TROISIÈME PARTIE
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Lui , obligé de se défendre devant l'Assem- ] blée ! Quelle nouveauté dans sa carrièrû politique et comme on voit qu'elle le trouble! Il commence une longue justification des actes du gouvernement provisoire, remonte jusqu'à la proclamation de la République, rappelle le drapeau rouge écarté. On l'écoute avec froideur; on le trouve prolixe, emphatique. Il se glace en parlant; il voit son auditoire distrait, inattentif, et demande enfin, sous prétexte qu'il a besoin de repos, la suspension de la séance. Pendant cette suspension, une agitation sourde se répand dans l'Assemblée. Ou
est inquiet, on s'interroge. Qu'y a-t-il de foiidé dans toutes ces alarmes, dans ces accusations réciproques? Pourquoi cet appareil militaire? Que se passe-t-il au dehors? On parle d'une collision engagée entre la troupe et les rassemblements, d'un coup de feu tiré. M. de Lamartine remonte à la tribune. « Ciloyens représentants, dit-il, une circonstance fatale vient d'interrompre le discours que j'avais l'honneur d'adresser à cette Assemblée. Plusieurs coups de feu ont été tirés : l'un sur le commandant de la garde nationale 1 de Paris, l'autre isur un officier de l'ariiiào;
DANIEL STERN
Tin troisième, enfin, sur la poitrine d'un officier de la garde nationale. »
« Les coups de feu, reprit-il, étaient tirés au nom de : « Vive l'Empereur! » C'est la .première goutte de sang qui ait taché la Révolution éternellement pure et glorieuse du 24 février. Gloire à la population, gloire aux différents partis de la République, du moins ce sang n'a pas été versé par leurs mains : il a coulé, non pas au nom de la liberté, mais au nom du fanatisme des souvenirs militaires et d'une opinion naturellement, quoique involontaire peut-être, ennemie invétérée de toute république.
« Citoyens, en déplorant avec vous le malheur qui vient d'arriver, le gouvernement n'a pas eu le tort de ne s'être pas armé autant qu'il était en lui contre ces éventualités. Ce matin même, une heure avant la séance, nous avons signé d'une main unanime une déclaration que nous nous proposions de vous lire à la fin de la séance, et que cette circonstance me force à vous lire à l'instant même. Lorsque l'audace des factieux est prise en flagrant délit, la main dans le sang français, la loi doit être votée d'acclamation. "
Et alors M. de Lamartine, malgré l'absence complète de sympathie qu'il peut lire sur les visages, malgré les interruptions et les protestations qui partent de tous les bancs, lit le texte du décret :
« La commission du pouvoir exécutif, y\i l'article 3 de la loi du 13 janvier 1816, déclare qu'elle fera exécuter, en ce qui concerne Louis Bonaparte, la loi de 1832, jusqu'au jour où l'Assemblée nationale aui'a autrement ordonné. »
Cette lecture excite une désapprobation générale. Pendant le long discours de M. de Lamartine, on est allé aux informations et l'on a eu des renseignements circonstanciés : on sait que rien n'est exact dans son récit; qu'il n'y a pas eu trois coups de feu de tirés, mais un sou! ; que, au lieu des factions prises la main dans le sang français, ils'agit d'un garde national maladroit qui s'est blessé iui-môme.
Forcé par la rumeur générale de venir s'expliquer, M. de Lamartine se déconcerte; il ne se borne pas à parler de ce qui fait en ce moment le sujet de toutes les préoccupations, il revient encore en arrière; il évoque les souvenirs fâcheux du 15 mai ; il croit devoir entrer dans mille détails pour se défendre de toute participation à cette malheureuse journée; il dit enfin ce mot resté fameux : « J'ai conspiré avec Blanqui, Sobrier, Cabet, Barbes, Raspail! oui, j'ai conspiré, mais comme le paratonnerre conspire avec le nuage qui porte la foudre. »
Les rires et les murmures accueillent cette métaphore. M. de Lamartine rencontre à son tour dans l'Assemblée les préventions que M. Louis Blanc y soulevait naguère. La majorité et la minorité se trouvent d'accord contre lui. La droite, dans sa politique mesquine et vindicative , préfère le citoyen Louis Bonaparte au citoyen Lamartine ; les représentants de la Montagne partagent ce sentiment. Le parti du général Cavaignac, qui connnence à se dessiner, veut avant tout, advienne que pourra, se débari^asser de la commission executive.
Dans cette disposition universelle, l'Assemblée montre encore cependant quelque respect humain, en accordant à la commission un vote de confiance. Elle vote les cent mille francs par mois qui lui sont; demandés pour les dépenses de bureaux et pour les fonds secrets. Mais on sent que c'est une dernière concc sion arraciiée h une sorte de commisération, et qui ne donne plus au gouvernement aucune force. Cette séance est d'un effet déplorable pour la commission executive; elle la place dans un état d'isolement complet entre l'Assemblée, où elle se voit répudiée par les deux partis, au nom de Cavaignac ou de Louis Bonaparte, et le peuple qui s'indigne de son obstination i\ repousser un candidat trois fois" élu, comme d'une atteinte i\ sa souveraineté.
La séance du 13 devait être pire encore. On allait enîendro les rapports des bureaux chargés d'examiner la validiti' do l'élection