U littérature, dans les beaux-arts, dans l'industrie, comme elles sont associées i> toutes les douleurs en la personne des admirables soeurs do charité.

€ Faites, citoyens, que lu gloire dos femmes illustres et méritantes qui nous ont précédées rcjaillisso en co moment fur les femmes du travail et du dévouement obscur, sur les mtres, les filles, les sœurs d« ce peuple pour lequel vous faites do si grandes choses.

t llocuvez, citoyens, eto, s

marbre, ses vastes et majestueuses enceintes, chaque jour traversés par de longues 11 les de prolétaires, inattentifs à ces magnificences de l'art florentin et de la roj-auté française, recueillis en eux-mêmes, absorbés par une pensée unique, et qui poursuivaient avec une ardeur concentrée, digne d'un succès meilleur, un but qu'il ne leur était pas donné d'atteindre.

La salle des délibérations de l'ancienne Chambre des pairs avait été choisie pour la convocation du parlement de l'industrie. Les huissiers, eu tenue officielle, vêtus de noir, l'épée au côté, étaient venus reprendre, dans l'assemblée des vestes et des blouses, l'office qu'ils remplissaient huit jours auparavant auprès des habits brodés; et cette invariabilité dans l'appareil du pouvoir, quand le pouvoir même avait pour ainsi dire changé de pôle, mettait en saillie, de la manière la plus pittoresque, l'élément comique presque toujours mêlé aux plus tragiques vicissitudes de l'histoire.

Le P"" mars, à neuf heures du matin, deux cents délégués des différentes corporations ouvrières prenaient place sur les sièges de cette pairie, chargée naguère de condamner à la mort et au cachot les soldats et les confesseurs de l'égalité républicaine. M. Louis Blanc occupait le fauteuil du chancelier duc Pasquier. L'ouvrier Albert, en qualité de vicel)i'ésident, était assis au bureau, i ses côtés. M. Louis Blanc nous dit lui-même (1) qu'il éprouva en ce moment une impression solennelle et profonde; mais combien cette impression eût été douloureuse, si la joie qu'il ressentait i\ présider au triomphe extérieur de ses idées lui eiit permis de voir, dans un avo» nir bien rapproché, l'impuissance d'un système et d'une volonté, si énergique qu'elle fût, k changer les conditions essentielles do la vie sociale! Bien que M. Louis Blanc eût deviné les motifs qui détoriniiiaient le gouvornoment provisoire à lui faire tenir, loin do l'Hôtel- do-

(1; Voir;'.i(/f< J'hiiloiif, p. 49.

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