‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 129 sur 234 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

nonciations qui lui arrivaient de tous côtés contre les commissaires, crut devoir, par une mesure générale, conférer des pouvoirs extraordinaires à des commissaire» généraux auxquels il subordonna les commissaires particuliers.

Déjà les circulaires et les bulletins du ministère de l'intérieur, et surtout le retard impolitique des élections (1), avaient jeté l'incertitude et le trouble dans les esprits. La complication qu'apportèrent dans la direction des affiiires les mésintelligences inévitables entre les commissaires généraux et les commissaires particuliers, offensés de cette espèce de surveillance et de suprématie qui leur était imposée, enlevèrent au gouvernement sa plus grande part d'action et achevèrent de détruire le bon effet que l'établissement paisible de la République avait produit partout.

Le commissaire général nommé pour les quatre départements des Bouches-du-Rliône, du Var, des Basses-Alpes et de Vaucluse, M. Reppelin, avocat de Grenoble, aj^partenait à la fraction exclusive des répiMîcains de la veille. A peine arrivé à Marseille, il se laissa circonvenir par les plus exagérés entre les révolutionnaires et blâma la conduite de M. 01livier. La garde nationale , selon lui , était beaucoup trop bourgeoise; il la fallait immé-

(1) En réponse à une dépêche du ministre de l'intérieur qui demandait l'opinion des commissaires sur l'utilité d'un retard, M. Ollivier répondit par les considérations suivantes qui pouvaient s'appliquer à la presque totalité des départements :

■ A Marseille et dans les départements que je représente, la respiration sociale, si je puis parler ainsi, est suspendue jusqu'aux élections. Jusqu'à cette époque aucune afl'aire ne se fera, et, si le délai se prolonge, la stagnation pourra devenir un immense désastre. L'opinion du commerce, eu majorité ici, ne saurait être douteuse; elle se fortifie de C3lle des travailleurs qui soutirent beaucoup de la suspension d'un grand nombre d'usines. Les malheureux consentent à ajourner leurs prétenlions jusqu'à l'Assemblée constituante, mais à la condition qu'on n'éloiguera pas cette époque désirée. Certes, les élections procliaines ne permettront pas à certaines personnes inconnues, qui tombent sur nous de Paris comme des nuées de sauterelles, do préparer leurs oandidatui-es; mais, d'autre part, elles empêcheront les partis vaincus de nouer leurs trames. Les conservateurs du passé ont besoin de temps pour préparer leurs intrigues; nous, pour faire consacier nos principes, nous n'avons besoin que d'enthousiasme. » {Le commistain du rjnuoernemenl au minisire de l'intérieur, Marseille, le 22 mars 1848.)

diatement dissoudre et reconstituer; le comptoir d'escompte était présidé par un réactionnaire qu'il fallait destituer; enfin, ralliauce avec les légitimistes et le clergé était une alliance adultère, et la candidature de M. Berrver, que M. Ollivier avait promis de ne pas combattre, devait être ouvertement repoussée.

A toutes ces prétentions d'un républicanisme absolu qui n'avait aucun point d'appui dans une ville où la révolution de Février n'avait pas trouvé plus de cent républicains, M. Ollivier opposait : l'impossibilité d'opérer de vive force le désarmement de la garde nationale qui, certes, ne se laisserait pas dissoudre de bonne grâce ; les heureux effets produits par les opérations du comptoir d'escompte qui, n'étant point une institution politique, avait du considérer, dans la nomination de son président, la probité et le crédit bien plutôt que le zèle républicain; enfin, il affirmait que la nomination de M. Berryer, impolitiquement combattue, n'aurait pour tout résultat, en rompant l'alliance antérieure à !a révolution des légitimistes et des radicaux, que de procurer l'élection de M. Thiers, considérée par le gouvernement comme infiniment plus dangereuse.

Des débats très-vifs entre les deux commissaires se renouvelèrent sur ces trois points principaux, pendant une huitaine de jours; après quoi, le ministre de l'intérieur ayant donné raison à M. Ollivier (1), M. Reppelin dut céder et quitter Marseille, non sans avoir singulièrement nui à la cause qu'il croyait

(1) Dans nue dépêche du ministre de l'intérieur, adressée le 18' mars à M. Emile Ollivier, le secrétaire général, M. Jules Favre, s'exprime ainsi, au nom du ministre : « Je par:age votre opinion que vous ne devez apporter aucun obstacle à la réélection du citoyen Berryer, qui, légitimiste seulement dans la forme, est au fond un patriote sincère, et dont l'éloquence, comme vous le dites avec raison, est une des gloires du pays. En principe, d'ailleurs, je ne crois pas que le succès des candidatures légitimistes, bien entendu toutefois à défaut d'autres, présente un danger réel. Les liommes les plus remarquables de ce parti, comprenant enfin qu'ils représentent des idées sans racines dans le p.ays, ont siucèrement adhéré à l'ordre de choses nouveau ; les autres seront sans action sur l'Assem- Wée. «

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