DEUXIEME PARTIE
CTCRi: DE POUCE PAR LE PEUPLE fp. 145).
/lier, elle n'en est point surprise aujourd'hui. Revenue d'un premier mouvement de trouble, elle s'appliquera sagement, courageusement, invinciblement, à se donner des institutions en rapport avec les doctrines qu'elle a depuis longtemps définitivement acceptées. La monarchie succombe sous le poids de ses fautes. Personne n'a autant qu'elle travaillé à sa ruine. Immorale avec Louis XIV, scandaleuse avec Louis XV, despotique avec Napoléon, inintelligente jusqu'en 1830, astucieuse, pour ne rien dire de plus, jusqu'à 1848, elle a vu successivement décroître le nombre et l'énergie de ceux qui la croyaient encore nécessaire. Elle n'a plus aujourd'hui de partisans. Charles X avait encore des amis personnels et des serviteurs dévoués. De nobles cœurs ont porté son deuil ; son héritier a pu pendant un temps trouver des soldats. Louis-
Philippe n'a été reconduit que jusqu'à la porte de sa demeure. On a protégé sa vie, mais pas sa couronne, et on l'a laissé se sauver sans lui faire l'honneur de le croire dangereux. Jamais trône n'a croulé d'une façon plus humiliante. C'est que ce trône n'était plus un trône. Il n'y aura pas de meilleurs et de plus sincères républicains que les catholiques français. Parmi les principes sociaux qui viennent de triompher et qui vont se formuler en institutions, quels sont ceux que l'Église repousse? Quels sont ceux que sa voix n'ait pas fait retentir depuis dix-huit siècles à l'oreille des peuples et des rois? Nous n'en voyons aucun. ••
Pendant deux mois, le clergé de Paris bénit les arbres de la liberté, les comparant à l'arbre de la croix , rappelant avec complaisance que la cause du prêtre est la cause du peuple et que Jésus-Christ a le premier donné au
DANIEL STERN
monde la formule républicaine : Liberté, égalité, fraternité. Le plus souvent, les peupliers symboliques étaient pris dans les beaux jardins des congrégations, et les religieuses les décoraient elles-mêmes de guirlandes, de nœuds, de banderoles. Elles offraient des lits pour les invalides du travail, adoptaient les filles des combattants morts pour la patrie. Le concours du clergé régulier et séculier fut unanime. Il ne s'éleva pas dans son sein une seule voix pour regretter la royauté déchue.
La magistrature n'opposa, non plus que le clergé , aucune résistance à l'entraînement général. La cour de cassation, la cour d'appel, la cour des comptes, le tribunal de commerce, la chambre des notaires, celle des avoués, l'ordre des avocats, les agents de change apportaient à l'envi à l'Hôtel-de-Ville l'assurance de leur détouement sans réserve à la Hépuhïiqne et leur adhésion covipléte à V entreprise généreuse, à V œuvre admirable du gouvernement (1).
Par la bouche de \l. de Cormenin, le conseil d'État exprimait « son dévouement à cette grande et sublime révolution qui palpitait déjà dans le cœur du psiiple avant d'être arrosée de son généreux sang et d'être parlée dans ses bras héroïques jusqu'au pavois de la souveraineté. «
On a vu que, dès le 28, l'armée, par l'organe des chefs les plus attachés à la dynastie, les maréchaux Soult, Bugeaud (2), Sébastian!, Gérard, les généraux Oudinot , Baraguayd'IIilliers, deFézensac, Lahitte, se mettaient au service de la République. Le général Changarnier demandait en termes pressants, dans
(1) Voir, au Moniteur âa 2 mars et des jour» suivants, les discours do MM. Séguicr, Uupin, l'ortalia, linroclie, etc.
(2) • Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne désirais pas la Hépubliquc, écrivait le mnréuliul liitgoaud dans une lettre intime, datée du 16 mars, mais, onlin, nous l'avons. Klle t'annonce infiniment plus honnête que son aînée ; les hommes qui sont au pouvoir ont fuit et font encore des eflorls inouïs pour protéger la société contre les anarchistes. Il faut donc les aider sincèrement et activement dans cette oeuvre sainte. Si la République tient ce qu'elle promet eu ce moment, je l'aimerai bientdt; en attendant, jo la défendrai k'iI le faut à l'extérieur, tant qu'elle sera dans Ici voies do la liberté et de lu frat«ruité vraies, a
sa lettre officielle au gouvernement provisoire, que l'on voulût bien utiliser snn habitude de vaincre.
L'Université, par la voix de M. Gérusez, exaltait « cette révolution accomplie au prof t du genre huma'in et qui avait eu pour instrument le peuple armé de la force invincib'.e de Dieu ". Elle saluait le nom désormais impérissable de République (1).
Les journaux orléanistes ou légitimistes exprimaient à leur manière le sentiment public. " Confiance! confiance! » s'écriait M. de Girardin dans la Presse en repoussant avec énergie l'hypothèse d'une régence et en démontrant que désormais la République seule pouvait rallier tous les partis. Le Journal des Débats parlait des tempêtes par lesquelles Dieu et le peuple manifestent leur colère et leur puissance. Il semblait prendre aisément son parti de ce qu'il appelait le naufrage des rêves et des illusions. Le Sihle affirmait avec orgueil qu'il n'y aurait pas dans l'histoire de gloire qui piît effacer celle des vainqueurs de Février. La Hevue des Deux-Mondes enfin prodiguait les éloges au gouvernement provisoire, vantait son énergique patriotisme, le félicitait d'avoir garanti du travail à tous les citoyens, donné aux ouvriers le million échu de la liste civile et disait : « Depuis que la pensée française a commencé, dans le dernier siècle , l'émancipation politique du monde, personne n'a plus nié en principe le droit des individus et des masses au bien-être comme récompense de leur travail. Il y a eu même pour arriver à un résultat aussi légitime do sincères ofTorts honorablement tentés, mais, il faut en convenir, aucun gouvernement jusqu'ici ne s'est mis en mesure de marciier i\ un pareil but avec une énergie, avec une activité vrainiciit efficaces. Une pareille négligence n'est pas une des moindres causes de ces cliutes profondes qui, au premier abord, confondent les imaginations. Assurément il n'est pas ;\ craindre que le régime qui sortira de la révo-
(1) .Voiiifcur du 4 mars lUlB.