‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 179 sur 234 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

-M. BÛVAPAliri

L'expédition de Boulogne prêtait encore plus à rire que celle de Strasbourg. On ne s'en fit pas faute.

L'attitude du prince devant la cour des pairs avait paru embarrassée. Le président Pasquier l'avait accablé de son dédain. Tous les journaux abandonnèrent à l'envi le prétendant malheureux. La. Presse, en racontant ce qu'elle appelait Véquipie de Boulogne, disait que personne en France ne pouvait 7ionorahlement éprouver la moindre sijmpathie, ni même la moindre pitié, pour ce jeune homme Qui paraissait naoolr pas ^j^ws d'esprit qzie

de cœur (1). Une seule voix osa s'élever en faveur du prisonnier : ce fut celle de M. Louis Blanc, qui, sans justifier les prétentions impériales, protesta avec beaucoup de force , dans la Revue du progrès, contre le principe des juridictions spécialement politiques.

Mais la longue captivité de Hain parla plus haut dans l'esprit du peuple que les railleries de la presse et des salons ministériels. J'ai déjà eu occasion de le remarquer, le peuple n'est que très-médiocrement sensible à ce que

(1) Voir U iVMje, uuiuOro Ju b aoùv 1810.

DANIBL STBRN.

nous appelons le ridicule; il est, au contraire, plein de compassion pour le malheur, mérité ou immérité. La prison de Hara servit immensément la cause napoléonienne. Les soldats de garde dans la forteresse s'attendrissaient sur le sort du neveu de l'Empereur, on ne parvenait pas à les empêcher de lui rendre les honneurs militaires; rentrés dans les casernes, ils y rapportaient ses propos affables, ils vantaient son courage. Louis-Napoléon, qui possédait à un rare degré le don de se conformer aux circonstances et d'en tirer parti, tourna cette sévère solitude au profit de son instruction et de sa popularité. Il y vécut avec une sobriété favorable au travail. S'étant formé une bibliothèque considérable, il lut, il étudia, il acquit des connaissances solides.

Renonçant, en apparence, à son rôle de prétendant, il entra en correspondance avec les hommes les plus distingués du parti démocratique et parut ne plus songer qu'aux intérêts du pays et à la prospéinté de la France. Les personnes qui l'allaient voir dans sa prison revenaient charmées de son accueil. On louait la facilité avec laquelle il supportait des privations dont sa santé même avait souvent à souffrir. On lui trouvait un esprit médiocre, mais qui semblait juste; on le croyait éclairé par l'expérience.

Il souffrait qu'on le questionnât, et, quoiqu'il évitât de se prononcer, il paraissait incliner vers les idées républicaines. « La République serait mon idéal , disait-il à M^L Degeorges, Peauger, Louis Blanc et autres républicains qui allaient le visiter, mais j'ignore si la France est républicaine. Je vois dans son ])istoire les deux éléments monarchique et républicain exister, se développer simultanénicnt. Si le pays m'appelle un jour, je lui obéirai; je réunirai autour do moi tous ceux qui veulent la liberté et la gloire; j'aiderai le peuple à rentrer dans ses droits, à trouver la formule gouvernementale des principes de la Révolution. »

Los articles qu'il insérait dans la Revue du Pas-de-Calais exprimaient à peu près la môme

pensée et lui valaient les éloges de la presse républicaine. « Louis Bonaparte n'est plus un prétendant, disait le Jotirnal du Loiret, c'est un citoyen, un membre de notre parti, un soldat de notre drapeau. « Les socialistes surtout se rapprochaient de lui avec empressement. Louis-Napoléon semblait goûter les idées de M. Louis Blanc. Il contribuait à la publication du journal fouriériste ; dans plusieurs de ses écrits il avait développé le système russe des colonies militaires, qui n'étaient pas sans quelque rapport avec le phalanstère. Le titre même de l'un de ses ouvrages : Extinction du paiipérisme, annonçait des préoccupations socialistes, ou, pour parler le langage du temps, des idées humanitaires.

Il se formait ainsi de bien des sympathies diverses, de bien des courants d'opinion, autour du nom de Bonaparte, une force considérable (1). Le retour des cendres de l'Empereur fut pour cette force, encore inerte, comme un choc électrique qui l'anima.

Le contraste du triomphe décerné aux mânes de Napoléon et de la dure captivité que subissait son neveu saisit les imaginations. " Pendant qu'on déifie les restes mortels de l'Empereur, écrivait Louis Bonaparte, moi, son neveu, je suis enterré vivant (2). « A cette

(1) Jo lis dans uno lettn', écrite n cette époque, uiio curicusi appréciation de ces courants d'opinion : « Dans cet état de choses, beaucoup d'hommes de tous les partis se rattachent au prince. Le mouvement diîs esprits est tros-inariiuo dans ce sens, surtout en province. A Paris il s'accuse parmi les députés. On en compte imo trentaine qui eonftssent volontiers leurs dispositions il cet égard. Toute l'ancicni:»' extrême gauche est lit en masse. La gauche Barrot est ciitiniée, et lo mouvement arrive presque jusipi'!» son chef, c pendant très-indécis. Tliicrs est suspect il quelques-uns; jo crois que c'est h tort. Tliiers commence il douter de la ij nnstie, mais il n'en est pas détaché. C'est le seul liumnie pcut-CIro qui sache bien sur tcus les points notre situation; il est impérialiste par le fond dos idées, mais il redoute trop une révolution pour ae fairu révolutionnaire. Le parti bonapartiste pousse SCS rameaux Jusque dans le parti conserva teur. C'est exceptionnel et rare, mais colo se trouve. C'est un parti qui se fait uvcc les déclassés do tous les cCtét, tt les déclassés abondent au point que le nonihru et la l'ono tonl avec eux désormais, v

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