‹ Histoire de la révolution de 1848 (volume 2)Chapitre 187 sur 234 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

rienne. Le 22, elle votait un créilit d'an million pour les ateliers nationaux. Dans la séance du 25, elle examinait un plan do M. Bouliier de l'Ecluse pour l'organisation d'une banque nationale foncière. Souvent même il lui arrivait d'écouter avec trop de patience des propositions déraisonnables, celle de M. Charbonnel, entre autres, qui voulait que l'on forçât les propriétaires à faire des dérrichemonts et des améliorations dans leurs terres pour la valeur d'un cinquième de leur revenu. Parfois elle accueillait des paroles qui, plus tard, dans une autre assemblée, paraîtront insen-

sées ou séditieuses; elle se laissait dire, par exemple : « Qu'en proclamant la République, le peuple n'a pas voulu seulement changer la forme du gouvernement, mais détruire la cause de la misère et modifier d'une manière profonde les institutions sociales. » Elle supporte qu'on affirme à la tribune « qu'il serait d'une bonne politique de ne pas repousser légèrement les conseils des novateurs, vt d'encourager les écoles socialistes à tenter îles essais au lieu de chercher ih les rendre ridicules (1). » Elle se préoccupe enfin très-sé-

(1) Voir, au Moniteur, les séances des 28 et 30 mai lijIS.

DANini. STBRN.

pieusement des ateliers nationaux, et beaucoup de ses membres les plus éclairés cherchent avec application les moyens de pourvoir au sort des ouvriers, en les emploj'ant à des travaux utiles.

Par malheur, pendant qu'on se livrait à ces recherches sérieuses, bien des accidents fâcheux étaient survenus ; des cabales au dedans de l'Assemblée, des troubles au dehors, avaient accru les difficultés et frappé d'impuissance les hommes de bien. Depuis quelque temps, la fermentation des esprits effrayait et décourageait tous ceux qui avaient espéré terminer paciflquement, par voie de conciliation et de composition entre les classes elles partis, la crise révolutionnaire.

On ne se communique plus que de mauvaises nouvelles. Presque chaque jour on apprend qu'un nouveau corps de métier est entré en grève. Depuis le mois de mars, les ouvriers ont des altercations très-vives avec les patrons, dont ils repoussent les tarifs. Un trèsgrand nombre d'entre eux, particulièrement les chapeliers, les tisseurs, les mécaniciens, plutôt que d'accepter l'augmentation de salaire qui leur est offerte, se font inscrire aux ateliers nationaux. A tout moment, on voit passer des colonnes d'ouvriers mêlés à des gardes mobiles et à des gardes républicains, qui se promènent par les rues en tenant des propos menaçants. On sait que les montagnards licenciés n'ont jamais cessé de se réunir. Ils se vantent de pouvoir compter sur cinquante mille hommes qui se tiennent prêts pour une insurrection prochaine ; ils affirment que Caussidière reste leur chef; ils répètent que, s'il avait été libre au 15 mai, l'émeute aurait triomphé; ils font afficher sa candidature à la présidence de la République.

On entend crier par les rues des feuilles dont le titre seul épouvante : le Tocsin des travailleurs, le liobespierrc, la Carmagnole, le Journal de la canaille. Les nouveaux journaux bonaparli.stcs fomentent l'esprit do révolte avec un incroyable cynisme (1). Les représentants,

(I) Un lit, par cxemiik-, iluin le Napoléon répubUenin, im-

selon ces feuilles, ne sont que des commis oisifs à raison de vingt-cinq francs par jour, qui, lorsque le peuple demande du pain, lui donnent une pierre {i). Les membres de la commission executive sont des Sardanapales gorgés d'or et repus de festins. On excite le prolétariat contre la bourgeoisie, les pauvres contre les riches. On en vient jusqu'à publier des listes de banquiers, de notaires et d'autres capitalistes, en donnant l'imlication de leur fortune.

Enfin l'annonce d'un banquet des travailleurs pour lequel quinze mille souscripteurs sont déjà inscritsdans leshnreanxdu. Père Ducliesne, et qui se rattache, dit-on, à un complot pour délivrer les prisonniers de Vincennes, est considérée par tout le monde comme un rendez-vous pris pour une insurrection générale.

Les nouvelles qui viennent de la province ne sont pas plus satisfaisantes. Dans un grand nombre de départements, la perception de l'impôt des quarante-cinq centimes que l'Assemblée a sanctionné, est l'occasion de luttes à main armée. Le gouvernement provisoire n'avait rencontré presque aucune difficulté dans la perception de cet impôt, quelque pesant qu'il fût pour la petite propriété. Dans beaucoup de départements très-pauvres, mais

méi'o du 11 juin : » Peuple, lorsque les commis violent leur mandat, souviens-toi du drapeau rouge du Champ de Mars et du courage de tes frères en 1793. » Le 16 juin, la nièma feuille s'adresse aux gardes mobiles, afin qu'ils éclairent les soldats de la ligne que la terreur butirgeoise voudrait transformer en bourreaux do leurs frères Cherchant à dt'populariser, l'un après l'autre, tous les ri^publicains connus du [leiiple.le Napoléon appelle les membres du pouvoir exi'culif « les cinq invalides ù vingt mille francs par mois. » En parlant de M. de Lamartine, il dit: « L'aigle de la République n'en est plus que la chouette (numéro du 18 juin). A propos des rassemblements dissipés par M. Clément Thomas: i< Pour n'être général que de la veille, dit-il, on n'est pas tenu de faire sabrer le peuple do Paris. Co sont de mauvais états do services que ceux quo l'on écrit sur le pavé d'une capitale avec le sang de ses concitoyens» (18 juin). A l'occasion des troubles réprimés ù Cfuéret, la feuille bonajparti.sto parle avec horreur do quatorao français tués par des fusils français, ol s'écrio : « Quand Vos frères malhouroux se trompent, vous no savez que les tuer ou les emprisonner. » (1) Voir, entre nulres, V Organisation rfu travail, journal fonilé par M. Cluvcl, négociant, appartenant au parti Imna]iurtiito.

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